Lhoist
La chaux est partout dans l’industrie lourde, mais son modèle carbone appartient encore au vieux monde.
À propos de Lhoist
1. Modèle économique
Lhoist vit d’un produit peu glamour, mais absolument stratégique: la chaux, la dolomie et des solutions minérales vendues à la sidérurgie, au traitement des fumées, au BTP, à l’eau, à l’agriculture ou au papier. Son rapport RSE 2023 chiffre le groupe à 3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, avec 6 293 salariés permanents et plus de 25 pays de présence; son site corporate parle désormais de 6 400+ employés, 130+ sites et terminaux et une couverture commerciale dans 80+ pays. Le portefeuille reste très industriel: la sidérurgie pèse 31% des ventes, devant le traitement des fumées (13%) et les routes et travaux civils (11%) selon le rapport 2023. En France, Lhoist indique 660 employés sur 18 sites dans sa feuille de route signée avec Roland Lescure. En revanche, aucun chiffre d’affaires consolidé 2024 n’a été trouvé dans les sources publiques consultées.
2. Impact réel
Le cœur du problème est physique: produire de la chaux émet du CO2 non seulement par combustion, mais aussi par décarbonatation du calcaire. Lhoist l’écrit noir sur blanc dans sa page décarbonation: un tiers de son empreinte vient des combustibles, deux tiers des émissions de procédé. Son rapport RSE 2023 donne une intensité de 1 176 kgCO2 par tonne de chaux/chaux dolomitique en 2023, dont 798 kg liés à la matière première et 368 kg au fuel. Le mix énergétique reste très carboné: 60% de combustibles fossiles solides, 25% de fossiles “bas carbone”, 9% de biomasse et 6% de recyclé. Côté électricité, la part renouvelable n’atteint que 25% en 2023, même si le groupe met en avant des projets photovoltaïques et des PPA dans son rapport 2023. Cela place Lhoist en tension directe avec la logique de la PPE 3, qui pousse l’électrification bas carbone et la baisse de la part des fossiles dans la consommation finale française.
3. Innovations / partenariats
Lhoist joue clairement sa partition techno-industrielle sur le captage. Le projet CalCC à Réty, mené avec Air Liquide, vise à capter et stocker plus de 600 000 tonnes de CO2 par an à partir de 2028, soit plus de 80% des émissions du site. La fiche CINEA précise un grant européen de 125,2 M€ et un capex estimé à 198,4 M€ pour ce démonstrateur. En France, Lhoist a aussi signé avec l’État les premières feuilles de route de décarbonation pour quatre de ses sites parmi les 50 plus émetteurs. En Allemagne, le projet EVEREST ajoute une autre échelle: 228 M€ de soutien européen conditionnés à la décision finale d’investissement, pour 1,5 million de tonnes de CO2 captées par an. Lhoist avance aussi sur des briques plus circulaires via co2ncreat, qui valorise du CO2 capté et des sous-produits sidérurgiques.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise est nette: Lhoist vend déjà un récit de “chaux bas carbone”, mais l’essentiel de la baisse future repose sur des projets CCS lourds, pas encore en exploitation. Même son offre LEVEL|GREEN, qui promet environ 80% de réduction d’empreinte, dépend de chaînes complètes de captage, transport et stockage qui ne sont pas encore industrialisées à grande échelle. Autre fragilité: le groupe reste, en 2023, très dépendant des combustibles fossiles et de la biomasse, alors que cette dernière n’est ni infinie ni neutre par magie. Enfin, la décarbonation est aussi suspendue au soutien public: subventions européennes, infrastructures Dunkerque-D’Artagnan, autorisations, acceptabilité territoriale. Sans cet écosystème, le business case se tend brutalement.
5. Positionnement stratégique
Lhoist a pour lui un avantage simple: la chaux reste difficilement substituable dans l’acier, l’eau, les fumées ou certains procédés chimiques. Sa stratégie consiste donc moins à “sortir” d’un produit carboné qu’à devenir le premier à vendre une chaux compatible avec la nouvelle donne industrielle européenne. Si la PPE 3 confirme la réindustrialisation bas carbone française, Lhoist peut transformer une contrainte de procédé en prime de pionnier. Mais à une condition: passer du PowerPoint CCS à l’usine réellement branchée.
Verdict WattsElse
Lhoist n’est pas une licorne verte: c’est un industriel du minéral pris dans une équation climatique presque insoluble. Sa force est là, justement: s’il réussit, il prouvera que même les secteurs les plus calcifiés peuvent bouger; s’il échoue, toute la promesse de la chaux “décarbonée” sentira le communiqué subventionné.
Sources : back.lhoist.com · lhoist.com · lhoist.com · lhoist.com · connaissancedesenergies.org · lhoist.com · climate.ec.europa.eu · lhoist.com
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
2gré
La filiale « Chaleur & Froid » du groupe Arverne ne vend pas une marque : elle vend du gigawatt-heure bas-carbone sous contrats longs.
Voir la ficheACWA Power
ACWA Power avance vite, très vite: solaire, éolien, dessalement, hydrogène, le tout emballé dans une promesse de transition à grande échelle.
Voir la ficheAdani Green Energy Limited
Adani Green Energy Limited n’est pas une start-up solaire en lévitation, mais une machine industrielle.
Voir la ficheAdVini
La fusion avec une partie du périmètre InVivo Wines marque une nouvelle étape pour ce groupe implanté à Saint-Félix-de-Lodez : après une année 2025 où le CA flanche mais la profitabilité remonte, la question est de savoir si la stratégie climat et les alliances industrielles tiendront face aux températures extrêmes — et aux engagements de la banque.
Voir la ficheAGC Inc.
Au siège nippon, AGC incarne encore le verre‑plate‑form‑électronique de la première taille mondiale ; en Belgique et en République tchèque, il doit désormais trancher entre pilotes très prometteurs et plans sociaux dictés par le marché du bâtiment et une facture énergétique qui résiste trop souvent aux slogans climatiques.
Voir la ficheAggreko Côte d'Ivoire
Aggreko ne joue pas dans la même catégorie que les concessionnaires BOOT du golfe de Guinée : elle loue de la puissance au réseau, vite et massivement.
Voir la ficheAirflux
Le spécialiste lillois de l’air comprimé a passé le cap des 50 M€ de chiffre d’affaires en 2025, puis a basculé à 100 % dans l’orbite du distributeur industriel Rubix en décembre.
Voir la ficheAkuo Energy
Akuo n’est plus une start-up pionnière des renouvelables: c’est désormais un producteur-développeur entré dans l’âge industriel, avec ses chiffres solides, ses montages financiers lourds et ses arbitrages moins romantiques.
Voir la fiche