TOTAL EREN
Filiale historique du pôle Eren puis majoritairement portée par TotalEnergies depuis 2017, Total Eren a basculé en intégration comptable totale au milieu de 2023.
À propos de TOTAL EREN
1. Modèle économique
Total Eren vivait du modèle classique de l’IPP : développement et détention de parcs éolien, solaire, hydro et stockage, revenus tirés de contrats longs, d’activité « merchant » ou de vente d’électricité sur des marchés libéralisés. En juillet 2023, TotalEnergies est monté de ~30 % à 100 % du capital en déboursant environ 1,5 Md€ pour racheter les 70,8 % restants, sur une valorisation d’entreprise de 3,8 Md€ négociée dans le cadre de l’accord stratégique de 2017 (communiqué TotalEnergies, Reuters). À cette date, le portefeuille annoncé couvrait 3,5 GW en exploitation, un pipeline de plus de 10 GW dans une trentaine de pays, et 1,2 GW en construction ou en phase avancée (même communiqué). Le groupe tablait alors sur un apport de ~400 M€ de flux de trésorerie opérationnelle en 2024 lié à cette intégration, et sur un surcroît d’environ 160 M€ de résultat opérationnel net de la branche « Integrated Power» sur la même année (Reuters). Depuis la fusion opérationnelle, ni chiffre d’affaires ni effectif ne sont publiés séparément pour « Total Eren » : l’activité se lit dans les agrégats « Integrated Power » (guidance 2024 : plus de 2,5 Md$ de cash-flow annuel pour le segment électrique intégré, selon les présentations de résultats du groupe diffusées en 2024–2025).
2. Impact réel
L’impact climat direct se lit d’abord en TWh produits et en GW installés. TotalEnergies indique 48 TWh d’électricité nette produite en 2025 (contre 33 TWh en 2023) et une baisse de 18,6 % de l’intensité carbone de l’électricité vendue sur la période 2023–2025 (rapport Progrès climat et durabilité 2026). Ce rebond traduit le ramp-up du volet renouvelable où Total Eren a servi de rampe d’accélération géographique — Portugal, Grèce, Australie, Brésil, mais aussi ligne de développement Inde, Argentine, Kazakhstan, Ouzbékistan selon les publications de l’époque du rachat (lettre aux actionnaires / développement). Pour le contexte français européen (visée mix et EnR), la programmation pluriannuelle de l’énergie et les analyses publiques type ADEME restent les référentiels pour juger si une entreprise « contribue » au mix national ou exporte surtout sa production hors cadre français (Programmation pluriannuelle de l’énergie, ADEME).
3. Innovations / partenariats
Au-delà du simple cumul de GW, les suites industrielles passent par l’hydrogène et dérivés : la coentreprise TE H2 (TotalEnergies – Eren Groupe) illustre la persistance du savoir-faire « écosystème Eren » après absorption de Total Eren. En octobre 2024, TE H2 annonce avec des partenaires le projet marocain Chbika : ~1 GW d’EnR pour viser 200 kt/an d’ammoniac vert (communiqué TE H2 Maroc). En mai 2024, le projet tunisien H2 Notos vise jusqu’à 200 kt/an de H2 vert dans une logique de corridor SoutH2 (communiqué Tunisie). En Australie, le méga-hybride Wak Wak (ordre de grandeur 2,7 GW solaire et 6 GWh de batteries) fait l’objet d’un examen fédéral début 2026 au titre de la loi EPBC (RenewEconomy, pv magazine Australia). Le volet financier « transition » du groupe continue d’être massif : 4,8 Md$ investis dans les activités « bas-carbone » en 2024, parmi 17,8 Md$ d’investissements totaux (investissements durables).
4. Greenwashing / zones grises
Le 23 octobre 2025, le tribunal judiciaire de Paris condamne TotalEnergies pour pratiques commerciales trompeuses sur des promesses de neutralité carbone à l’horizon 2050, assortissant la décision d’une astreinte pouvant aller jusqu’à 20 000 € par jour en cas de non-retrait des mentions litigieuses (Reuters, France 24). Ce précédent éclaire directement la crédibilité de tout storytelling « transition » porté par la maison mère — y compris celle qui commercialise désormais les electrons de l’ex-Total Eren. En février 2026, une action en justice vise au gel des nouveaux projets pétroliers et gaziers, au nom de la compatibilité avec 1,5 °C (Bloomberg). Sur le terrain des EnR, les frictions locales ne sont pas anecdotiques : à Loomberah (Nouvelle-Galles du Sud), un projet d’~320 MW a suscité 120 avis défavorables pour 5 favorables, poussant la filiale à réduire emprise et batteries (Northern Daily Leader) ; dans l’Ain, Belleydoux concentre plus de 1 200 signatures contre 6 à 8 éoliennes de 180 m (Le Progrès). RenewEconomy relève par ailleurs sept espèces fédéralement protégées dans la zone d’étude de Wak Wak (article).
5. Positionnement stratégique
Total Eren n’est plus un bouclier autonome sur les marchés cap : c’est une puce de croissance dans la puce mère « multi-énergies ». Le groupe vise jusqu’à 100 GW de capacité brute EnR à l’horizon 2030 et une production d’électricité supérieure à 100 TWh, avec une part flexible gaz encore inscrite au scénario (stratégie électricité, présentation stratégie 2025). Dans un secteur où la valeur se joue aussi sur le réel social et le cadre réglementaire CSRD / green claims, l’aval de la justice de Paris sur le greenwashing pèse autant que le compteur de GW.
Verdict WattsElse
Total Eren a livré à TotalEnergies une échelle mondiale en EnR ; le prix à payer, c’est la fusion du récit : chaque turbine et chaque tracker solaire portent désormais l’étiquette d’un groupe dont les promesses climatiques viennent d’être tapées sur les doigts au palais, au moment où Paris attaque frontalement la queue fossile du même mammouth.
Sources : totalenergies.com · reuters.com · totalenergies.com · journal-des-actionnaires.totalenergies.com · ecologie.gouv.fr · ademe.fr · totalenergies.com · totalenergies.com · reneweconomy.com.au · pv-magazine-australia.com · totalenergies.com · reuters.com · france24.com · bloomberg.com · northerndailyleader.com.au · leprogres.fr · renewables.totalenergies.com · totalenergies.com
Données clés
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