CEMPPSA - HIDROCUYO SA
Deux noms, deux chaînes de valeur : à Mendoza, la concession autour de Potrerillos change d’actionnaire tandis qu’à Santa Cruz, l’hydraulique repart au prix d’un arbitrage géopolitique et d’un trou financier mesuré en milliards.
À propos de CEMPPSA - HIDROCUYO SA
1. Modèle économique
CEMPPSA (*Consorcio Empresas Mendoza para Potrerillos S.A.*) est le véhicule de la concession liée au complexe de Potrerillos ; le groupe Edison (structure associant notamment des intérêts Neuss, Inverlat et Perseo) y a pris le contrôle en rachetant la participation détenue par BAF Latam Credit Fund, une opération juridiquement documentée publiquement par les cabinets qui ont conseillé la transaction (communication Tavarone Rovelli Salim Miani). Hidrocuyo S.A., elle, capitalise sur trois décennies d’exploitation et de maintenance mécano-électrique de centrales (repère sectoriel BN Americas) et tient un rôle d’équipier dans le consortium Represas Patagonia sur le río Santa Cruz, avec China Gezhouba et Electroingeniería — le gouvernement notifie explicitement ce trio dans la refonte de gouvernance publiée au moment du décret 238/2026 (iProfesional). Selon les éléments disponibles dans la presse et les communiqués d’avocats, aucun chiffre consolidé de chiffre d’affaires ou de marge pour CEMPPSA/Hidrocuyo n’a été identifié de manière auditable : le modèle repose sur des revenus de concession, d’ingénierie d’exécution et de prestations d’EPCM/maintenance greffés sur un méga-chantier dont la trésorerie est, pour l’essentiel, dépendante des banques chinoises.
2. Impact réel
Le double barrage La Barrancosa / Cóndor Cliff vise environ 1 310 MW de puissance installée au SADI, soit, selon les estimations citées par la presse patagonienne, l’équivalent d’environ 4,5 % de la demande nationale une fois le complexe achevé (Ecoticias). Le ministre de l’Économie met en avant une contribution de 1 860 GWh/an pour la rive désormais reliée au barrage *Jorge Cepernic* dans la communication de reprise des travaux (Buenos Aires Herald). Comparaison européenne : ce n’est pas une entrée de bilan pour la PPE3 française ni pour les fiches ADEME : l’instrument climatique, ici, c’est l’évitement de combustible fossile importé sur le réseau argentin, à condition que le chantier se termine et que le facteur de disponibilité réel tienne la promesse du dispatch hydro. Les externalités barrage (biodiversité fluviale, sédiments, territoires autochtones) sont le revers structurel de ce type d’aménagement — non détaillées dans les sources court-circuitées pour cette fiche, mais inscrites dans le débat public latino-américain sur les grands hydro.
3. Innovations / partenariats
L’« innovation » est surtout contractuelle et financière : déblocage de 136 millions de dollars sur une tranche de 150 millions liée à La Barrancosa, après une paralysie entamée en décembre 2023 (Ecoticias). Les enveloppes chinoises (références explicites à ICBC et Bank of China dans le même article) conditionnent turbines, bétonnage et réemploi d’une main-d’œuvre pic à ~1 800 directs et ~2 200 indirects selon les annonces de relance. Côté Mendoza, le mégapartenaire est désormais Edison sur l’écosystème Potrerillos/Cartellone (transaction ci-dessus). Côté institutionnel, avril 2026, l’État retire la gouvernance ENARSA pour la confier au Sous-secrétariat des ressources hydriques, ce qui recompose la table des obligations contractuelles vis-à-vis du consortium incluant Hidrocuyo (iProfesional).
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de discours vert tient à présenter un chantier bétonné et géopolitisé comme une solution climatique « propre » sans intégrer le coût d’opportunité social et environnemental du grand hydro — ce que la rhétorique officielle contourne souvent au profit d’objectifs de GWh et d’emplois. Sur le plan factuel et comptable, la Ministère de l’Économie lui-même, relayé par la presse, estime qu’il faudrait encore environ 5 milliards de dollars pour boucler les deux ouvrages après des retards, des manquements contractuels et l’absence de réactualisation des prix (Buenos Aires Herald) — un écart chiffré et daté qui disqualifie toute lecture linéaire « EnR égale transition sans friction ». Parallèlement, le décret 238/2026 rappelle un financement d’environ 4,7 milliards de dollars structuré avec des banques de la RPC (iProfesional), exposant le projet à une dépendance de politique étrangère que Washington observe avec une loupe — tension rarement compatible avec une « neutralité carbone instrumentée » côté communication d’entreprise.
5. Positionnement stratégique
CEMPPSA vient de rejoindre un groupe privé régional qui cherche à empiler concessions, distribution et lignes ; Hidrocuyo reste une clef de voûte opérationnelle du consortium Santa Cruz, à l’heure où l’administration recentralise la tutelle pour accélérer l’échéance 2030 évoquée dans les annonces ministérielles. Dans un SADI encore tiraille entre gaz, importations et EnR, l’hydro patagonien demeure un pari de souveraineté énergétique — à condition que les déblocages de tranches de crédit rythment mieux les coulées de béton que la symbolique politique des renommages de barrages.
Verdict WattsElse
Hydroélectricité : oui ; transition « propre » au sens marketplace : seulement si l’on efface les milliards encore à trouver et la tutelle financière de Pékin. Mendoza monte en puissance avec Edison ; Santa Cruz tient debout avec Gezhouba — Hidrocuyo est au milieu, outil plus que marque, et c’est précisément ce statut qui la rend indispensable… et substituable le jour où la géopolitique change de prise.
Sources : tavarone.com · bnamericas.com · iprofesional.com · ecoticias.com · buenosairesherald.com
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