Royal Boskalis
Côté bourse et carnets, le n°1 néerlandais des infrastructures maritimes affiche 2025 comme sa meilleure année en près de deux siècles.
À propos de Royal Boskalis
1. Modèle économique
Royal Boskalis Westminster N.V. est un groupe d’ingénierie maritime aux Pays-Bas, historiquement célèbre pour le dragage, les transports lourds et le sauvetage ; il opère aujourd’hui comme une plateforme d’EPCI marine et d’infrastructure côtière à l’échelle planétaire. Le chiffre d’affaires 2025 s’établit à 4,46 milliard d’euros (4 457 M€) avec un résultat d’exploitation d’environ 886 M€ (hors effets exceptionnels) et un bénéfice net de 775 M€ ; l’EBITDA 2025 atteint 1,34 Md€ sur une marge d’environ 30 % — performance jugée “record” par la direction, sans gain exceptionnel de l’année 2024. Le carnet de commandes frôle 7,0 Md€ à fin 2025, légèrement au-dessus de 2024, ce qui amorce la trésorerie des chantiers 2026–2027. Environ 11 000 employés et une flotte d’environ 400 engins ancrent le modèle sur des actifs lourds et de long cycle : dragage, pose de câbles, transport de fondations, navires-crabes, remorquage. La division Offshore Energy pèse 2,1 Md€ de revenus, dont environ 55 % liés à l’éolien en mer en 2025 : le reste reste pétro-gazier, démantèlement, inspection, levage pour hydrocarbures — dépendance structurelle au service des majors et des États, pas seulement des utilities vertes. Les 564 M€ d’investissements 2025 (Seaway, Windpiper, BOKA Spearfish, remorqueurs) confirment que la croissance passe par l’amortissement de coques toujours plus spécialisées.
2. Impact réel
Sur le fil du climat, l’essentiel tient à ce qu’Offshore Energy installe, transporte et câble : le groupe revendique l’implication dans 175 parcs éoliens offshore mondiaux à fin 2025, avec des chantiers récents de la côte est des États-Unis (ex. Revolution Wind, 54 monopieux / 704 MW) à l’Europe du Nord (câbles, DolWin5 pour le cluster allemand autour de Borkum Riffgrund 3), en passant par la Pologne (Baltic Power) et d’importants lots de câbles pour Baltica 2. Côté atténuation propre, le rapport de durabilité 2024 vise notamment −10 % d’intensité carbone de la flotte d’ici 2030 (base 2023) et une neutralité opérationnelle d’ici 2050 — des trajectoires de reporting, à mettre en regard du mix encore très fossile des autres métiers (gaz, oil & gas offshore, transport pétrolier FPU). L’achèvement des travaux pour Porthos (stockage de CO₂ en mer du Nord) illustre la double casquette : abaisser le bilan carbone des hubs industriels, mais en prolongeant l’infrastructure gazière. Pour le cadre public français de l’éolien en mer — où la filière s’inscrit dans le surcroît d’EnR requis par la programmation pluriannielle de l’énergie et les objectifs européens — Boskalis n’est pas un acteur domestique, mais un fournisseur typique d’équipements d’infrastructure haute mer aux marges recherchées quand l’ADEME et l’Observatoire des énergies de la mer suivent l’industrialisation de la Manche et de l’Atlantique : la leçon est sectorielle, pas “verte” en soi : ce sont les mégaprospects qui pèsent, pas le drapeau.
3. Innovations / partenariats
Le cœur technique reste l’empilement d’envergure : le Windpiper, SRI 45 500 t issu d’une conversion, doit figurer parmi les plus grands navires de pose de roches sous-marines de l’industrie, pour stabiliser le fond en éolien — une réponse logique quand les turbines gagnent en tonnage. Côté deals, 2024–2025 multiplient les contrats câbles, fondations, convoyage : Greater Changhua 2 (Taïwan), levage US, Baltic Power (Pologne) et l’accord câblier Baltica 2 avec les patrons de projet (PGE / Ørsted) rappellent l’enchaînement EPCI sur les *gigawatt-farms* baltiques. Le BOKA Vanguard élargi et les gros semi-remorqueurs type Marlin consolident l’innovation “transport sec” de plates-formes, parfois détournée vers le pétrole (FPU vers l’Angola) — moins un pivot technologique qu’une spécialisation d’entreposage mobile.
4. Greenwashing / zones grises
Dès lors que 45–55 % seulement d’une division pèsent l’éolien, le reste du groupe négocie avec des risques d’« transition gaz » : dragage pour coral LNG au Mozambique ou canalisations côtières, exposent à des conflits avec les récifs et les écosystèmes côtiers — thème documenté par le journalisme d’investigation, pas seulement par des communiqués. L’extension portuaire de Gulhifalhu (Maldives) et la relocalisation massive de coraux alimentent le soupçon de compensation cosmétique face au débit des sédiments et aux garanties d’export : une ONG a pointé, dans le cadre d’enquêtes sur l’Atradius DSB, l’effet d’aubaine des garanties à l’export néerlandaises (ordre de grandeur *multi-milliard*) et le déficit de diligence sur droits humains / biodiversité. NEOM / Oxagon en Arabie saoudite pose la question gouvernance / droits, au-delà de l’argument climat. Formulation plus nette : la « transition annoncée » côtoie le chantier pétro-gazier et le béton corallien — le risque de *greenwashing* n’est pas un procès d’intention, c’est l’arbitrage de bilans d’infrastructure lourde.
5. Positionnement stratégique
Avec 7 Md€ d’arbitrage de carnet et une marge d’EBITDA resserrée, Boskalis capte la vague des méga-parcs nord-européens, américains, taïwanais, tout en diversifiant le dragage côtier d’adaptation (digues, polders) — thème où le rôle public et la commande d’état restent le carburant. La direction, dans son bilan 2025, signale en même temps l’incertitude géopolitique au Moyen-Orient : zones où Boskalis est aussi présent en remorquage et Smit. Si le ralentissement de certains sondages et services liés à l’éolien a pesé en fin 2025, l’orientation long terme reste, selon l’entreprise, favorable — à condition de tenir l’escalade des coûts d’acier et d’assurance et de ne pas se faire happer par la concurrence asiatique sur les câbles.
Verdict WattsElse
Boskalis n’est ni une pure player EnR, ni un simple “dragage” : c’est l’outil maritime à deux températures — éolien en mer pour l’histoire, gaz, pétrole, coraux, dunes pour l’envers du décor. Tant qu’175 parcs comptent plus que zéro courrier aux actionnaires, l’histoire tient. La suite se joue au banc de sable et au carnet, pas sur la seule feuille de route climatique.
Sources : en.wikipedia.org · boskalis.com · boskalis.com · boskalis.com · boskalis.com · boskalis.com · connaissancedesenergies.org · ademe.fr · merenergies.fr · blog.datadesk.eco · savemaldives.net · tradewindsnews.com
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