Red Eléctrica del Norte 2 S.A.
Filiale d’infrastructure née du rachat d’actifs miniers, REDENOR 2 fait circuler l’électricité du Nord chilien — là même où, en 2025, des volumes massifs d’énergies renouvelables sont « jetés » faute de réseau.
À propos de Red Eléctrica del Norte 2 S.A.
1. Modèle économique
REDENOR 2 est une société de transport d’électricité : elle perçoit des revenus régulés en exploitant des lignes et postes raccordés au système national et aux réseaux dédiés, dans une logique de service public technique monopole sur les tronçons concédés. Historiquement, l’essentiel du patrimoine provient d’installations initialement dédiées à la faena minière Centinela, intégrées au réseau national entre 2016 et 2020 puis rachetées par Redinter en 2018 selon la chronologie publiée par Redinter. L’opération d’entrée a été structurée côté groupe espagnol via le rachat de Centinela Transmisión pour 117,2 millions de dollars et 265 km de lignes 220 kV, selon le communiqué de juillet 2018 (Red Eléctrica, aujourd’hui Redeia). À l’échelle consolidée du groupe mère, Redeia publie 1 594,2 M€ de chiffre d’affaires en 2024 (contre 1 818,7 M€ en 2023) dans ses comptes annuels consolidés 2024 — chiffre groupe, non ventilé par REDENOR 2. Le chiffre d’affaires ou l’effectif spécifiques de REDENOR 2 ne sont pas retrouvés dans les extraits publics consultés ; la photographie économique reste celle d’une unité d’actifs au sein d’un portefeuille chilien de 1 776 km de circuits gérés par Redinter (page « Redinter en Chile »).
2. Impact réel
REDENOR 2 ne « produit » pas de kWh proprement dits : elle conditionne l’usage des kWh solaires, miniers ou autres en évitant les pertes techniques et en ouvrant des points de connexion. La fiche Redenor 2 met en avant la subestación Centinela (220 kV), mise en service en 2021, et une ligne d’environ 19 km reliant le parc photovoltaïque Sierra Gorda Solar d’Enel Green Power au national : l’impact climat direct se lit surtout en dé-saturation locale et en intégration d’EnR. À l’inverse, l’échelle pays révèle un paradoxe brutal : selon la synthèse bilan électrique 2025 (ACERA), le Chili a perdu 6 084 GWh d’énergies renouvelables en 2025 (+7,8 %), faute de capacité de transport et de flexibilité — autant d’électricité « virtuelle » que le réseau n’a pas acheminée. Les objectifs nationaux de décabonation (la fiche du Trésor français sur le marché chilien rappelle la trajectoire vers une part très élevée d’EnR d’ici 2030) font de la transmission le facteur limitant : la question n’est pas seulement d’ajouter des panneaux, mais de saturer ou non les couloirs que des opérateurs comme REDENOR 2 maillent.
3. Innovations / partenariats
Le volet « innovation » est ici surtout ingénierie de réseau : projet D198 d’élargissement de Centinela (nouveaux « paños », sectionnement de liaison 2×220 kV) et raccordement du parc Sierra Gorda déjà cités (Redinter). Du côté groupe, les annonces récentes sur le Nord chilien évoquent aussi des équipements de compensation — par exemple 4,74 M$ envisagés pour un réacteur à la sous-station Nueva Pozo Almonte d’ici 2030 (Energía Estratégica). Redinter valorise par ailleurs des certifications ISO 9001, 14001, 45001 et SR10 sur ses opérations (Redinter Chile). Signal de gouvernance : en novembre 2024, David López Cortón prend la direction pays de Redinter et la gérance de TEN pour « consolider » les actifs du Nord, selon la note BNamericas.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque n’est pas un slogan marketing isolé mais un découplage structurel : on peut arborer certifications RSE tout en exploitant une technologie indispensable qui, à l’échelle système, laisse perdre des TWh renouvelables. La synthèse ACERA via Review Energy quantifie précisément 6 084 GWh perdues en 2025 (+7,8 %). Parallèlement, la mécanique d’investissement régulé montre ses limites : sur 343 « obras de ampliación » licitées entre 2017 et 2025, 34 % auraient été déclarées infructueuses (« desiertas ») selon les données du Coordinateur électrique national rapportées par Electrominería — symptôme d’un marché où les prix-guide ne collent pas à la réalité de chantier ; dans le même article, 81 % des 109 projets en construction accuseraient un retard. Enfin, l’historique Centinela rappelle une capture minière du réseau : utile industrielle‑ment, difficile à présenter comme un triomphe de la transition lorsque la demande soutenue peut prolonger une économie très émettrice voisine. Aucune condamnation pénale ni litige précis contre REDENOR 2 n’a été identifié dans les sources consultées pour cette fiche.
5. Positionnement stratégique
REDENOR 2 incarne la wedge de Redeia entre Atlantique et désert d’Atacama : un actif de raccordement Nord dans un pays où le Trésor décrit la transmission comme principal goulot pour les EnR. La perspective macro est donc favorable à tout opérateur déjà présent sur les nœuds faibles. La contrainte, c’est le rythme : la presse métier rapporte une volonté législative de réduire fortement les délais de permis (Energía Estratégica), tandis que les interviews du management dénonçaient encore des cycles de planification trop longs (cf. développements chez Electrominería en 2024). Pour REDENOR 2, l’« opportunité » se mesure au mégaoctet financé qui débouche sur une ligne réellement énergétique avant la prochaine vague de curtatement.
Verdict WattsElse
REDENOR 2 est l’architecture invisible qui permet au Chili de brancher ses miradors solaires ; mais tant que les TWh perdus s’accumulent et que un tiers des enchères d’extension restent vides, le récit « transition réussie » sonne creux. Au Nord, le courant passe — la question est de savoir à quel prix social, fiscal et climatique le pays accepte d’attendre le prochain kilomètre.
Sources : redinter.cl · ree.es · redeia.com · redinter.cl · review-energy.com · tresor.economie.gouv.fr · energiaestrategica.com · redinter.cl · bnamericas.com · electromineria.cl · energiaestrategica.com · electromineria.cl
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