Gazprombank
Banque privée russe contrôlée par Gazprom, troisième acteur bancaire du pays par l’ampleur de son bilan, Gazprombank est devenu en novembre 2024 une cible « full blocking » du Trésor américain.
À propos de Gazprombank
1. Modèle économique
Gazprombank vit surtout du crédit corporate : en 2024, les prêts aux personnes morales représentaient 93,6 % du portefeuille, pour un encours de prêts d’environ 13 986 milliards de roubles et des dépôts clients d’environ 13 400 milliards RUB, selon le communiqué sur les comptes IFRS relayé par la presse spécialisée (résumé financier IFRS 2024). Le résultat net IFRS annoncé pour 2024 s’élève à 195,2 milliards RUB. La banque se présente comme un pilier des secteurs gaz, pétrole, nucléaire, métallurgie et électricité sur le marché domestique (communiqué AK&M cité ci-dessus). À l’export, son réseau s’est rétracté sous pression réglementaire : les opérations de la succursale helvétique ont été discontinuées, selon Reuters (Reuters, octobre 2022). Une exposition médiatisée hors Russie passe aussi par des partenariats sectoriels ponctuels — par exemple le choix, en 2024, de Gazprombank comme partenaire d’investissement pour une raffinerie sud-africaine (PetroSA), événement rapporté comme tel par Reuters (Reuters, janvier 2024).
2. Impact réel
Côté empreinte opérationnelle de la banque elle-même, le dernier rapport d’impact diffuse en ligne mentionne pour 2024 des émissions Scope 1 et 2 de 43 406 tonnes CO₂-éq., une part d’électricité « verte » pour les bureaux moscovites à 39 % (via certificats), un objectif de −20 % sur Scope 1 et 2 d’ici 2030 vs 2019, et 15 000 MWh de certificats d’origine acquises sur l’année (rapport RSE / impact banque). Sur le marché domestique des EnR, la banque revendique un portefeuille de financement d’« énergie verte » supérieur à 230 milliards RUB en fin 2024 et dit financer environ 65 % des projets EnR russes cette même année — chiffres issus du PDF d’impact téléchargeable depuis le site (Impact Report PDF). Ce tableau ne dit pas le poids climatique des actifs financés (fossiles, LNG, gazoducs) dans la banque bilan : précisément là que se joue la part massive de l’exposition hors Scope 1–2 institutionnels. La programmation française (PPE, trajectoire 2050) ou les fiches méthodo ADEME ne s’appliquent pas à un établissement russe ; le comparatif utile est la cohérence interne banque‑client Gazprom / LNG.
3. Innovations / partenariats
Gazprombank s’est placée parmi les banques russes prêteuses du géant projet Arctic LNG 2, dans une fourniture de financement communiquée en même temps que d’autres banques russes à l’échelle projet (ordre 9,5 Md € de lignes combinées russes et internationales dans la phase de structuring, décrit par Reuters à l’époque) (Reuters Arctic LNG 2, 2021). Le contexte de sanctions contre le projet LNG arctique a ensuite bouleversé la chaîne industrielle européenne, TotalEnergies ayant invoqué des cas de force majeure sous le feu américain selon une synthèse Connaissance des énergies. Côté gouvernance « durable », la banque cite son adhésion aux Principes de banque responsable de l’UNEP FI depuis 2023 et publie ses rapports en ligne (espace développement durable).
4. Greenwashing / zones grises
La principale contradiction documentée publiquement date du 21 novembre 2024 : le ministère américain au Trésor place Gazprombank sur la liste SDN (« full blocking ») et écrit noir sur blanc qu’elle sert de conduit pour l’achat de matériel militaire et pour rémunérer les soldats, primes au combat incluses, dans le cadre de la guerre contre l’Ukraine (communiqué OFAC officiel). Ce paragraphe gouvernemental disqualifie, sur le registre géopolitique, la lecture « neutre » d’un discours uniquement financier vert. Dans le même temps, une autre contradiction chiffrée : le document d’impact 2024 avance ≈230 Md RUB d’investissements verts et ≈65 % des projets EnR russes suivis financièrement cette année-là (Impact Report PDF), alors même que le fossile et le gaz constituent le cœur du groupe‑maison Gazprom dans le monde réel économique. Enfin Washington a temporisé certaines intersections sensibles après coup : les sources de presse indiquent des renouvellements de licences générales autorisant des flux liés à Sakhalin‑2 ou des paiements de gaz tiers (Turquie, Slovaquie, fenêtres successives jusqu’à des échéances en 2025), ce qui montre une stabilité artificielle entre sanctions et corridors diplomatiques (Reuters Sakhalin-2, juin 2025 ; Reuters dérogations gaz, mars 2025).
5. Positionnement stratégique
La banque poursuit deux paris en parallèle : capitaliser à domicile sur la transition énergétique russe (EnR domestiques, sobriété sièges, narration UNEP FI) tout en restant le tuyau de crédit du complexe gazier et pétrolier ; la structure de bilan 2024 (corporate >93 % des prêts) le confirme. À l’extérieur, sa place dépend de l’épaisseur du rideau de sanctions et des dérogations OFAC visant certains flux d’énergie ou projets — logique expliquée par les prolongations de licence couvertes par Reuters en 2025 (Reuters Sakhalin-2). Les objectifs climat de l’UE (PPE3, etc.) ne font pas le droit russe, mais ils figent l’image d’une Europe qui dé-leverage le gaz russe tandis que la banque cherche des niches partenaires hors Occident.
Verdict WattsElse
Gazprombank n’est ni une « banque verte » au sens où l’entend Bruxelles, ni un acteur neutre : c’est un tableau de bord financier du gaz russe que Washington taxe explicitement de canal de guerre (OFAC, 21 novembre 2024), tout en autorisant par à-coups des transactions liées au pétrole gazier qui contredisent l’image d’un mur infranchissable (Reuters, 2025). Le vert affiché pèse des milliards de roubles ; le gris géopolitique pèse le système financier.
Sources : akm.ru · reuters.com · reuters.com · gazprombank.ru · gazprombank.ru · reuters.com · connaissancedesenergies.org · gazprombank.ru · home.treasury.gov · reuters.com · reuters.com
Données clés
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