Langfang Power Station
À Langfang, près de Pékin, le vocable « centrale » cache un couple infernal : du cycle combiné gaz avec cogénération côté SPIC, et du charbon supercritique chez Guodian — désormais en voie de doubler sa puissance.
À propos de Langfang Power Station
1. Modèle économique
Ce n’est pas une « entreprise » au sens d’une société cotée isolée : ce sont deux portefeuilles d’actifs thermiques dans la zone de développement économique d’Anci, Langfang, Hebei, Chine, avec des logiques de revenus typiques du service public d’électricité et de chaleur en Chine : ventes d’énergie, tarification du chauffage urbain, et pilotage saisonnier. Le site gaz de 800 MW (2×400 MW), au gaz naturel et en cogénération, est détenu/exploité par une filiale SPIC (fiche projet). Le parc charbon Guodian totalise 700 MW opérationnels (2×350 MW depuis 2016) et vise 700 MW additionnels (unités 3 et 4) en construction, technologies dites supercritiques (fiche parc charbon). Chiffre clé non publié au niveau « centrale » : aucun CA ni effectif consolidés n’ont été trouvés pour ces actifs seuls — les agrégats pertinents sont ceux des groupes mères (SPIC, China Energy / ex-fusion Guodian).
2. Impact réel
Sur le gaz, le cycle combiné annoncé par les équipementiers visait une efficacité d’environ 60 % avec turbines GE 9F.05 dans un couplage cycle combiné compatible cogénération (communiqué GE–Harbin Electric) — mieux que le thermique classique, mais toujours fossile et émetteur de CO₂. Sur le charbon, l’extension +700 MW renforce métrablement l’empreinte carbone locale par rapport à l’existant 700 MW, même avec fumées « supercritiques » (détail capacités et statut). À l’échelle du groupe SPIC, la SASAC relatait en septembre 2025 une capacité totale de 272 GW et 73,16 % de capacités qualifiées de « propres » « en août 2025 » (note officielle) : utile pour le périmètre groupe, pas pour effacer le charbon voisin. En contrepoint territorial, un parc éolien 100 MW à Langfang–Dacheng est profilé pour une montée progressive vers 2026 (profil de projet), signal d’une compensation partielle à l’horizon de quelques centaines de mégawatts seulement. Pour un lecteur français : la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe la trajectoire de décarbonation du mix hexagonal ; à Langfang, la logique est l’inverse d’une simple « sortie du charbon » : durcissement thermique + accélération EnR en parallèle, comme le synthétise aussi le débat public sur la Chine côté Connaissance des Énergies.
3. Innovations / partenariats
Le volet gaz s’appuie sur un EPC/équipementement occidental–chinois (GE + Harbin Electric) pour îlots cycle combiné (annonce fournisseur). Côté China Energy/Guodian, l’argument technologique mis en avant dans les inventaires indépendants est la filière supercritique et l’usage chauffage (GEM). Le groupe SPIC met en avant des grands volumes côté production hivernale et une part d’« énergie décarbonée » sur la saison de chauffe 2025-2026 dans ses communications sociales (extrait de campagne SPIC) ; à prendre comme discours de marque, pas comme bilan carbone vérifié au niveau de Langfang.
4. Greenwashing / zones grises
La première zone grise est sémantique : parler de « transition » à Langfang sans dissocier SPIC (gaz) et Guodian (charbon) fusionne deux trajectoire opposées sur le même topon. La seconde est chiffrée : selon Global Energy Monitor, Guodian Langfang ajoute deux tranches de 350 MW à une base de 700 MW déjà en service — soit un doublement de puissance charbon sur un site qualifié de stratégique pour l’approvisionnement de la capitale, dans un contexte national où la vague de nouveaux charbons en 2025 est documentée par la presse spécialisée (Carbon Brief). La troisième est réglementaire : du 27 au 31 octobre 2025, Langfang est entrée dans une réponse d’urgence de niveau II pour qualité de l’air, obligeant l’industrie à réduire ses émissions (SteelOrbis) — la centration « propre » se lit aussi à travers ces coups de boutoir administratifs. Une quatrième tension porte sur la fiabilité du reporting : la supervision environnementale du Hebei a publié fin 2025 un rapport d’inspection mettant en cause des fraudes sur les données d’émissions dans des configurations voisines de centrales thermiques (rapport provincial (PDF)) ; sans lien établi avec Langfang dans ce document, cela fragilise la lecture de transparence du bassin industriel dans lequel s’inscrivent les deux sites.
5. Positionnement stratégique
Langfang capitalise sur une géographie politique : proximité de Pékin, enjeu de chauffage urbain, double guindeau gaz/charbon. Les groupes tirent des arguments asymétriques — SPIC sur le mix EnR global (SASAC 2025), Guodian/China Energy sur l’extension thermique supercritique (GEM) — tandis qu’au niveau local, les parcs éoliens et autres ENR cherchent à lisser un imaginaire encore dominé par les gigawatts fossile (fiche éolien). Selon les éléments disponibles dans la presse économique, la donne nationale reste celle d’un verrouillage partiel du charbon expliqué par la sécurité d’approvisionnement — angle développé dans la couverture journalistique internationale (Forbes sur les installations charbon 2025).
Verdict WattsElse
Langfang n’est pas une « centrale », c’est un carrefour de deux doctrines : gazifier pour respirer près de la capitale, et recharbonner en supercritique pour tenir la charge, tant que l’éolien local ne pèse qu’une fraction des gigawatts en jeu. Le récit climatique se juge au compteur megawatts, pas au slogan — à Langfang, le charbon en rajoute quand le gaz fait semblant de suffire.
Sources : gem.wiki · gem.wiki · ge.com · en.sasac.gov.cn · power-technology.com · ecologie.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · facebook.com · carbonbrief.org · steelorbis.com · hbepb.hebei.gov.cn · forbes.com
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