Unión Eléctrica
Lorsque WattsMonde classe l’entreprise sous « Pétrole & Gaz », ce n’est pas une erreur cartographique : c’est reconnaître que l’« Unión Eléctrica » vivote surtout grâce (ou malgré) le carburant des centrales thermiques et diesel.
À propos de Unión Eléctrica
1. Modèle économique
L’Unión Eléctrica (UNE), rattachée au Ministère de l’Énergie et des Mines de Cuba selon les organigrammes officiels, assure génération, transport, distribution et facturation dans un marché fermé : monopole d’État, tarification politique et dépendance quasi totale aux importations pour alimenter un parc thermal-diesel dégradé et des groupes dispersés. Aucun chiffre agrégé vérifiable (chiffre d’affaires consolidé ou effectifs nationaux récents) n’a été publié comme le ferait une grande utility cotée européenne : selon les éléments disponibles, le modèle subsiste via budget d’État, recettes résidentielles subventionnées et arbitrages géopolitiques (donations/participations externes). Dans ce régime, l’argent « véritable » de l’entreprise reste avant tout térahertz matériel : litres de mazout disponibles versus mégawatts indispensables après le coucher du soleil.
2. Impact réel
Le système oscille encore largement fossile : synthèses de presse agrégées parlent pour 2025 d’un déficit moyen d’environ 1643 MW, avec satisfaction de l’ordre de la moitié seulement de la demande (Connaissance des Énergies — dépêche AFP), chiffres qui donnent une idée brute de la charge climat/carburant inscrite dans chaque tonne de CO₂ évitée… ou pas. Dans le registre officieliste, Granma attribue au photovoltaïque quelque 9 % de couverture de la demande journalière début dernier trimestre 2025, contre environ 2 % en janvier (Granma sur le solaire cubain) — véritable bond d’échelle, encore loin toutefois du « parc zéro carbone ». Le programme sectoriel communiqué par l’entreprise vise d’ici 2030 une baisse de 69 % de dépendance aux fossiles et environ −5,6 Mt CO₂ annoncées (UNE — programme 2030) ; sans série de données d’émissions vérifiables et ouvertes, impossible de dresser un bilan GES « entreprise » aussi fin qu’exigerait une lecture ADEME/PPE française — ces référentiels européens servent surtout ici de miroir inversé d’un régulateur inexistant sous embargo.
3. Innovations / partenariats
Le sprint solaire officiel parlait déjà de l’achèvement cumulatif d’un gigawatt Photovoltaïque fin 2025 pour une mise en service pleine janvier 2026, avec jusqu’à 3200 MW théoriquement invoqués sur le dossier ministériel rapporté à la Radio Ciudad del Mar (article RCM décembre 2025). L’agence de presse officielle rapporte en parallèle des transferts équipement : environ 120 MW financés/participés par la Chine (lot de parcs) et 80 MW vietnamiens selon communiqués recensés fin 2025 (Cuban News Agency). Côté flexibilité, les premières mises sous essai de systèmes de stockage lithium de 50 MW, au sein d’une séquence quatre blocs similaires envisagée pour épauler les pics intermittents (Cubadebate, mars 2026), confirme que Cuba tente désormais d’imiter — avec retard — ce que les autres réseaux font déjà : amortir PV et thermique crédible.
4. Greenwashing / zones grises
Le décalage flagrant entre narration « neutralité à l’horizon 2030 » et réalité heure par heure fait office de contre-enquête silencieuse : alors que l’opérateur affiche ces objectifs décennaux massifs au programme sectoriel officiel cité ci-dessus, les bilans contemporains gardent ces creux abyssaux — « demande ≈ 3300 MW pour une disponibilité opérationnelle proche des 1670 MW », selon le même dossier AFP retranscrit par Connaissance des Énergies. Plus près encore du vécu urbain cubain : après une blackout nationale de 16 heures, l’Île aurait ramené quelque 590 MW en ligne contre ≈ 2000 MW jugés représentatifs de la puissance disponible fonctionnellement (Reuters, 5 mars 2026). Les médias officiels poursuivent cependant leur décompte noir sur indisponibilités thermiques (ordre 446–625 MW hors service pour pannes** et déficit projeté encore supérieur au gigawatt sur le créneau crépusculaire. Autrement dit : chaque tonne de storytelling « futur vert » doit être confrontée aux mégawatts manquants dès la première heure après le crépuscole.
5. Positionnement stratégique
L’entreprise se positionne désormais sur deux temporalités imbriquées : achever un armement photovoltaïque record pour gagner quelques déciles de stabilité diurnes, puis redresser en urgence Felton / Guiteras et autres mammouths mazout tant que Caracas — ou substitutions locales — garantissent un minimum de barrils. Dans ce jeu, géopolitique et industrialisation solaire communiquée par Granma sur le barrage PV contrebalancent l’instrumentalisation américaine du champ pétrolier via sanctions ; aucun « plan européen PPE » ne cadre pourtant cette utility insulaire, dont le signal investisseur reste… politique.
Verdict WattsElse
L’Unión Eléctrica n’est ni un acteur pétrolier classique ni une pure player EnR : c’est la traduction électrique d’une économie fossile sous blocus, qui parie un gigawatt de soleil pour repousser l’effondrement nocturne. Tant que le thermique criera famine de carburant, chaque slogan « 2030 » restera un éclair sur fond de panne.
Sources : minem.gob.cu · connaissancedesenergies.org · granma.cu · unionelectrica.cu · rcm.cu · cubanews.acn.cu · cubadebate.cu · reuters.com · cuba.cu
Données clés
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