Wintershall Dea
** Ce qui reste de Wintershall Dea n’est plus une « super-major » allemande du gaz et du pétrole : c’est une coquille industrielle qui vend ses derniers morceaux — Russie, Nord Stream, quelques joints ventures — après avoir transféré l’essentiel du réservoir à Harbour Energy.
À propos de Wintershall Dea
1. Modèle économique
Wintershall Dea GmbH naît en 2019 du rapprochement de Wintershall et DEA ; BASF et LetterOne structurent depuis une coentreprise centrée sur l’amont hydrocarbures (vue d’ensemble historique). Le modèle jusqu’en 2024 : exploration-production massivement gazière à l’international, avec une exposition forte aux cycles prix et géopolitiques. La transaction avec Harbour Energy, finalisée le 3 septembre 2024, cède pour 11,2 milliards de dollars le portefeuille E&P et des licences CCS hors Russie ; l’entité résiduelle administre désormais reclassements, cessions et extinction, sur un chiffre d’affaires net de 1,467 milliard d’euros en 2024 contre 5,9 milliards en 2023 — effet mécanique du transfert d’activités. Le résultat net 2024 s’affiche à 452 millions d’euros, porté par la logique de cession (mêmes comptes déposés). Ce n’est plus un opérateur en croissance ; c’est une structure de sortie pour BASF–LetterOne.
2. Impact réel
Avant la transaction, la production se situait autour de 330 kbep/j en moyenne au premier semestre 2024, dont 69 % de gaz : l’empreinte climatique dominante était celle du contenu carbone vendu (Scope 3), non celle du seul périmètre opérationnel. La DUH estimait l’ordre de 80 millions de tonnes de CO₂ par an liées aux activités du groupe — chiffre contestable dans le détail mais révélateur de l’échelle. Côté « solution climat », Wintershall Dea mettait en avant un objectif Net Zéro amont Scope 1 et 2 à l’horizon 2030 et des objectifs méthane (communication investisseurs 2024) : décalage structurel avec la physicalité des émissions du carburant brûlé par les clients. Aucune lecture PPE3 ou fiche ADEME dédiée n’a été identifiée pour ce périmètre non français : l’impact pour le lecteur France est surtout indirect (gaz européen, chaine de valeur, jurisprudence climat).
3. Innovations / partenariats
Les licences de stockage CO₂ (CCS) et les grands développements amont ont basculé vers Harbour Energy dans le cadre du deal de 2024 (synthèse de clôture côté marché). La communication corporate mentionnait encore des jalons projet — Fénix en Argentine au quatrième trimestre 2024, Raven West en Égypte visé au second trimestre 2025 (note investisseurs IR 24-02) — désormais portés par le nouveau propriétaire des actifs. Le capex 2023 était de l’ordre de 1,2 milliard d’euros, surtout Amérique latine et MENA : l’innovation, ici, c’était surtout l’échelle financière du forage et du pipeline, pas une rupture techno hors filière fossile.
4. Greenwashing / zones grises
En février 2024, la DUH dépose une plainte pénale contre le directoire pour des manquements présumés au Geschäftsbericht allemand sur les impacts climat — 97 % des émissions seraient liées à la combustion des hydrocarbures vendus, peu ou mal adressée. En avril 2024, le parquet de Francfort ouvre une enquête pénale sur le reporting de durabilité (Reuters) : au-delà du buzz ESG, c’est la dimension pénale du *greenwashing* documentaire qui pose question. Parallèle saisissant : en novembre 2024, la plainte civile climatique de la DUH est retirée au motif que la vente d’activités rend le litige « réglé » — manœuvre qui déplace le débat vers Harbour Energy sans trancher le fond sur les émissions historiques.
5. Positionnement stratégique
L’actionnariat croisé BASF–Harbour après opération — la presse spécialisée a relayé une part importante de BASF dans le capital restructuré (revue de marché sur la transaction) — ancre BASF dans un majors britannique à l’inverse d’une désintoxication complète du pétrole. Les comptes Harbour 2024 mettent en avant une baisse d’intensité carbone par baril après intégration des actifs WD — signal de moindre intensité relative, pas de moindre volume absolu d’hydrocarbures. Côté résiduel russe, Nord Stream et coentreprises figent un risque géopolitique et un stock d’impair dans la structure restante (présentation des actifs résiduels).
Verdict WattsElse
Wintershall Dea achève une retraite industrielle sous badge climatique : les hydrocarbures ont changé de carte grise en passant à Harbour, pendant que la justice allemande continue de fouiller les rapports « verts » — une mue où la stratégie climatique est aussi une stratégie de transfert de bilan.
Sources : en.wikipedia.org · chemanalyst.com · lobbyregister.bundestag.de · wintershalldea.de · duh.de · wintershalldea.com · reuters.com · wintershalldea.de · assets.lsegissuerservices.com · wintershalldea.de
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