Eskom Holdings SOC Ltd
Huit ans après sa dernière année dans le vert, Eskom affiche un exercice 2024-2025 sous le signe du rebond : revenus en hausse, bénéfice net, facteurs de disponibilité en meilleure forme et accalmie spectaculaire sur les délestages.
À propos de Eskom Holdings SOC Ltd
1. Modèle économique
Eskom vit surtout de la vente d’électricité à une économie diversifiée — ménages, industrie, municipalités — dans un cadre tarifaire régulé et ajusté par l’autorité sud-africaine. Pour l’exercice clos le 31 mars 2025, les comptes annuels 2025 affichent un chiffre d’affaires de 340,9 milliards de rands (+15 %), avec une hausse autorisée des tarifs de l’ordre de 12,7 %, et un résultat net de 16 milliards de rands après une très lourde perte en 2024 — un basculement relayé par l’agence Reuters et dans la presse francophone (Africanews). La direction publie aussi un EBITDA de 99 milliards de rands dans sa présentation de résultats 2025. La structure reste hyperdépendante du bilan de l’État : la dette nette est ramenée à 358,7 milliards de rands à fin mars 2025 selon les mêmes comptes, dans le sillage des plans de soutien public. Au 30 septembre 2025, les états financiers intermédiaires prolongent la dynamique avec un bénéfice net semestriel de 24,3 milliards de rands et une trésorerie de 63,9 milliards de rands.
2. Impact réel
Le bilan climatique d’Eskom se lit d’abord dans la composition du parc : 46 788 MW de capacité nominale et une empreinte encore dominée par le charbon, contre un volet indépendant en forte progressions contractuelle — 10 216 MW de contrats d’achat (PPA) aux producteurs indépendants et 6 180 MW de renouvelables déjà opérationnels au 31 mars 2025 (AFS 2025). Sur le réseau, le rapport intégré 2024 quantifie environ 409 000 km de lignes et un renforcement continu du transport. Opérationnellement, la remontée du facteur de disponibilité (EAF) vers environ 60 % début 2026 et la baisse de 87,5 % des dépenses diesel pour turbines ouvertes, mises en avant dans la communication sur l’hiver 2026, signifient moins de secours fossil liquidé… mais pas une sortie du thermique majeur (perspective hiver 2026). Aucun parallèle direct avec la PPE3 ou une fiche ADEME n’épingle Eskom : pour un lecteur européen, l’équivalent « climat » est la lente décarbonation d’un système encore calibré charbon.
3. Innovations / partenariats
Point matériel majeur de la séquence récente : la mise en service commerciale de l’unité 6 de Kusile (799 MW) fin septembre 2025, qui boucle le volet « New build » mis en avant par Eskom dans le dossier SAPVIA / perspective été 2025. Côté infrastructures, le rapport intégré 2024 et les présentations associées évoquent 37 milliards de rands de capex sur l’exercice 2024 et un enveloppe de l’ordre de 133 milliards de rands sur cinq ans pour l’entité NTCSA chargée du transport, avec des centaines de kilomètres de nouvelles lignes dans la même veine (SAPVIA). Les PPA avec IPP restent le levier principal pour injecter du renouvelable sans transformer du jour au lendemain la gouvernance du groupe.
4. Greenwashing / zones grises
Le récit « entreprise sauvée » se heurte à des signaux d’audit et de créances difficiles à ranger sous le tapis : la publication des résultats 2025 s’est accompagnée d’une opinion d’audit qualifiée et de créances municipales dont les médias financiers ont rapporté un niveau d’environ 94,6 milliards de rands, en forte hausse sur un an (Moneyweb). Côté « confiance système », la Haute Cour a en décembre 2025 invalidé un accord de rattrapage tarifaire de 54 milliards de rands entre Eskom et le régulateur NERSA, au motif d’un défaut de transparence et de consultation publique (BusinessLive). Au 23 mars 2026, la Cour suprême d’appel confirme l’obligation pour Eskom de divulguer des contrats charbon, diesel et logistiques dont la valeur agrégée fait l’objet d’une fourchette publique autour de 70 milliards de rands (communiqué Eskom, The Conversation). Enfin, l’ouverture au trading privé reste contestée : la presse d’investigation décrit une poursuite de recours contre des licences malgré des annonces de désistement (Daily Maverick).
5. Positionnement stratégique
Eskom capitalise en 2025-2026 sur une séquence longue sans délestage — plus de 300 jours consécutifs au printemps et une vision hivernale sans load shedding selon sa communication (hiver 2026) — après des années où les coupures structuraient toute l’actualité, y compris dans des synthèses françaises (Connaissance des énergies). La prochaine étape stratégique, ce n’est plus seulement « tenir les GW » : c’est réussir à financer le transport, traiter l’impayé municipal, et institutionnaliser une concurrence à l’échange sans caser la stabilité du système.
Verdict WattsElse
Eskom montre qu’un réseau au bord de l’asphyxie peut rebondir, mais pas qu’on efface en deux exercices vingt ans de charbon, de dette et d’opacité contractuelle. Le prochain chapitre se lit au tribunal autant qu’sur les courbes de charge.
Sources : eskom.co.za · reuters.com · fr.africanews.com · eskom.co.za · eskom.co.za · eskom.co.za · eskom.co.za · sapvia.co.za · moneyweb.co.za · businesslive.co.za · eskom.co.za · theconversation.com · dailymaverick.co.za · connaissancedesenergies.org
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