Biomasse-Heizkraftwerk-Herbrechtingen GmbH
Installée à Herbrechtingen (Bade-Wurtemberg), la Biomasse-Heizkraftwerk-Herbrechtingen GmbH est une cogénération bois : elle vend de l’électricité, de la chaleur industrielle et prépare le raccordement d’un réseau urbain, tout en surfant — pour l’instant — sur des cours de l’électricité qui ont gonflé les comptes 2023.
À propos de Biomasse-Heizkraftwerk-Herbrechtingen GmbH
1. Modèle économique
Le cœur du modèle est la valorisation énergétique d’environ 140 000 tonnes par an de combustibles biogènes (dont bois de récupération et déchets verts), avec une puissance annoncée de 15,7 MW électriques et 49 MW thermiques. Les revenus combinent la vente d’électricité et les contrats de chaleur ; l’exercice 2023 a vu un rohertrag (marge brute) de 21,84 M€ et un bénéfice net de 10,48 M€ contre 8,39 M€ en 2022, dynamique explicitement-liée par la presse spécialisée aux prix élevés de l’électricité. L’effectif direct est restreint — 23 salariés, dont deux à temps partiel — ce qui est cohérent avec une unité très capitalistique. Un montant global de chiffre d’affaires (hors rohertrag) n’a pas été repéré dans les sources consultées ; le site corporate documente surtout le technique et l’histoire d’actionnariat (rachat par le groupe Hörger en 2017). La disponibilité technique affichée par la même enquête journalistique — 8 132 heures en 2023 contre 7 855 en 2022 — traduit une machine tenue au régime, mais déjà exposée aux aléas « aval » du combustible.
2. Impact réel
L’installation se présente comme un substitut massif au fioul résidentiel sur le versant chaleur, avec jusqu’à 100 GWh de chaleur annuelle et l’équivalent de 10 millions de litres de fioul évités. Le plafond d’émissions de CO₂ évité est chiffré côté communication à 130 000 t/an, à lire comme un bilan de référence fioul/gaz plutôt que comme un comptage atmosphérique sans contexte (sources, durée de vie des forêts, qualité des lots bois). Vu depuis la France, le parallèle n’est pas réglementaire mais structurel : les réseaux de chaleur « renouvelables » sont au centre des trajectoires de désenfumage du résidentiel-tertiaire (programmation pluriannuelle de l’énergie — PPE 3) ; Herbrechtingen illustre ce que signifie passer de la chaleur « de site » à la chaleur urbaine dès 2026. La biomasse y reste, pour l’analyse climatique, une filière à conditions : l’enjeu n’est pas seulement le CO₂ comptable, mais la concurrence d’usages sur la ressource ligneuse (fiche biomasse).
3. Innovations / partenariats
Le programme « fit for future » annonce environ 20 M€ d’investissement pour moderniser la centrale, diversifier ou fiabiliser le combustible et tendre une conduite de réseau de chaleur vers l’agglomération. Sur la préparation du bois, un nouvel équipement de broyage type SPLITTER 625 est mis en avant pour affiner la granulométrie (< 100 mm) sur des classes A1–A3. Côté acceptabilité voisine, le dossier municipal décrit aussi des réponses d’ingénierie : hall de tri de 2 500 m² sous pression négative pour limiter odeurs et poussières lorsque la palette de combustibles s’élargit.
4. Greenwashing / zones grises
La performance 2023 est un avertissement autant qu’un trophée : +25 % de résultat net porté par des prix d’électricité élevés fragilise le modèle si les marchés se normalisent — signal financier daté et sourcé, pas une opinion. Sur le fond « climat », la communication met en avant des centaines de milliers de tonnes « évitées » ; en contrepoint public, le débat local porte sur l’élargissement aux bois de classe AIII et résidus de compost, avec des alertes politiques sur les risques atmosphériques associés à certains profils de combustible et des garde-fous urbanistiques : la presse régionale rapporte notamment une servitude (Grunddienstbarkeit) municipale pour exclure déchets infectieux ou charge métaux lourds. Enfin, la tension structurelle n’est pas idéologique mais industrielle : la concurrence pour l’Altholz avec d’autres valorisations — dont les usines de panneaux — rappelle que la biomasse « durable » est aussi un arbitrage intra-filière bois (quelle biomasse pour la transition ?).
5. Positionnement stratégique
Après le passage sous le contrôle du groupe Hörger en 2017, l’actif semble engagé dans une mue double : robustesse du broyage-tri et extension du rôle chaleur-réseau à l’horizon 2026, là où la valeur long terme se joue sur des contrats thermiques stables plutôt que sur la seule exposition au wholesale électrique. Sur un marché allemand déjà saturé d’échanges sur le bois énergie, l’opérationnel 2023 prouve la rentabilité ; le triptyque « nouvelles classes de combustible + réseau urbain + confinement des nuisances » testera la qualité institutionnelle du projet autant que la technique.
Verdict WattsElse
Herbrechtingen est le cas d’une cogénération qui a gagné l’an dernier sur le prix du courant, mais qui parie son avenir sur la chaleur de ville et sur un cahier des charges combustible tenable — car une brique de plus sur le réseau, ce n’est pas seulement du CO₂ « évité » sur le papier, c’est un contrat social avec chaque immeuble raccordé.
Sources : euwid-recycling.de · biohkw.de · biohkw.de · biohkw.de · albg.eu · economie.gouv.fr · hz.de · connaissancedesenergies.org · hz.de · connaissancedesenergies.org
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