Doreen Power
À Dacca, Doreen Power n’est plus une centrale : c’est une structure financière accrochée à trois IPP fioul qui encaissent encore des PPAs, pendant que les contrats mère s’effondrent.
À propos de Doreen Power
1. Modèle économique
Le groupe opère comme producteur indépendant (IPP) au Bangladesh : revenus issus de la vente d’électricité à l’État et des filiales sous contrats d’achat. Le site corporate indique environ 225 MW de capacité « active » via trois filiales (Dhaka Northern 55 MW, Dhaka Southern 55 MW, Chandpur 115 MW). Les séries publiées sur six mois clos fin décembre 2025 donnent un chiffre d’affaires de 7 166,6 millions BDT en baisse face aux 7 856,9 millions BDT de la même période un an plus tôt, mais un résultat net en hausse de 52 % à 552,4 millions BDT. La rentabilité agrégée masque une géographie contractuelle nouvelle : 66 MW sont passés hors service durablement après expiration des sites de Tangail et Feni et la logique de recentrage sur les filiales, complétée par l’annulation du PPA de Narsingdi (22 MW) par le BREB en mars 2025. L’effectif précis consolidé et un capex EnR détaillé n’ont pas été retrouvés dans les extraits institutionnels consultés ; selon les éléments disponibles, le narratif public reste centré sur le parc thermique existant plutôt que sur de nouveaux arbitrages bas-carbone.
2. Impact réel
La production documentée côté observateurs est 100 % HFO sur le périmètre actif décrit, après bascule depuis des configurations gaz + fioul — ce qui fixe une intensité carbone élevée et une dépendance aux importations de combustibles lourds. La fiche projet Chandpur (115 MW, mise en service février 2022) mentionne un PPA de 15 ans jusqu’en 2037 pour ce bloc, plaque tectonique du bilan énergétique du groupe. À titre de repère pour un lecteur français, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe en Europe une trajectoire de désengagement du fossile ; inversement, Doreen incarne encore la pointe fioul d’un système où les IPP privés absorbent retards de paiement et risque de change, thème sectoriel chiffré par la presse bangladaise (pertes de l’ordre de 1,5 à 2 Md BDT par 100 MW impayés, selon témoignages de producteurs cités mi-2024). Aucun « CO₂ évité » ou mix EnR significantif n’est documenté publiquement pour cette entité dans les sources croisées.
3. Innovations / partenariats
Le canevas public est celui de contrats d’achat d’électricité avec les entités publiques bangladaises et de sociétés holdings-filiales — pas d’annonce récente de breakthrough technologique ou de levée de fonds climat identifiée dans la veille consultée. Côté marché, les agrégateurs financiers évoquent une distribution recommandée à 10 % en numéraire pour l’exercice clos en juin 2025 et des séries de bénéfice par action, signal surtout actionnarial qu’industriel bas-carbone. Selon les éléments disponibles, l’innovation stratégique du groupe se lit dans la rebudgetisation du cash via dividendes de filiales plutôt que dans une pipeline renouvelable publiquement chiffrée.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal signal n’est pas un éventail de revendications « vertes », mais un décrochage de crédibilité financière de la coquille holding : en novembre 2025, la presse économique locale rapporte que l’auditeur externe a émis une réserve majeure sur la continuité d’exploitation après l’expiration des trois contrats historiques de la société mère et la perte nette « solo » avoisinant 476 millions BDT sur l’exercice 2025 hors dividende de filiales — chiffre qui, rapporté au même contexte, illustre une surfiscation du résultat consolidé. Le risque politico-contractuel s’ajoute : le BREB refuse le renouvellement de Narsingdi alors que l’agitation politique post-2024, décrite dans la même presse, fragilise les opérateurs associés à l’ancienne majorité — tension que le lecteur climat peut lire comme dépendance régime + dépendance fioul. Greenwashing au sens strict : peu de cosmétique RSE dans les extraits analysés ; le sujet est plutôt un « brownlock » structurel : profits consolidés, mère techniquement vide, actifs 100 % HFO.
5. Positionnement stratégique
La stratégie observable est défensive : préserver les trois IPP fioul encore sous PPA, maximiser les flux remontant des filiales et servir la dette de la holding via des mécanismes intra-groupe évoqués dans le même dossier de presse sur l’alerte d’auditeur. Le cours et la valorisation boursière suivent une logique de utilities fossiles émergentes exposées aux aléas de trésorerie de l’acheteur public, pas celle d’un pivot transition. Un signal récent contradictoire : hausse de 76 % du bénéfice consolidé sur l’exercice 2024-25 à 580 M BDT — performance qui cohabite avec la chute de 17 % du bénéfice trimestriel au T1 2024-25 après arrêts de centrales, rappelant la volatilité du périmètre opérationnel.
Verdict WattsElse
Doreen Power est devenu un portefeuille de dividendes fioul sous surveillance d’auditeur : tant que Chandpur et les deux unités daccaroises crachent du cash, la liste à Dhaka respire ; le jour où le souverain resserre encore les PPAs ou les paiements, la coquille mère n’a plus de matelas — électricité vendue, transition non négociée. Tant que le fioul fait office de dernier colmatage, le bilan carbone, lui, reste sans ambiguïté.
Sources : doreenpower.com · marketscreener.com · tbsnews.net · thefinancialexpress.com.bd · energytransitionbd.org · ecologie.gouv.fr · tbsnews.net · simplywall.st · today.thefinancialexpress.com.bd · tbsnews.net · thedailystar.net
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