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Eskom

** Après des années de pertes, de délestages et de polémiques sur Medupi et Kusile, Eskom affiche un redressement comptable brutal : des milliards de rands de bénéfice et un plan d’investissement massif sur cinq ans.

« Monopole électrique sud-africain : rentabilité retrouvée charbon non digéré »

À propos de Eskom

1. Modèle économique

Eskom est une société d’État sud-africaine : elle produit, transporte et distribue l’électricité pour la majorité du pays, avec des revenus tirés quasi exclusivement de la vente d’énergie et de capacité réseau aux ménages, à l’industrie et aux municipalités. L’entreprise, créée dans la foulée de la loi sur l’électricité de 1922, incarne un siècle de centralisation du service public de l’énergie au prix d’une dépendance structurelle au charbon (Eskom). Sur l’exercice clos en mars 2025, le groupe a publié un chiffre d’affaires d’environ 340,9 milliards de rands et un résultat net positif d’environ 16 milliards de rands, après des pertes chroniques — le détail opérationnel et financier est porté par la présentation des résultats 2025. Les effectifs sont de l’ordre de 42 000 salariés selon la même présentation. Pour la période suivante, le premier semestre a été marqué par un bénéfice après impôt d’environ 24,3 milliards de rands pour un chiffre d’affaires d’environ 191,3 milliards de rands (six mois), ce que relaie la presse économique (Reuters). Côté investissements, Eskom a esquissé un programme d’environ 320 milliards de rands sur 2026-2030, avec une part majeure consacrée à la génération et au développement du réseau de transport (Engineering News). Les statistiques sud-africaines soulignent par ailleurs la hausse des dépenses d’investissement du secteur public de l’électricité, dont Eskom est le principal contributeur (Statistiques Afrique du Sud). La collecte des factures auprès des municipalités et la tarification politiquement sensible restent des variables de trésorerie : la fil d’AFP relayée par Connaissance des Énergies a longtemps documenté la tension entre hausses tarifaires et niveau de service.

2. Impact réel

L’empreinte carbone du système électrique sud-africain reste dominée par le charbon : les ordres de grandeur cités dans la sphère pédagogique et généraliste évoquent souvent trois quarts à plus des quatre cinquièmes de la production à partir du charbon, avec une transition progressive mais lente (Planète Énergies). Pour Eskom, l’impact environnemental concret passe donc autant par les émissions des centrales en service que par la qualité de l’air autour des sites industriels et miniers — thème récurrent dans les critiques d’ONG et de chercheurs sur les méga-projets charbon. Les fermetures d’unités anciennes et les premiers champs renouvelables n’effacent pas la trajectoire historique : la « transition juste » vise à réduire les externalités sanitaires et climatiques sans effondrer l’emploi dans le Mpumalanga et les bassins miniers, un équilibre décrit comme fragile dans l’analyse journalistique récente (Mongabay). Périmètre français : le PPE3 fixe des caps et des trajectoires pour le mix en France ; il ne s’applique pas à Eskom, mais sert de repère d’ambition réglementaire européenne face à un parc encore massivement thermique. De même, les guides et outils de l’ADEME ne constituent pas une base « entreprise par entreprise » pour Eskom : aucune fiche ADEME dédiée à cet opérateur n’a été trouvée dans cette veille ; la comparaison reste méthodologique (facteurs d’émission, logique de décarbonation), pas juridique.

3. Innovations / partenariats

Le chantier le plus « vitrine » de la stratégie de reconversion est celui de Komati : fermeture d’une centrale charbon historique et remplacement par un bouquet solaire (150 MW), éolien (70 MW) et batteries (150 MW), avec vocation à ancrer formation et activités locales sur le site (communiqué Eskom sur Komati). Le volet financement et gouvernance du projet s’inscrit dans l’instrument Banque mondiale décrit dans la fiche projet JET. Parallèlement, Eskom formalise une vision de transition — objectifs climat long terme, axes sur le réseau et le réemploi des sites — dans sa stratégie JET. Les partenariats internationaux (JETP, bailleurs, fabricants d’équipements) structurent la modernisation du réseau et le raccordement des enchères renouvelables privées, même si la part des EnR dans le mix global progresse plus vite côté marché indépendant que dans le cœur historique du parc Eskom.

4. Greenwashing / zones grises

Le risque de greenwashing naît d’un écart brutal entre le discours sur la transition et la réalité du parc : tant que la marge manœuvre opérationnelle repose sur des géants charbon et sur le gaz comme « pont », chaque annonce renouvelable peut sonner comme une communication de proportion inégale face aux térawattheures encore noires. Les retards, surcoûts et défauts techniques associés à Medupi et Kusile ont alimenté des décennies de débat sur la gouvernance des grands projets fossiles et sur la dette « carbone » héritée ; la documentation de la Banque mondiale sur le prêt historique au complexe Medupi reste une référence pour comprendre ces chaînes de risques (projet d’appui à Eskom). La dépendance aux subventions implicites de l’État — garanties, allègements de dette, arbitrages tarifaires — complique l’évaluation d’une « rentabilité verte » : les bénéfices récents peuvent masquer une partie du coût social et fiscal reporté sur le budget national et sur les usagers. Enfin, la just transition peut être instrumentalisée pour retarder certaines fermetures si la sécurité d’approvisionnement redevient prioritaire, comme l’illustrent les épisodes de délestage suivis par la presse (coupures en Afrique du Sud).

5. Positionnement stratégique

Eskom se situe au carrefour de trois temporalités : celle des actifs charbon encore indispensables à la stabilité court terme, celle des investissements réseau (plus de centaines de milliards de rands programmés) pour absorber le solaire et l’éolien privés, et celle des réformes institutionnelles (découpage génération-transport-distribution, ouverture concurrentielle) héritées de la crise. Le retour sur les marchés de capitaux envisagé à horizon 2028, évoqué dans la presse spécialisée (Engineering News), testera la crédibilité de ce triptyque. Pour un lecteur européen, Eskom est aussi un indicateur géopolitique : la promesse de financements JETP et le rôle des bailleurs occidentaux lient la décarbonisation de l’Afrique du Sud aux engagements climat de l’UE sans résoudre magiquement le verrou du charbon employé et exporté.

Verdict WattsElse

Eskom n’est pas une start-up climat : c’est le cheval de bataille où se joue la crédibilité de l’Afrique du Sud sur le CO₂ — capable de publier des bénéfices et un plan capex XXL tout en restant physiquement accro au charbon. La formule qui résume l’enjeu : « rentable à court terme, encore condamnée à prouver qu’elle peut être viable sans le noir ».

*Note de veille : aucun article ciblé « Eskom » n’a été repéré sur GreenUnivers ni sur le site d’Énergie & Stratégie dans le cadre de cette recherche ; les obligations CSRD européennes ne s’appliquent pas à cet émetteur, la transparence repose sur les rapports intégrés et financiers publiés par le groupe (résultats intégrés).*

Sources : fr.wikipedia.org · eskom.co.za · reuters.com · engineeringnews.co.za · statssa.gov.za · connaissancedesenergies.org · planete-energies.com · news.mongabay.com · ecologie.gouv.fr · ademe.fr · eskom.co.za · worldbank.org · eskom.co.za · documents1.worldbank.org · connaissancedesenergies.org · greenunivers.com · energie-strategie.com · eskom.co.za

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