Sonatrel
La Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) est le réseau qui doit faire circuler au Cameroun le « gros morceau » hydro du moment : le 420 MW de Nachtigal.
À propos de Sonatrel
1. Modèle économique
L’entité visée ici est la Sonatrel camerounaise : opérateur public du transport (haute et moyenne tension, postes), distinct du distributeur Eneo après la scission progressive des activités ; la prise en charge opérationnelle « à part entière » côté transport est documentée à partir de janvier 2022 (retravail concession). Les revenus viennent des services de transport et, historiquement, d’un écosystème de facturation extrêmement tendu : en 2021, la Sonatrel a facturé 228,79 milliards de FCFA pour n’en encaisser que 42,19 milliards, avec plus de 80 % des revenus issus du transport d’électricité (comptes 2021). La même année, elle publie malgré tout un bénéfice net d’environ 2,6 milliards de FCFA alors que 70 % des factures restent impayées (même source). Plus largement, le distributeur Eneo cumulait 800 milliards de FCFA de dettes fin 2024, dont 500 milliards vis-à-vis de fournisseurs — la Sonatrel figurant dans ce paysage (dette agrégée). En parallèle, la gouvernance minière-énergétique a sollicité des pistes pour assainir le couple Sonatrel–Eneo (évaluation du segment transport dans le bilan d’Eneo, ordre de grandeur 56 milliards de FCFA) (audit et arbitrage). Chiffre d’affaires 2022–2025 et effectifs : non consolidés dans les extraits consultés pour cette fiche ; l’infrastructure est elle quantifiée dans les bases projet (~1 944 km de HT, ~15 081 km de MT, ~15 209 km de BT**, 24 postes) (profil opérationnel).
2. Impact réel
Climatiquement, l’enjeu n’est pas le « mix » de la Sonatrel — qui ne produit pas — mais ce qu’elle rend possible : l’évacuation du barrage de Nachtigal (420 MW) signée avec NHPC en septembre 2024 (accord d’évacuation). La Banque mondiale estime que le projet ajoute en gros 30 % à la capacité nationale et décrit une mise en service complète en mars 2025, alors qu’en janvier 360 MW sur 420 étaient déjà injectés. Le contre-pied est physique : selon un bilan filière publié par la presse spécialisée, environ 30 % de l’électricité produite serait perdue faute d’infrastructures de transport adaptées (bilan infrastructures 2018-2025) — la gaspillage CO₂ indirect se mesure là, en MWh jamais servis. PPE3, ADEME, CSRD : cadres européens sans application directe au périmètre camerounais ; on reste dans la logique d’accès universel et de fiabilité des réseaux des pays en développement, pas dans une déclaration carbone format EEAG.
3. Innovations / partenariats
Au-delà de Nachtigal, la Sonatrel se projette dans un plan d’affaires 2026-2029 : l’entreprise a lancé en octobre 2024 une démarche d’actualisation stratégique liée aux engagements vis-à-vis de l’État et de la Banque mondiale (Cameroon Tribune). Côté matériel, la presse économique note des dix transformateurs « nouvellement acquis » dont la mise en service tarde (EcoMatin). Sur le segment institutionnel, Yaoundé a ouvert en octobre 2024 la possibilité de PPP et de capitaux privés sur le transport, avec un horizon de besoins chiffré à 12,5 milliards de dollars d’ici 2030 pour le secteur (ouverture au privé).
4. Greenwashing / zones grises
Le risque n’est pas tant un vernis vert qu’une déconnexion entre narratif « transition » et capacité à prévenir les incidents : en mai 2024, un incendie sur une ligne a plongé le centre d’affaires de Douala dans le noir ; la presse rapporte qu’Eneo souhaitait des réparations accordées contre compensation de dette, alors que la Sonatrel exigeait le règlement des factures (black-out Logbaba–Koumassi). Sur la gouvernance, 237online relate en juin 2024 des soupçons de favoritisme sur un marché d’environ 150 millions de FCFA à la Sonatrel (signalement médiatique) — information à classer comme allégation de presse, non comme jugement judiciaire. La combinaison 70 % de factures impayées en 2021 (données publiées) et pertes de transport substantielles (ordre de grandeur filière) fixe un plafond de crédibilité climatique : sans réseau solide, l’hydro basique reste du potentiel gaspillé.
5. Positionnement stratégique
La montée en puissance de Nachtigal jusqu’à l’injection complète au premier trimestre 2025 (Banque mondiale) positionne la Sonatrel comme colonne vertébrale d’un accès plus abondant à l’électricité ; simultanément, l’État ouvre formellement le transport à investisseurs externes (fin de monopole de fait), signal implicite : la trajectoire d’investissement dépasse, seule, la capacité publique actuelle. Les prochains arbitrages porteront sur contrats d’accès, recouvrement et capex réseau — la Trêve technique avec le distributeur fera plus pour le climat que n’importe quelle ligne PPE à des milliers de kilomètres.
Verdict WattsElse
Nachtigal ne décarbone pas un pays sur le papier d’un PPA : il le décarbone quand le courant arrive sans fondre ni décrocher sur des lignes sous-financées. La Sonatrel incarne cette équation brutale : infrastructures du futur, comptabilité du présent.
Sources : energies-media.com · investiraucameroun.com · investiraucameroun.com · energies-media.com · devex.com · investiraucameroun.com · banquemondiale.org · investiraucameroun.com · cameroon-tribune.cm · ecomatin.net · investiraucameroun.com · investiraucameroun.com · 237online.com
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