Énergies renouvelables

Greeneco Enerji

Le jeu risqué d’un champion de la vapeur profonde : des centaines de mégawatts sur un même gisement, la promesse d’électricité pilotable, et au printemps 2024 une empreinte locale brutalement toxique.

« Géothermie à la turque : vapor factory social frictions. »

À propos de Greeneco Enerji

1. Modèle économique

Greeneco Enerji Elektrik Üretim est une coentreprise de Saray Holding et Acarsan Holding, créée en 2012 selon les profils sectoriels recoupés (fiche EMIS, page marque Acarsan). Le siège est à Istanbul, le cœur industriel à Denizli-Sarayköy, où s’empile un complexe de centrales géothermiques interconnectées. Le revenu repose sur la vente d’électricité au réseau et sur les mécanismes de soutien tarifaire turcs — en particulier YEKDEM, qui cadence la rentabilité des extensions récentes : l’opérateur apparaît sur les listes préparatoires pour 2025 (synthèse Jeotermal Haberler sur les listes EPDK). Acarsan chiffre plus de 500 millions USD d’investissements cumulés depuis le lancement et fixe un cap à moyen terme d’environ 200 MW sur le site de Sarayköy (portefeuille Acarsan). En contraste, ni chiffre d’affaires consolidé ni effectif précis n’ont été trouvés dans des sources gratuites et vérifiables ; pour ces agrégats comptables, les bases payantes type EMIS restent la piste la moins mauvaise, pas le communiqué.

2. Impact réel

Côté climat, l’argument massue est simple : électricité baseload issue du sous-sol, substitut potentiel au charbon ou au gaz à cycle combiné dans le dispatch turc. L’extension JES-7 vise, une fois bouclée en configuration complète, 392 GWh/an de production attendue pour le seul complexe concerné (ThinkGeoEnergy sur GPP-7 et volumétrie). La capacité installée du groupe a été portée à 128,95 MW en novembre 2024 avec la montée en puissance de la septième centrale (Jeotermal Haber) — un ordre de grandeur qui place Greeneco dans la ligue serrée des grands producteurs géothermiques du pays. À opposer à cette « photogénie industrielle » : l’empreinte locale (nappe, sols, biosphère) et le bouquet chimique du fluide géothermique, loin des tableaux de bord agrégés nationaux ; la PPE3 française ou les fiches ADEME ne servent ici que de miroir : même technologie, cadres réglementaires et densités de population incomparables.

3. Innovations / partenariats

Techniquement, le parc s’appuie sur des cycles ORG (Organic Rankine Cycle) : le fournisseur Exergy revendique six unités pour 102 MWe sur les phases précédant l’extension, et la continuité sur JES-7 (cas client Exergy). Côté politique industrielle, le projet d’extension a été éligible à un certificat d’investissement de 1,63 milliard de livres turques, aux alentours de 83 millions USD au taux mentionné par la presse spécialisée en 2023 (ThinkGeoEnergy sur les incitations publiques) — un signal que l’État turc monétise la filière pour sécuriser le pipeline de projets. Sur la feuille de route, Acarsan annonce aussi un premier site significatif hors Denizli à Bolu-Seben (cible communiquée 5 MW) et un maillage d’autres permis (fiche Greeneco du holding).

4. Greenwashing / zones grises

Le risque n’est pas le slogan « renewable » : c’est l’incident de forage. En mai 2024, la presse locale décrit la diffusion prolongée de sulfure d’hydrogène (H₂S) sur le secteur de Sarayköy, avec entraves à la circulation et déploiement d’équipes d’urgence pendant seize jours selon le fil DHA. Des voix associatives documentent ensuite des plaintes de riverains sur des dégâts agricoles et environnementaux liés à l’épisode (recensions Ekoloji Birliği sur Sarayköy). Par ailleurs, la dépendance à YEKDEM — tarifs, dates de mise en service, ajustements régulatoires — concentre le risque financier : ce que la communication « vert pur » occulte souvent, c’est la sensibilité au cadre public autant qu’au sous-sol. Sur la gouvernance RSE « à la européenne », aucun rapport CSRD ou équivalent grand public n’a été identifié pour cette entité ; ne pas le confondre avec une entreprise cotée à Paris.

5. Positionnement stratégique

Greeneco joue la montée en puissance nationale : de 106 MWe stabilisés sur les six premières phases (ordre de grandeur fourni par la chaîne d’approvisionnement ORC, Exergy) à ~129 MWe déclarés fin 2024 (Jeotermal Haber), puis vers l’ambition 200 MW locale chez Acarsan (page marque). Le pari est double : industrialiser un même corridor géothermique tout en diversifiant géographiquement pour diluer risque politique et géologique. Le baromètre immédiat, ce n’est plus seulement le compteur MWh : c’est la capacité à forer sans fracture sociale après un accident majeur documenté par la presse.

Verdict WattsElse

Les subventions ont cimenté la tour, le sous-sol alimente le pays — mais après seize jours de H₂S sur Sarayköy, la transition turque mesure aussi son coût au nez des villageois. Réduction des risques ou réputation qui s’évapore : telle est la vraie courbe d’apprentissage.

Sources : emis.com · acarsan.com.tr · jeotermalhaberler.com · thinkgeoenergy.com · jeotermalhaber.com · ademe.fr · exergy-orc.com · thinkgeoenergy.com · dha.com.tr · ekolojibirligi.org

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