STMicroelectronics
Derrière les puces invisibles qui pilotent voitures, bornes, usines et objets connectés, STMicroelectronics joue une partie bien plus politique qu’industrielle.
À propos de STMicroelectronics
1. Modèle économique
STMicroelectronics vend des semi-conducteurs à très grande échelle, avec un profil d’industriel intégré: le groupe conçoit, fabrique et livre ses propres puces pour l’automobile, l’industrie, l’électronique personnelle et les infrastructures de communication. En 2024, le groupe a réalisé 13,27 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en recul de 23,2%, avec 49 602 salariés et 2,53 milliards de dollars de capex nets, après une année 2023 beaucoup plus faste à 17,29 milliards de dollars de revenus et 4,11 milliards de dollars d’investissements (rapport annuel 2024, résultats 2024, rapport RSE 2024). La dépendance à l’automobile reste structurante: ce marché a représenté environ 46% des revenus 2024, devant l’électronique personnelle (21%) et l’industriel (20%), alors même que l’automobile a ralenti et que l’industriel a décroché de 49% sur un an (présentation FY2024). ST sert plus de 200 000 clients, mais son exposition reste concentrée sur quelques mégatendances: électrification automobile, gestion de puissance, microcontrôleurs et objets connectés (ST News).
2. Impact réel
Le cœur du récit climatique de ST tient dans une idée simple: ses puces permettent une mobilité plus efficace et une meilleure gestion de l’énergie, mais leur fabrication reste lourde en ressources. Sur ses opérations propres, le groupe indique avoir porté à 71% la part d’électricité renouvelable en 2023, avec un objectif de 100% d’ici 2027, et réduit de 45% ses émissions absolues de scopes 1 et 2 par rapport à 2018 (rapport RSE 2024, énergie et climat). Mais l’empreinte matérielle reste massive: environ 3 077 GWh d’énergie consommée, près de 24 millions de m3 d’eau prélevés et 42% seulement de cette eau recyclée ou réutilisée en 2023 (rapport RSE 2024, eau). À Crolles, site-clé en France, ST met en avant des gains de 43% sur la consommation électrique par wafer depuis 2016 et un pilote de recyclage des rejets aqueux, avec jusqu’à 40 m3 par heure recyclés à partir de 2024 (site de Crolles, eau). Le bilan est donc sérieux, mais pas “immatériel”: le semi-conducteur reste une industrie de flux physiques, pas une pure économie de la connaissance.
3. Innovations / partenariats
ST pousse deux briques stratégiques. D’abord le carbure de silicium, indispensable aux véhicules électriques, bornes rapides et équipements de conversion d’énergie. Le groupe a obtenu en 2024 l’aval de Bruxelles pour une aide publique italienne de 2 milliards d’euros afin de soutenir un projet de 5 milliards à Catane autour d’une usine intégrée SiC sur wafers 200 mm (Commission européenne). Ensuite, ST renforce sa chaîne asiatique avec une joint-venture de 3,2 milliards de dollars avec Sanan Optoelectronics en Chine pour produire des composants SiC destinés au marché chinois à partir de 2025 (communiqué ST-Sanan). En France, le projet Crolles avec GlobalFoundries reste l’autre pilier: 7,5 milliards d’euros de coût projeté, avec un soutien public français pouvant aller jusqu’à 2,9 milliards d’euros dans le cadre de France 2030 et du Chips Act (ST News Crolles, Ministère de l’Économie). Côté énergie, ST a signé en France un deuxième PPA avec TSE: 780 GWh solaires sur 15 ans à partir de 2027 pour ses sites français (TSE, Les Echos/Comfi).
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque de greenwashing n’est pas dans les objectifs, mais dans le cadrage. ST promet la neutralité carbone en 2027 sur les scopes 1 et 2, avec un “focus” sur une partie du scope 3, pas sur l’ensemble de sa chaîne de valeur (rapport annuel 2024). Or les semi-conducteurs déplacent une part importante de leur empreinte chez les fournisseurs d’énergie, de gaz spéciaux, de chimie et chez les clients finaux. Deuxième angle mort: l’eau. ST progresse, mais 42% de recyclage reste en deçà de son propre objectif de 50% à horizon 2025, dans une industrie où l’acceptabilité territoriale se joue précisément sur cette ressource (eau). Enfin, la souveraineté vantée par l’Europe repose aussi sur une perfusion publique: 2,9 milliards d’euros maximum pour Crolles en France, 2 milliards en Italie pour Catane (Ministère de l’Économie, Commission européenne). Ce n’est pas illégitime, mais cela expose ST à une exigence renforcée de résultats industriels, climatiques et sociaux.
5. Positionnement stratégique
STMicroelectronics est bien placé sur la ligne de crête entre transition énergétique et réindustrialisation européenne. Ses puces servent l’électrification, l’efficacité énergétique et les réseaux, mais le groupe reste tributaire d’un marché automobile cyclique, d’une concurrence asiatique très agressive et d’un modèle intensif en capital. Le vrai signal récent, c’est moins la promesse verte que le recentrage stratégique: après la chute de 2024, l’ambition de dépasser 20 milliards de dollars de revenus a été repoussée à 2030, pendant que ST sécurise à la fois financements publics, dette européenne et contrats d’électricité renouvelable (rapport annuel 2024, BEI).
Verdict WattsElse
STMicroelectronics n’est pas une vitrine verte: c’est une industrie lourde qui essaie de verdir une puissance stratégique. Sa crédibilité se jouera moins sur ses slogans climat que sur sa capacité à prouver qu’une puce européenne peut être à la fois sobre, rentable et moins dépendante des perfusions publiques.
Sources : investors.st.com · investors.st.com · st.com · investors.st.com · newsroom.st.com · sustainabilityreports.st.com · sustainabilityreports.st.com · st.com · ec.europa.eu · newsroom.st.com · newsroom.st.com · presse.economie.gouv.fr · tse.energy · lesechos-comfi.lesechos.fr · investors.st.com
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