Production électrique

ONEE - Branche Eau

La branche Eau de l’ONEE porte une part massive de la sécurité hydrique du Maroc — plus de 85 % de la production nationale d’eau potable selon ses indicateurs 2024 — tout en absorbant des chocs énergétiques qui gonflent le coût du dessalement.

« Eau potable à marée haute modèle économique sous tension »

À propos de ONEE - Branche Eau

1. Modèle économique

L’activité Eau repose sur la production, le traitement, le transport et la distribution d’eau potable : 1,374 milliard de m³ produits en 2024, via 114 stations de traitement et un réseau d’adduction d’environ 13 000 km, selon la présentation 2024 de la branche. Les recettes tarifaires ne couvrent manifestement pas les coûts complets : la presse économique rapporte pour 2023 un chiffre d’affaires de 6,54 milliards de dirhams et un résultat net de −795 millions de dirhams pour la branche Eau, dans un contexte de discussion de transformation en société anonyme (Charika Eco). Le financement du plan 2025-2030 combine budget public et levier marché : 43 milliards de dirhams sont annoncés pour l’eau potable dans un enveloppe globale de 100 MMDH, avec en parallèle une part élevée de financement privé / PPP (Hespress). Au niveau de l’office tout entier, la BERD a accordé en juin 2025 un prêt de 300 millions d’euros « sustainability-linked », au nominatif ONEE : il vise surtout la résilience financière et des objectifs liés à l’intensité carbone et au part des renouvelables dans l’électricité — périmètre piloté par la branche Électricité, mais qui conditionne le coût du modèle « eau-énergie ». Effectif dédié uniquement à la branche Eau : non isolé dans les sources consultées ; l’ONEE reste un gros employeur public consolidé.

2. Impact réel

Sur le plan physique, la performance réseau est soignée : rendement global des adductions à 94,8 % et accès rural à 98,8 % fin 2024 (présentation ONEE-Eau 2024). Le basculement vers le dessalement change la nature de l’empreinte : la même source indique environ 66 millions de m³ issus du dessalement en 2024, sur 12 unités listées, et un objectif affiché de plus de 1,3 milliard de m³/an et 63 % des besoins en eau potable couverts par le dessalement d’ici 2030 — chiffres repris notamment par Jeune Afrique. Les émissions de CO₂ « évitées » ou un mix énergétique détaillé pour chaque station ne sont pas retrouvés dans les pages corporate citées ; l’enjeu, documenté par la BERD, est au contraire la forte sensibilité du bureau aux prix de l’énergie et la montée en charge du renouvelable côté électricité (BERD), boucle indispensable pour « vert » le dessalement massif. Référence EU (PPE3, fiches ADEME) : peu directement transposable à un opérateur marocain soumis au cadre national et aux NDC du pays plutôt qu’au paquet climat-énergie européen.

3. Innovations / partenariats

Le projet de dessalement de Casablanca illustre la montée en gamme : 6,5 milliards de dirhams, 300 millions de m³/an visés, phase 1 en service fin 2026. En mars 2025, une unité à Sidi Ifni (8 640 m³/j, 320 MDH) a été mise en service selon Greener Morocco. Côté gouvernance de marché, l’ANRE a validé en février 2025 une séparation comptable des activités au sein de l’ONEE, étape vers un pilotage plus fin entre réseau, génération et — indirectement — missions transverses dont l’eau. Les PPP et l’opening-up au capital privé** portés par le plan quinquennal constituent le socle « innovation institutionnelle » autant que technologique (Hespress).

4. Greenwashing / zones grises

Le prêt lié à la durabilité ne doit pas masquer que les KPI annoncés par la BERD portent prioritairement sur l’électricité, pas sur les indicateurs hydriques (saumure, énergie spécifique au m³ dessalé, biodiversité côtière). Point rouge documenté : le Conseil de la concurrence relève des engagements de retraite passés de 16,5 à 37 milliards de dirhams entre 2013 et 2022 pour l’ONEE — fardeau qui nourrit une « fragilité structurelle » et une révision tarifaire urgente, au-delà du vocabulaire de transition. Côté mer, TelQuel pointe le risque écologique des rejets de saumure lorsque la capacité de dessalement s’accélère — tension chiffrée dans le temps (capacité cible 2030) plutôt que crise locale isolée. Enfin, les neuf jours de grève nationale en janvier 2024 contre le transfert vers des sociétés régionales multiservices traduisent un conflit sur le sens de la « transition » (service public vs logique résiliable), non un simple grief salarial.

5. Positionnement stratégique

L’ONEE-Eau vise un saut industriel par le dessalementprojet phare Casablanca, grilles d’investissement Hespress, narratif 63 % des besoins en 2030 — tout en consolidant la résilience financière via des partenaires comme la BERD. La signalétique récente combine séparation comptable ([ANRE](https://anre.ma/actualites/lanre-approuve-la separation-comptable-des-activites-de-lonee/)) — à surveiller pour l’allocation des coûts eau/élec — et restructuration patrimoniale évoquée dans la presse (Charika Eco). Dans le paysage régional, le groupe se profile comme hub hybride infrastructure / énergie pour un pays exposé à la raréfaction pluviométrique.

Verdict WattsElse

L’ONEE-Eau promet l’indépendance face au ciel ; elle achète ce pari sur la mer et sur le réseau électrique, sous le regard d’une dette sociale et d’une gouvernance qui crispent le modèle public. La transition affichée tient dans une phrase : plus de volume, plus de privé, plus de mer — à condition que la facture énergétique et la mer elle-même acceptent l’addition.

Sources : onep.org.ma · www12.charika-eco.ma · fr.hespress.com · ebrd.com · jeuneafrique.com · onep.org.ma · greenermorocco.com · anre.ma · le360.ma · telquel.ma · fr.le360.ma

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