Énergies renouvelables

Tembec Inc

Tembec n’est plus une cotation à part : c’est le nom d’une période canadienne de la filière bois-pâte, avalée en 2017 par Rayonier Advanced Materials, aujourd’hui RYAM**.

« De la pâte québécoise au bioéthanol landais sous feu des régulateurs »

À propos de Tembec Inc

1. Modèle économique

Tembec Industries incarnait un groupe forestier intégré (bois, pâte, papier, chimie du bois), présent au Canada, aux États-Unis et en France, avant son absorption dans une opération de 1,1 milliard de dollars canadiens finalisée en novembre 2017 (cabinet McCarthy, Jacksonville.com). Aujourd’hui, les agrégats financiers publics portent le nom RYAM (ex-Rayonier Advanced Materials) : selon les documents accessibles sur la base EDGAR, le groupe a déclaré pour 2024 un chiffre d’affaires d’environ 1,6 milliard de dollars, un EBITDA ajusté de 222 millions de dollars et de l’ordre de 2 325 salariés (dépôt 10-K commenté). La rémunération ne vient donc plus d’une « Tembec côtée » isolée, mais d’un portefeuille mondial de celluloses de spécialité, emballage, pâte à haut rendement et, de plus en plus explicitement, d’un segment biomatériaux où le bioéthanol de deuxième génération et dérivés lignine jouent l’effet levier de décote du pétrole dans le mix produit.

2. Impact réel

Sur le plan « climat / énergie », la lecture brute des engagements du groupe fait état d’environ 80 % d’énergie renouvelable au niveau de la consommation déclarée en 2024, avec une partie significative des opérations toujours hydro-intégrées au Canada (page durabilité RYAM). Côté démonstrateur industriel, l’ancienne empreinte Tembec au Québec croise la filière biomasse : le site de Témiscaming est mis en avant dans la littérature fournisseurs pour une chaudière biomasse et une turbine de 60 MW, dans un schéma de contrat long terme avec Hydro-Québec (revue technique Andritz). En France, l’usine 2G de Tartas (résidus de pin maritime) vise une capacité de l’ordre de 21 millions de litres par an de bioéthanol cellulosique, avec une montée en puissance relayée par la presse spécialisée en 2024 (Le Maître Papetier). Pour cadrer ce que signifie un biocarburant 2G dans la politique énergétique française (décarbonation des transports, ressources lignocellulosiques sans compétition alimentaire directe comparable à l’éthanol de première génération), la fiche biocarburants de Connaissance des Énergies et le volet recherche ADEME sur la filière CBP4ETHANOL2G (recherche ADEME) donnent le contexte méthodologique — pas un bilan carbone certifié par ces institutions pour RYAM nommément.

3. Innovations / partenariats

Le virage biomatériaux se finance au fuseau européen : un tour de table d’environ 67 millions d’euros a été annoncé fin 2024 pour soutenir l’industrialisation (dont le complexe français), avec une prise de participation SWEN de l’ordre de 30 millions d’euros valorisant la branche à environ 180 millions d’euros selon l’exhibit 99.1 du quatrième trimestre 2024 déposé auprès de la SEC (document SEC). À l’échelle groupe, RYAM indique pour 2025 un enveloppe d’investissements ciblés d’environ 15 millions de dollars pour l’efficacité et les initiatives biomatériaux (extrait de guidance).

4. Greenwashing / zones grises

Le risque de discours vert n’est pas théorique dès lors qu’un groupe de pâte et papier présente un pourcentage élevé de renouvelables : une part importante peut refléter l’électricté hydro historique canadienne et la biomasse de procédé, plus qu’un bouleversement du modèle — d’où l’intérêt de recouper les facteurs de risque légaux (dépendance aux incitations carbone, concurrence des commodités) avec les indicateurs RSE marketing. Factuel et daté : en juillet 2024, la suspension « indéfinie » d’une ligne de cellulose haute pureté à Témiscaming s’est traduite par 275 mises à pied dans une commune mono-industrielle, au cœur de la contestation syndicale (BayToday). Autre friction territorial : en 2025, RYAM a attaqué en justice la ville de Fernandina Beach (Floride) après un refus de permis pour un projet bioéthanol 2G évalué à environ 50 millions de dollars, avec une demande de dommages de 6,6 millions de dollars (Fernandina Observer). Ces deux signaux placent le vernis bas-carbone face à la réalité des permis, des emplois et des conflits d’usage.

5. Positionnement stratégique

RYAM cherche à réduire l’exposition aux grandes commodités de viscose et de pâte — la documentation financière fait état d’une part de marchés « commodité » passée d’environ 22 % en 2023 à 13 % en 2024 (analyse de dépôt), tout en anticipant des vents contraires sur le carton aux États-Unis avec tarifs douaniers et excès d’offre (guidance 2025). Pour Tembec historique, l’enjeu n’est plus la stratégie de pure player EnR, mais la conversion d’actifs forestiers en chaudières, turbines et raffinerie de résidus — un pari hautement réglementé à l’échelle UE pour les biocarburants avancés (cadre public biocarburants).

Verdict WattsElse

Tembec ne vit plus en titre boursier, mais en empreinte industrielle et en tension : le même groupe qui affiche quatre décennies d’hydro et de biomasse doit justifier chaque litre 2G devant un maire de Floride et des milieux de vie québécois qui viennent de perdre des centaines de postes. La transition énergétique n’y est ni slogan, ni ligne HPC suspendue — c’est une balance entre subventions, permis et réalités de marché.

Sources : mccarthy.ca · jacksonville.com · stocktitan.net · ryam.com · andritz.com · lemaitrepapetier.ca · connaissancedesenergies.org · recherche.ademe.fr · sec.gov · last10k.com · baytoday.ca · fernandinaobserver.org · ecologie.gouv.fr

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