Hevatech
Entre turbines et moteurs à air chaud, la Drômoise Hevatech joue une partie serrée : démontrer que la chaleur fatale peut payer, alors que le marché peine à industrialiser et que les comptes publiés crient déjà le manque d’air.
À propos de Hevatech
1. Modèle économique
Hevatech est une SAS française implantée à Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), juridiquement rattachée à l’ingénierie et aux études techniques, mais identifiable sur le marché comme équipementier-intégrateur de valorisation thermique : turbine diphasique TURBOSOL pour des rejets dès 200 °C, ligne H2P « heat-to-power » héritée du rachat d’actifs H2P Systems pour monter jusqu’à très haute température. Le revenu combine vente d’équipements, études (références clients), projets cofinancés (I-NOV 5, I-BAC PME via le cadre France 2030) et une couche services : l’offre MAEVA, lancée en mars 2025, cible audit et caractérisation des gisements. La levée de 4 M€ annoncée en décembre 2022 (Banque des Territoires pour le compte de l’État, EREN Groupe) a été pensée pour accélérer le commercial. Côté taille, le profil LinkedIn affiche une petite structure (de l’ordre d’une douzaine de personnes), alors qu’un objectif d’environ 50 collaborateurs à l’horizon 2027 avait filtré dans la presse régionale au moment de la levée. Le chiffre d’affaires détaillé n’est pas lisible dans l’extrait gratuit des bilans consultés ; en revanche, le compte de résultat publié sur Societe.com donne l’ampleur du déséquilibre actuel (voir section suivante).
2. Impact réel
Sur le papier, le gisement est massif : le site corporate mobilise un ordre de grandeur européen de l’ordre de 300 TWh/an de chaleur fatale « valorisable », pour ancrer l’enjeu. Au concret, la référence la plus documentée reste Mersen Gennevilliers : une unité H2P de 15 kWe et 150 kWth sur du gaz fatal torché en sortie de four, avec des bilans annoncés par l’entreprise — 200 t de CO₂ évitées par an, 15 % des besoins de chauffage du site couverts, 7 % du gisement perdu converti en électricité — et un retour sur investissement estimé à trois ans, hors subvention. D’autres dossiers (Essity Hondouville, études Vicat ou FMI Process) montrent une liste d’empreintes sectorielles variées (papier, ciment, boues), mais pas toutes à ce stade équivalentes en termes de données carbone auditables publiquement. Dans le paysage public, la dynamique de la récupération de chaleur et du dispositif Fonds Chaleur confirme que la filière compte pour la trajectoire nationale, sans effacer la difficulté : chaque installation reste un cas d’intégration procédé, pas un simple « patch » marketing.
3. Innovations / partenariats
Techniquement, Hevatech capitalise sur un procédé TURBOSOL breveté et complète la plage de températures avec H2P, puis pousse la R&D sous contrat (France 2030, ADEME, programme RAPID avec stockage d’air chaud). Côté organisation, Jean-Baptiste Trémouille prend la direction générale en juin 2025 selon la communication officielle (le greffe indique une formalisation en juillet 2025 sur Societe.com). Le signal le plus récent est l’accord avec Advanced Cyclone Systems (ACS), annoncé le 26 janvier 2026 : intégration filtration / cyclonage haute température et récupération de chaleur, après un premier chantier commun chez Essity.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal « gris » n’est pas un communiqué climatique creux : il est comptable. Les bilans déposés et agrégés sur Societe.com font état, pour l’exercice clos le 31 décembre 2024, d’une perte nette d’environ 1,93 M€ (contre environ 1,70 M€ en 2023) et d’une trésorerie qui tombe d’environ 6,1 M€ à environ 2,2 M€ sur la même fenêtre : un rythme de consommation de cash difficile à concilier avec une montée en charge commerciale sans nouvel apport ou sans bascule rapide vers des contrats récurrents à marges élevées. La dépendance aux dispositifs publics (France 2030, Banque des Territoires, projets ADEME) est structurelle dans la feuille de route affichée — ce qui peut fragiliser l’entreprise si les priorités budgétaires se resserrent, alors même que l’offre « zéro CAPEX » vise précisément à déplacer le risque d’investissement. Sur le fond climat, la valorisation de la chaleur fatale réduit des pertes énergétiques sur des sites souvent encore thermiquement intensifs, mais ne substitute pas à elle seule la suppression des combustibles fossiles : l’échelle des « tonnes de CO₂ évitées » annoncées pour Gennevilliers doit se lire comme un billement partiel de site, pas comme une neutralité annoncée globale. Aucune condamnation, litige ou sanction environnementale identifiée dans la presse ou les sources consultées ; pas de rapport RSE ou CSRD grand public repéré pour cette taille de structure.
5. Positionnement stratégique
Hevatech se positionne comme intégrateur face à des industriels réticents aux CAPEX, en s’appuyant sur un écosystème européen (potentiel chaleur valorisable, partenariat ACS 2026) et sur une alliée institutionnelle (Drôme, visite préfectorale mars 2025). La fenêtre politique peut jouer en sa faveur : la PPE 3 et les instruments type Fonds Chaleur maintiennent la pression pour la décarbonation des chaleurs procédé. Le pari, c’est de transformer références isolées (Mersen, Essity en cours, études ciment/papier) en parc d’installations répliquées avant que la marge financière ne s’érode.
Verdict WattsElse
Hevatech dit la vérité du secteur : sans preuves au sol et sans trésorerie, la « troisième manche » de la transition thermique ne se joue pas — elle se regarde dans le bilan.
Sources : societe.com · atee.fr · greenunivers.com · hevatech.fr · banquedesterritoires.fr · hevatech.fr · fr.linkedin.com · lejournaldesentreprises.com · hevatech.fr · hevatech.fr · ademe.fr · fondschaleur.ademe.fr · hevatech.fr · hevatech.fr · hevatech.fr · hevatech.fr · info.gouv.fr
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