Three Gorges Corporation
Le groupe d’État qui a bâti le symbole du « Trois-Gorges » incarne encore l’hydroélectricité à la chinoise : immense, intégrée, exportée.
À propos de Three Gorges Corporation
1. Modèle économique
CTG est une société d’État créée en 1993 autour du projet du barrage des Trois-Gorges, aujourd’hui couramment présenté comme la plus grande centrale hydroélectrique au monde (ordre de grandeur 22,5 GW pour le complexe des Trois-Gorges, chiffre repris par la littérature technique et des communications du groupe). Le cœur du modèle repose sur le pilotage en cascade du bassin du Yangtsé : CTG revendique, via ses canaux anglophones, un corridor de six centrales cumulant 71,7 GW de capacité installée (communiqué CTG, 2024). L’architecture capitalistique repose sur des filières cotées à Shanghai : China Yangtze Power (hydro en amont du réseau national) est décrite sur le portail « investor relations » du groupe comme la plus grande société électrique côtée en Chine, tandis que China Three Gorges Renewables (CTGR) est présentée comme levier stratégique de l’activité « renouvelable » hors du strict périmètre des méga-hydro du Yangtsé (relations investisseurs CTG). Pour CTGR, les agrégats 2025 relayés par la presse financière donnent un chiffre d’affaires d’environ 28,4 milliards de CNY, en recul par rapport à 2024, et un bénéfice net d’environ 3,67 milliards de CNY, soit une chute d’environ 40 % sur un an, avec 6 584 salariés recensés sur l’exercice (résultats annuels 2025, MarketScreener). China Yangtze Power, elle, opère à une toute autre échelle de revenus (données de marché publiques de l’ordre de ~84,5 milliards de CNY de CA en 2024 selon les bases « factset » agrégées par Reuters) : il est indispensable de ne pas fusionner les tableaux de CTGR et de CYPC. À l’international, la présence brésilienne (CTG Brasil) s’inscrit dans la logique hydro + diversification (photovoltaïque), avec des enveloppes d’investissement et de responsabilité sociale publiées dans des documents d’audit consultables (rapport CTG Brasil / Estadão RI, PDF 2025).
2. Impact réel
Côté climat, la production issue d’hydroélectricité de grande ampleur se traduit mécaniquement par une électricité à faible intensité carbone par kWh produit par rapport au charbon : c’est l’argument structurel des stratégies « bas carbone » chinoises, mais pas un bilan environnemental *net* équivalent à celui d’EnR « dispersées » à faible emprise. En France, l’ADEME rappelle que l’hydroélectricité est la première source d’électricité renouvelable du pays : le parallèle ne porte pas sur l’échelle des ouvrages, mais sur la politique comptable qui range l’hydro parmi les renouvelables — ce qui alimente les polémiques lorsque les méga-barrages impliquent des déplacements massifs, des altérations sédimentaires et des conflits d’usage de l’eau. Plus largement, l’actualité des méga-projets tibétains relayée par Connaissance des Énergies rappelle que « hydro chinois » rime souvent avec géo-ingénierie fluviale et incertitudes aval pour les voisins — sujet directement connecté aux ambitions des grands opérateurs publics chinois sur les bassins transfrontaliers.
3. Innovations / partenariats
L’« innovation » du modèle CTG est d’abord industrielle : mise en série de méga-centrales, pilotage de réseaux en très haute tension et optimisation de cascades sur un même fleuve (portefeuille Yangtsé, 71,7 GW). Sur la branche « renewables » telle que la met en avant le groupe pour sa filiale CTGR, le discours officiel insiste sur le rôle moteur dans l’éolien et le solaire (présentation investisseurs CTG) ; au Brésil, le volet PV apparaît dans des opérations greenfield de grande taille (ordre de grandeur 2,1 milliards R$ mobilisés pour le complexe Arinos, 412 MWp, selon l’audit CTG Brasil 2025). Pour le volet recherche-patents et les partenariats technologiques détaillés *hors* ces reports, les éléments restent partiels depuis l’Europe sans consultation directe des bases chinois-anglais complètes ; on parlera donc d’orientation stratégique documentée, plutôt que d’un catalogue R&D exhaustif ici.
4. Greenwashing / zones grises
La pression financière sur la vitrine « EnR » est un fait chiffré et daté : au T1 2026, le bénéfice net de CTG Renewables recule d’environ 57,5 % par rapport au premier trimestre 2025, selon le même canal d’information boursier (résultats T1 2026, MarketScreener) : difficile, dans ce contexte, de tenir un récit « verte pure et rentable » sans parler de prix de l’électricité, de coûts, ou de politique tarifaire. Sur le volet écologique et social, le même audit brésilien note explicitement une baisse de production 2024 liée à des précipitations « critiquement basses » : la vulnérabilité climatique du mix hydro-centré contredit l’image d’une résilience automatique. Côté récits publics internationaux, l’analyse ISDP sur le Megadam de Medog (Tibet / Brahmapoutre) met en lumière des tensions géopolitiques et l’opacité possible des données hydrologiques en aval (note ISDP, 2024). Enfin, même si l’affaire équatorienne Coca Coda Sinclair concerne surtout PowerChina / Sinohydro, elle nourrit la réputation collective des méga-barrages chinois : compensation publiquement évoquée de l’ordre de 400 millions USD dans les accords relayés par la presse généraliste ([Reuters](https://www.reuters.com/business/energy/ecuador-hands-hydroelectric-plant power-china-400-million-arbitration-deal-2026-04-09/) | synthèse Dialogue Earth).
5. Positionnement stratégique
CTG verrouille un marché domestique de gigawatts et exporte un modèle d’infrastructure lourde — hydro d’abord, puis grids + EnR selon la narration corporate (IR CTG). En parallèle, la décote boursière de la rentabilité sur CTGR en 2025-2026 (MarketScreener 2025, MarketScreener T1 2026) envoie un signal de fin du temps grâce pour une certaine tech verte cotée. Pour un lecteur européen, le contrepied utile reste celui de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et des guides ADEME : pas de convergence réglementaire directe avec CTG, mais une même tension conceptuelle — qu’est-ce qu’une EnR « acceptable » lorsque l’ouvrage reconfigure un bassin sur des centaines de kilomètres ?
Verdict WattsElse
CTG demeure une force d’État du filaire bas carbone chinois, mais son aile cotée « renewables » montre en 2026 que gigawatts et cash ne avancent plus au même rythme : le green branding paye cher quand les marges s’effondrent et quand les rivières deviennent des arènes diplomatiques.
Sources : ctg.com.cn · ctg.com.cn · hk.marketscreener.com · reuters.com · estadaori.estadao.com.br · agirpourlatransition.ademe.fr · connaissancedesenergies.org · hk.marketscreener.com · isdp.eu · dialogue.earth · ecologie.gouv.fr
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