CEZ Shpërndarje
CEZ Shpërndarje n’est pas une coquille vide dans WattsMonde : c’est l’ancienne raison sociale de l’opérateur public de distribution électrique albanais aujourd’hui connu sous le nom d’OSHEE, héritier de la privatisation puis de la renationalisation après l’échec du groupe tchèque CEZ.
À propos de CEZ Shpërndarje
1. Modèle économique
Le groupe vit des revenus régulés (facturation, recouvrement, pertes techniques et commerciales), d’achats d’électricité pour équilibrer le marché de détail et, de plus en plus, de capex réseau planifié sur plusieurs années. Sur l’exercice 2024, l’administrateur public Enea Karakaçi rapporte un bénéfice net de 7,3 milliards de lek (environ +2 % sur un an), avec des pertes réseau ramenées sous les 18 % et un taux de recouvrement déclaré supérieur à 100 %, au prix d’une discipline financière serrée (entretien cité par Alfa Press, octobre 2025). La structure juridique actuelle s’inscrit dans un groupe OSHEE qui regroupe notamment les filiales OSSH, FSHU et FTL, tel que le rappelle un rapport d’audit de l’État sur les obligations croisées entre acteurs du système (article Alfa Press, mars 2025). Le volet « corporate » de type ADEME ou CSRD européen est peu documenté publiquement pour cette entité ; l’essentiel des chiffres utiles passe par l’Énergie Regulation Entity (ERE) et les portails de la presse économique locale.
2. Impact réel
L’impact climat d’un DSO se lit d’abord à la cour du réseau : pertes évitées ou subies, capacité à absorber l’éolien et le solaire décentralisé, stabilité des tension. Les pertes sur réseau, présentées comme sous les 18 % en 2024, restent un marqueur lourd pour un pays qui affichait encore plus de 45 % au moment de la reprise en main de l’opérateur après l’ère CEZ (même source Alfa Press, octobre 2025). Côté production connectée, le bilan à 8 mois de 2025 publié par le régulateur recense 5,14 TWh « entrés » sur le réseau de distribution OSSH et 96,9 GWh issus du photovoltaïque, ce qui donne une tension d’intégration EnR mesurable, même si le détail du mix amont reste aux mains de KESH (production) et OST (transport) (statistiques marché ERE, octobre 2025). PPE3 et fiches ADEME ne s’appliquent pas directement à l’Albanie ; en revanche, la problématique est la même qu’en Europe : saturer le réseau sans investissements ciblés, c’est retarder la transition.
3. Innovations / partenariats
Le plan d’équipement annoncé vise 40 milliards de lek d’investissements (dizaines de postes 20 kV, câblages, renforcement touristique, etc.), avec appui explicite de la BERD et de la KfW sur certains projets (Alfa Press, octobre 2025). En mars 2025, la BERD accorde un prêt souverain de 45,75 M€ à l’Albanie pour restructurer 81,5 M€ de dettes courtes contractées lors de la crise d’import d’électricité de fin 2021 ; l’accord conditionne aussi jusqu’à 45 M€ d’investissements « verts » sur quatre ans pour stabiliser le réseau et accueillir les EnR, complété par l’académie de formation interne (communiqué BERD, mars 2025). Sur le marché, la libéralisation progresse : clients 20 kV entrés sur le marché libre début 2024, 10 kV visés en 2025, avec outillage SCADA et compteurs intelligents mis en avant par la direction (Alfa Press, octobre 2025).
4. Greenwashing / zones grises
La narration « modernisation verte » portée par les prêteurs multilatéraux heurte un verrouillage comptable intra-public : le rapport de la Cour suprême des comptes albanaise (SAI / KLSH) estime à environ 60 M€ l’encours des obligations croisées non consolidées entre OSHEE, KESH et OST, avec des écarts résiduels chiffrés (par exemple 2,2 Mds lek entre OSHEE et KESH, 2,3 Mds lek entre OSHEE et OST au 30.11.2024) et des états financiers en retard qui bloquent la compensation ([article Alfa Press, 24 mars 2025](https://www.alfapress.al/english/ekonomi/raporti-60-milione-euro-detyrime-te- ndersjella-mes-kompanive-publike-te--i151505)). Ce n’est pas du greenwashing au sens marketing, mais un risque de surestimation des progrès tant que la liquidité intra-système reste prise en otage : la suite est administrée, pas « naturellement » décarbonée. Parallèlement, la baisse de 10 % du tarif résidentiel au 1ᵉʳ février 2025, présentée comme un soulagement pour les ménages avec un effet budgétaire évoqué à 2,58 Mds lek, se combine avec une baisse de revenus attendue pour l’opérateur — tension typique entre service public, équilibre financier et promesses d’investissement (Alfa Press, octobre 2025).
5. Positionnement stratégique
L’OSHEE se positionne comme bras armé de l’État pour tenir le réseau pendant que l’Albanie couple son marché avec le Kosovo et affine la régulation des garanties d’origine — chantier que la documentation AIB situe dans la séquence 2024-2025 ([rap
port annuel AIB, juillet 2025](https://www.aib-net.org/sites/default/files/assets/aib/AIB%20Annual%20Report%20up%20to%2008.07.2025.pdf)). La reprofilation de dette via la BERD vise à éviter un mur de refinancement sur les sursauts d’import de 2021, tout en finançant un **palli
er d’investissements réseau compatible EnR (communiqué BERD, mars 2025). Pour la suite, le nœud n’est pas technologique seul : c’est la gouvernance inter-entreprises** (qui paie qui, et à quelle valeur comptable) qui décidera si la transition électrique albanaise tient la route.
Verdict WattsElse
CEZ Shpërndarje est désormais un nom d’archives ; l’OSHEE affiche des indicateurs qui respirent mieux qu’il y a dix ans, mais porte encore le fardeau des arriérés publics et des choix politiques tarifaires — la « transition » y passe autant par les câbles
que par la comptabilité crédible entre institutions.
Sources : alfapress.al · alfapress.al · ere.gov.al · ebrd.com · aib-net.org
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