MAN Energy Solutions SE
MAN Energy Solutions vend une promesse puissante: faire pivoter les moteurs, la chaleur industrielle et l’hydrogène lourd vers le bas-carbone sans désindustrialiser.
À propos de MAN Energy Solutions SE
1. Modèle économique
MAN Energy Solutions, désormais rebaptisé Everllence, reste d’abord un industriel des grandes machines: moteurs marins deux et quatre temps, moteurs stationnaires, turbomachines, compresseurs, réacteurs, et surtout un gros business de services via PrimeServ (à propos). Le groupe affichait en 2023 environ 5 Md€ de prises de commandes, 4 Md€ de chiffre d’affaires et 369 M€ de résultat opérationnel; son rapport de durabilité 2024 mentionne environ 16 200 salariés, 12 sites de production et plus de 130 implantations de service (à propos, rapport durabilité 2024). Le moteur économique est clair: vendre des équipements lourds, puis monétiser leur maintenance sur des décennies. Côté capex, MAN ne publie pas de chiffre standalone récent à notre connaissance, mais annonce vouloir investir jusqu’à 500 M€ dans sa filiale hydrogène Quest One pour industrialiser les électrolyseurs PEM (rapport durabilité 2024, Quest One).
2. Impact réel
L’impact positif existe, mais il est très inégal selon les lignes de produits. Sur la chaleur décarbonée, MAN livre des références solides: à Helsinki, une pompe à chaleur air/eau de 33 MW doit fournir 200 GWh/an et éviter 26 000 tCO2/an; à Aalborg, quatre unités totalisant 177 MW doivent éviter jusqu’à 210 000 tCO2/an en remplaçant du charbon (Helen, Aalborg). Sur l’hydrogène, MAN et Quest One construisent à Helsinki une unité de 3 MW capable de produire jusqu’à 1 350 kg d’hydrogène vert par jour, avec récupération de chaleur vers le réseau urbain (Helsinki H2). Ce positionnement colle à la trajectoire française: la PPE3 veut porter la chaleur renouvelable et de récupération à 328-421 TWh en 2035, tandis que l’ADEME pousse la récupération de chaleur fatale et les PAC industrielles. En revanche, MAN ne publie pas encore, à notre connaissance, de métrique consolidée robuste sur les émissions réellement évitées par l’ensemble de son portefeuille; le groupe indique lui-même travailler encore à la méthodologie dans son rapport durabilité 2024.
3. Innovations / partenariats
Le signal le plus fort de 2024 est industriel: Quest One a ouvert à Hambourg un Gigahub de production automatisée de stacks PEM, avec un potentiel supérieur à 5 GW/an et une réduction de 75 % du temps de fabrication par stack (Gigahub). Côté contrats publics ou para-publics, MAN a signé en France un accord de maintenance avec EDF PEI jusqu’en 2031 pour les centrales de Guadeloupe, Martinique, Réunion et Corse: plus de 100 000 heures de maintenance annuelles, une trentaine de personnes mobilisées et un taux de disponibilité visé proche de 95 % (EDF PEI). Sur le front CCUS, MAN fournit aussi des compresseurs au projet Tangguh LNG de bp en Indonésie, preuve que sa chaîne de valeur s’étend désormais jusqu’au traitement du CO2 dans les hydrocarbures (Tangguh).
4. Greenwashing / zones grises
C’est ici que le dossier se complique. MAN se présente comme pionnier de la décarbonation, mais continue de vendre en 2024 16 moteurs gaz totalisant 172 MW pour deux centrales en Indonésie et l’alimentation électrique d’un terminal FLNG en Malaisie (Asie du Sud-Est). Le gaz reste donc un relais commercial majeur, avec le risque réglementaire qui va avec: le FuelEU Maritime intègre désormais le méthane non brûlé, et MAN développe encore un catalyseur IMOKAT II censé réduire de 70 % le methane slip sur ses moteurs quatre temps, signe que le problème est loin d’être soldé (IMOKAT II). Même sa diversification hydrogène n’est pas linéaire: en 2025, Quest One a lancé un plan d’économies avec environ 120 postes visés, faute de marché aussi rapide qu’espéré (Quest One). En clair: la transition est réelle, mais encore financée par l’ancien monde.
5. Positionnement stratégique
MAN joue une carte crédible: convertir sa base installée d’équipements fossiles en revenus de retrofit, de services et de solutions de décarbonation lourde. C’est intelligent, car la PPE3 et l’ADEME tirent précisément vers l’électrification, la chaleur renouvelable et la récupération d’énergie. Mais son vrai test n’est pas technologique: c’est la vitesse à laquelle le groupe saura faire basculer son carnet de commandes du gaz “moins pire” vers des solutions vraiment post-fossiles.
Verdict WattsElse
MAN Energy Solutions n’est pas un pur acteur vert, ni un simple dinosaure thermique: c’est une passerelle industrielle entre les deux. Sa force est d’avoir les usines, les clients et les ingénieurs; sa faiblesse, c’est que la rente du gaz peut encore ralentir la mue.
Sources : man-es.com · man-es.com · questone.com · man-es.com · man-es.com · man-es.com · presse.economie.gouv.fr · agir.ademe.fr · man-es.com · man-es.com · man-es.com · man-es.com · man-es.com · man-es.com · man-es.com
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