Termotasajero SAESP
Termotasajero SAESP n’est pas une « startup verte » colombienne : c’est l’un des gros opérateurs de charbon qui a tenu le réseau quand l’El Niño a asséché les réserves hydro en 2024.
À propos de Termotasajero SAESP
1. Modèle économique
Termotasajero S.A. E.S.P. est une génératrice et commercialisatrice d’électricité, rattachée au groupe Colgener (siège à Bogotá selon le même profil sectoriel). Son cœur de métier est la vente de puissance et d’énergie sur le marché colombien, structuré par appels d’offres et obligations réglementaires : le site corporate a publié en février 2024 un processus de licitación de venta de energía 2024-2025 visant à contractualiser des volumes à horizon long. Les revenus annuels rapportés dans des bases d’entreprise colombiennes dépassent 100 milliards de pesos en ventes (ordre de grandeur 2023, sans audit accessible dans la fiche publique), cohérent avec une centrale de taille moyenne–grande exposée aux achats de charbon. L’effectif consolidé précis n’apparaît pas dans les sources publiques vérifiées ici ; ne pas extrapoler à partir d’agrégateurs marketing. La dépendance au prix importé du charbon et aux règles de zone franche — la direction évoquait déjà en 2023 la fin des avantages fiscaux en 2028 — structure le profil de risque autant que l’actif productif.
2. Impact réel
Le parc installé reste dominé par le thermique : la centrale Termotasajero compte deux groupes charbon totalisant au moins 335 MW à San Cayetano (Norte de Santander). À côté, le photovoltaïque inauguré début 2023 est annoncé à 5,2 MWp et 9 600 panneaux sur 4 hectares : à capacité nominale, le solaire ne représente qu’environ 1,5 % de la capacité combinée (335 + 5,2 MW), soit un mix de puissance encore massivement fossile. La presse relie ce rôle « pivot » à la crise 2024 : l’entreprise met en avant un service critique pour environ 970 000 foyers durant la sécheresse, ce qui traduit surtout un impact système (fiabilité et substitution à l’hydraulique déficitaire) qu’un bilan carbone « vert » au sens strict. Pour le lecteur européen, le contraste avec la doctrine française de sortie du charbon électrique — PPE 3 et fiches sur le thermique à charbon — illustre le décalage entre priorités « sécurité d’approvisionnement sous stress hydrologique » et « décarbonation prioritaire ».
3. Innovations / partenariats
La « innovation » visible est avant tout stratégique : après l’abandon du projet Termotasajero III (tranche charbon additionnelle, suivie par Global Energy Monitor à partir des sources industrielles et médiatiques), l’entreprise affiche un objectif de portefeuille renouvelable : 250 MW d’ici 2030. Les premières briques — parc PV de San Cayetano — sont modestes mais datées et localisées ; la comptabilité d’impact citée par la presse évoque jusqu’à 180 000 tonnes de CO₂ évitées sur dix ans pour ce segment (méthodologie non détaillée dans l’accès public). Côté gouvernance de l’information, GEM signale un informe de sostenibilidad 2024 hébergé sur le domaine officiel (PDF, mai 2025) ; nous ne sommes pas entrés dans l’exhaustivité de ses annexes pour cette fiche.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal écart réside entre le narratif « transition » et l’exposition réelle au charbon : avec 335 MW thermiques pour 5,2 MWp solaires (capacités publiques), le cœur d’actif reste fossile à plus de 98 % en puissance installée, ce qui conditionne les émissions directes annuelles indépendamment du discours marketing. La deuxième tension est économique et documentée : le président José David Montoya expliquait en 2023 que le cours du charbon serait passé d’environ 150 000 à 800 000 pesos la tonne sur deux ans, une hausse de +433 % qui comprime les marges au-delà du simple slogan « fiabilité » (Portafolio). La troisième est politico‑médiatique : à la même période de stress réseau, la couverture de Noticias Caracol met en parallèle l’argumentaire de maintien du charbon pour les quinze à vingt années à venir et la communication sur les renouvelables — un couple tension/justification typique des utilités thermiques en transition forcée. Enfin, l’horizon réglementaire officialisé dans le Plan Indicativo de Expansión de la Generación 2025-2039 (UPME, référencé par Global Energy Monitor au 12 février 2026) envisage un retrait de l’unité 1 dès décembre 2028 et de l’unité 2 d’ici décembre 2035 : l’actif charbon n’est plus pensé comme éternel, même si l’opérateur n’a pas, selon GEM au 12 février 2026, détaillé publiquement un calendrier interne de fermeture.
5. Positionnement stratégique
Termotasajero incarne le dilemme colombien : garder une flotte thermique qui a « tenu » pendant l’El Niño (970 000 foyers) tout en annonçant 250 MW d’EnR d’ici 2030 (Portafolio). Le signal commercial récent est la formalisation des ventes d’énergie long terme via les appels d’offres 2024-2025 ; le signal physique reste, pour l’instant, le double réacteur charbon de San Cayetano. Dans un environnement où l’ADEME comme les fiches charbon européennes poussent à marginaliser le charbon électrique, cette société reste un contre‑exemple géographique : rentable ou non selon les cycles du fret et du dollar, indispensable aux yeux du réseau, et pourtant sous tension d’obsolescence planifiée.
Verdict WattsElse
Termotasajero SAESP n’est pas une entrée de glossaire « EnR » : c’est une centrale à charbon qui achète du soleil par plaques pour rassurer les marchés et les régulateurs, pendant que le PIEG 2025-2039 commence à dater la fin du récit thermique à San Cayetano. La formule qui résume l’équation : poudrière climatique, assurance réseau, transition à température imposée.
Sources : bnamericas.com · termotasajero.com.co · empresas.portafolio.co · portafolio.co · gem.wiki · laopinion.com.co · noticiascaracol.com · economie.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · termotasajero.com.co · docs.upme.gov.co · ademe.fr · connaissancedesenergies.org
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