Pétrole & Gaz

Compagnie des Produits Chimiques et Raffineries de Berre

À Berre-l’Étang, la vieille colonne vertébrale pétrochimique française n’est pas morte: elle change de mains.

Un vapocraqueur stratégique coincé entre survie et vraie décarbonation

À propos de Compagnie des Produits Chimiques et Raffineries de Berre

1. Modèle économique

Selon les éléments disponibles, CPCRB est moins une “marque” autonome qu’une brique juridique d’un ensemble industriel piloté par LyondellBasell autour du pôle de Berre. Le site couvre près de 1 000 hectares, agrège un vapocraqueur, une unité d’extraction de butadiène, des capacités de polypropylène et de polyéthylène, ainsi que des actifs logistiques portuaires et pipelines, d’après la présentation du site Berre. Le cœur du modèle reste classique: transformer des charges fossiles en oléfines et résines vendues à l’industrie et à la consommation courante, avec un vapocraqueur de 470 000 tonnes d’éthylène par an selon L’Usine Nouvelle.

L’échelle économique réelle se lit davantage dans le site que dans la seule société juridique. LyondellBasell indique environ 1 000 salariés et plus de 200 millions d’euros d’achats annuels de biens et services sur le site via sa fiche Berre, tandis que Les Nouvelles Publications évoquent 17 millions d’euros de taxes locales et 50 à 70 millions d’euros d’achats régionaux. À l’inverse, le chiffre d’affaires 2023 de la seule entité CPCRB, 1,006 million d’euros selon Manageo, ne reflète manifestement pas la puissance industrielle du complexe. Le vrai sujet économique de 2025-2026, c’est la cession: LyondellBasell a engagé des négociations exclusives avec Aequita pour vendre Berre avec trois autres actifs européens, clôture visée au premier semestre 2026 selon le communiqué LYB.

2. Impact réel

L’impact climatique du site reste d’abord celui d’un vapocraqueur au naphta: un procédé structurellement énergivore et fossile. L’ADEME rappelle que l’éthylène représente à lui seul 10 % des émissions de l’industrie française et que la trajectoire sectorielle suppose -81 % de CO2 d’ici 2050 par rapport à 2015. Berre est donc au cœur du problème industriel français, pas sur sa marge.

Le site affiche néanmoins une trajectoire de réduction. Les Nouvelles Publications rapportaient une cible de -30 % d’émissions de CO2 à horizon 2030, avec des pistes photovoltaïque et hydrogène sur des terrains libérés par l’ex-raffinerie. Mais ces intentions restent, à ce stade, loin d’un basculement du modèle productif: l’activité centrale demeure le vapocraquage d’hydrocarbures. Au niveau groupe, LYB met en avant 3,2 millions de tonnes de CO2 Scope 1 et 2 évitées en 2025 et 206 000 tonnes de polymères recyclés ou renouvelables produites, dans son rapport de soutenabilité 2025. C’est réel, mais ce n’est pas une preuve que Berre lui-même ait déjà basculé.

3. Innovations / partenariats

Le signal le plus concret de ces dernières années n’est pas une rupture technologique, mais un investissement de fiabilisation. Le site a engagé environ 150 millions d’euros sur un grand arrêt destiné à améliorer la performance opérationnelle et environnementale, selon Les Nouvelles Publications, et La Provence évoquait un plan de 200 millions d’euros sur six ans. Autrement dit: on a d’abord acheté du temps.

Le partenariat décisif, aujourd’hui, est capitalistique. Aequita promet d’“accélérer le développement” des actifs repris; LYB, lui, assume vouloir se recentrer sur des solutions circulaires et renouvelables. En creux, Berre n’apparaît plus comme un fer de lance du nouveau récit du groupe, mais comme un actif à repositionner.

4. Greenwashing / zones grises

Le risque de greenwashing est ici classique: mettre en avant du photovoltaïque, de l’hydrogène ou du “circular” sans dire que la rente actuelle reste d’origine fossile. Le groupe communique sur les polymères recyclés et l’électricité renouvelable, mais Berre reste un vapocraqueur parmi les derniers encore debout en France, exposé à la surcapacité européenne et à la concurrence extra-européenne, comme le souligne L’Usine Nouvelle.

Deuxième zone grise: la coexistence entre promesse de pérennité industrielle et vente à un fonds de retournement. Les syndicats redoutent une logique d’optimisation plus qu’un vrai projet de transformation, d’après La Marseillaise. Enfin, l’acceptabilité locale reste fragile: épisodes de torchage massifs, nuisances sonores et déficit de communication ont alimenté la défiance des riverains, documentés par La Provence.

5. Positionnement stratégique

Stratégiquement, Berre reste un actif rare: un des cinq derniers vapocraqueurs français, connecté à un bassin industriel majeur et à des infrastructures lourdes. C’est précisément ce qui peut sauver le site, à condition que le repreneur finance autre chose qu’une gestion de survie. Car la fenêtre sectorielle se referme vite: entre pression carbone, coûts énergétiques et concurrence mondiale, l’ADEME comme les industriels convergent sur un point, la pétrochimie européenne ne restera compétitive qu’en se décarbonant réellement.

Verdict WattsElse

Berre n’est ni un dinosaure déjà condamné, ni une vitrine verte crédible en l’état. C’est un test grandeur nature: savoir si la France peut encore convertir un bastion fossile en plateforme industrielle décarbonée, ou si elle se contentera d’en accompagner le lent déclassement.

Sources : lyondellbasell.com · usinenouvelle.com · mesinfos.fr · manageo.fr · lyondellbasell.com · librairie.ademe.fr · lyondellbasell.com · laprovence.com · lamarseillaise.fr · laprovence.com

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