CONSEJO NACIONAL DE INVESTIGACIONES CIENTIFICAS Y TECNICAS (CONICET)
Le principal opérateur public de la recherche en Argentine ne « vend » ni pétrole ni électrons : il structure des milliers de chercheurs, des instituts et une rampe d’innovation bas-carbone via Y-TEC, coentreprise avec YPF.
À propos de CONSEJO NACIONAL DE INVESTIGACIONES CIENTIFICAS Y TECNICAS (CONICET)
1. Modèle économique
Le Consejo Nacional de Investigaciones Científicas y Técnicas (CONICET) est un organisme public fédéral argentin : salaires, bourses, instituts de recherche et rattachements universitaires constituent le cœur de son modèle. Les revenus ne sont pas ceux d’une entreprise ; ils sont budgétaires, avec des enveloppes contraintes par le Trésor et, ponctuellement, par des crédits multilatéraux. La filiale technologique Y-TEC (YPF + CONICET) opère comme levier industriel : elle capitalise la recherche sur le lithium, les batteries et l’hydrogène pour le compte d’un groupe énergétique majoritairement public. Selon les synthèses sectorielles, le financement de la science et de la technique est tombé à des niveaux extrêmement bas en proportion du PIB en 2025 (UPI), tandis que des analyses spécialisées documentent une baisse réelle cumulée proche de 40 % sur le budget du CONICET entre 2023 et 2025 (Nexciencia). Pour 2026, le secteur « Science et Technologie » est de nouveau projeté en recul budgétaire (CIICTI). L’effectif du CONICET s’établissait à environ 10 750 personnes fin 2024, après une réduction d’environ 1 000 postes en un an (Science).
2. Impact réel
Pour le climat, l’impact du CONICET est indirect mais structurant : matériaux pour batteries, procédés autour du lithium, hydrogène, efficacité et modélisation climatique (dont des coopérations avec la France dans des dispositifs type équipes mixtes). À l’échelle pays, la situation énergétique de l’Argentine reste marquée par le gaz et le pétrole, avec des EnR en progression mais insuffisantes pour tenir la trajectoire légale : la part d’énergies renouvelables dans la consommation électrique atteindrait environ 16 % en 2025, sous l’objectif légal de 20 % fixé par la loi 27.191 (The Energy Pioneer). Le « résultat » vérifiable côté institution scientifique est surtout la capacité de produire des technologies de transition ; cette capacité se dégrade quand les coupes privent les laboratoires de moyens courants et de recrutements (Science).
3. Innovations / partenariats
Y-TEC pilote H2ar, une plateforme industrielle qui regroupe plusieurs dizaines d’acteurs de la chaîne hydrogène en Argentine. Sur les batteries, l’écosystème inclut la première usine pilote UniLiB, présentée avec une capacité de l’ordre de 13 MWh/an pour des unités stationnaires — un volume encore « démonstrateur », mais stratégique pour domesticiser la valeur du lithium. En extraction directe, un partenariat autour de XtraLit et Y-TEC illustre la translation vers l’industrie minière hors du laboratoire. Côté visibilité internationale, le CONICET reste un partenaire institutionnel incontournable dans les coopérations bilatérales (y compris avec des organismes français, sur le climat et l’ingénierie) (Institut français d’Argentine).
4. Greenwashing / zones grises
Le couple recherche publique–YPF crée un terrain favorable au « storytelling » transitionnel : annonces hydrogène et batteries masquent une allocation macroéconomique toujours dominée par les hydrocarbures. Au premier trimestre 2025, un suivi budgétaire comparatif de la FARN met en évidence un déséquilibre massif entre subventions d’État en faveur des combustibles fossiles et soutiens aux énergies renouvelables (rapport FARN 2025–2026). Parallèlement, le pouvoir d’achat des chercheurs du CONICET aurait fondu d’environ 40 % entre décembre 2023 et janvier 2026 (CIICTI), ce qui alimente risque d’ingénierie « virtuelle » : grands programmes affichés, équipes affaiblies sur le terrain. Enfin, la sous-exécution de crédits multilatéraux pour la science — environ 4,8 millions de dollars décaissés sur 109 millions mobilisables selon un bilan médiatique récent — aggrave l’écart entre discours d’innovation et capacité d’exécution (La Nación).
5. Positionnement stratégique
Le CONICET est coincé entre deux temporalités : celle des cycles politiques et des coupes séquentielles (budget science encore en baisse en 2026, CIICTI) et celle des filières stratégiques (lithium, batteries, H₂) que l’État veut industrialiser vite. Le calendrier de la loi 27.191, dont la « deuxième étape » et ses avantages pour certains projets arrivent à échéance au 31 décembre 2025 (l’objectif 20 % reste sous tension, décrit dans The Energy Pioneer), ajoute une incertitude réglementaire qui fragilise le financement privé des EnR — et donc la demande indirecte d’innovation académique. Dans les grands équipements, la recherche nucléaire liée au même écosystème scientifique subit des coupes budgétaires lourdes, ce qui affecte la continuité de la souveraineté technologique sur le nucléaire (Nexciencia).
Verdict WattsElse
Le CONICET n’est pas un « green player » : c’est une infrastructure cognitive. Aujourd’hui, l’Argentine lui demande d’inventer demain sur batteries et hydrogène tout en rognant aujourd’hui les salaires, les postes et les lois qui cadreraient les EnR — une équation où le laboratoire perd avant le marché.
Sources : conicet.gov.ar · conicet.gov.ar · upi.com · nexciencia.exactas.uba.ar · ciicti.org · science.org · connaissancedesenergies.org · theenergypioneer.com · eldestapeweb.com · xtralit.com · ifargentine.com.ar · farn.org.ar · lanacion.com.ar · climate-laws.org
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