Hydrogène

thyssenkrupp nucera

Filiale d’ingénierie d’thyssenkrupp cotée en Bourse, thyssenkrupp nucera capitalise sur des décennies d’électrolyse pour vendre aujourd’hui la promesse d’une industrie minérale et chimique « sans fumée noire » — en assumant, dans les comptes, le fossé entre mégaprojets d’hydrogène et rentabilité encore lointaine.

« Électrolyseurs stadiers comptes en fusion contrôlée »

À propos de thyssenkrupp nucera

1. Modèle économique

Le groupe vaut double casquette : d’un côté, des électrolyseurs alcalins (AWE) et des gros projets d’hydrogène « vert » — avec commandes, livraison et revenus reconnus sur des trajectoires de plusieurs années (NEOM, Stegra) —, de l’autre, les technologies et équipements chlor-alcali (soude, chlore) qui, en 2024/25, ont porté 386 M€ de ventes et environ 58 M€ d’EBIT, tandis que le segment gH2 a enregistré 459 M€ de ventes pour un EBIT à −56 M€. Sur l’exercice clos fin septembre 2025, le chiffre d’affaires consolidé ressort à 845 M€, l’EBIT groupé à 2 M€, les prises de commandes à 348 M€ (dont seulement 26 M€ côté gH2) et le carnet à 0,6 Md€, en recul par rapport à l’excédent de commande de l’année précédente. L’introduction en Bourse de 2023 a cristallisé l’attente d’un marché de l’électrolyse en rodéo ; aujourd’hui, c’est l’activité chlore (y compris un méga-projet enregistré au S2 2025/26) qui assure la marge, pendant que l’hélium du hydrogène se refroidit.

2. Impact réel

L’effet climat d’un fournisseur d’électrolyseurs ne s’inscrit pas en tonnes de CO₂ évitées sur sa seule feuille de route : il dépend du mix électrique des clients, de la réduction effective du charbon, du gaz ou du coke en amont, et des règles de comptage des « combustibles renouvelables d’origine non biologique » (RFNBO) côté export d’ammoniac. Sur le plan français, la PPE3 et le débat public sur l’hydrogène compétitif (ADEME) rappellent qu’on ne parle pas d’abord de start-up marketing mais d’industries lourdes, de gouvernance de l’eau et d’arbitrage électrique : poser l’ammoniac « vert » sur un navire, ce n’est pas le même impact que d’alimenter un hub local bas-carbone, même avec la même tête d’électrolyse. Nucera publie une démarche de durabilité alignée sur le référentiel européen (ESRS) ; en l’absence, dans ce texte, d’agrégat CO₂ vérifié post-projet, l’appréciation d’« impact réel » repose donc moins sur un bilan publié ici qu’sur le traçage de la molécule (Inde, Europe, acier) et sur la teneur en renouvelable du contrat, pas sur le seul discours d’innovation.

3. Innovations / partenariats

Le groupe investit durement : 9 M€ de R&D au premier trimestre 2025/26 (+31 %), avec diversification vers SOEC et une approche haute pression modulaire, et un renfort de l’effectif à 1 089 personnes fin 2025. Côté external growth, l’acquisition d’actifs auprès de Green Hydrogen Systems (finalisée en 2025) vise l’empilement haute pression. Géographiquement, l’accord Moeve en Andalousie (300 MW annoncés, contrat d’ampleur >100 M€ selon la diffusion AD hoc) structure le pipeline européen, tandis qu’en Inde la FEED sur 260 MW et le partenariat avec la GIZ ancre le PtX. Le fil conducteur, du Moyen-Orient au sous-continent, est le même : verrouiller des avants-projets qui tiennent la route « bankable ».

4. Greenwashing / zones grises

L’hydrogène vert a été vendu sur des PowerPoints où la courbe d’apprentissage efface toute marge d’erreur réglementaire : aux États-Unis, l’abandon de projets faute de viabilité après l’incertitude sur les crédits fiscaux illustre la dépendance d’une filière capital-intensive aux subsides, au calendrier politique et au risque de change. En parallèle, un ajustement d’outlook de mars 2026 mentionne des coûts en « bas deux chiffres » de millions d’euros (optimisation du module Scalum et résiliation d’un pilote de 20 MW outre-Atlantique) : autant d’épreuves de maturité qui contredisent l’idée d’une technologie « plug-and-forget ». Côté image, l’acier « vert » reste de l’acier : la décarbonation réelle tient à l’électricité achetée et aux procédés aval, pas seulement au fournisseur d’électrolyse, ce qui laisse toute marge à un greenwashing de premier ordre si l’on isole l’équipement de sa chaîne d’énergie.

5. Positionnement stratégique

Dans le Q1 2025/26, l’eau a baissé : CA à 147 M€ (−44 %), carnet resserré, volet gH2 à −12 M€ d’EBIT, tandis que le management maintient un coup d’œil 2025/26 sur des prises de commandes de 350–900 M€, un chiffre d’affaires de 500–600 M€ et un EBIT consolidé de −30 à 0 M€ — à mettre en perspective avec l’accord andalou et l’Inde amont. Le pari stratégique est industrialiste : conserver le leadership d’électrolyse à grande échelle (Stegra, NEOM) tout en tordant le cou aux coûts fixes quand l’Europe et l’Asie se disputent l’ammoniac décarboné.

Verdict WattsElse

Nucera n’est ni une fable ESG ni un simple fournisseur de tuyauterie : c’est une bête de guerre d’ingénierie prise en étau entre mégas-contrats, subventions instables et rentabilité du gH2 encore négative. Tant que le chlore paiera la note du vert, l’histoire tient ; le jour où le marché voudra des preuves en cash — pas seulement en mégawatts —, le compte s’y prête déjà aujourd’hui : gros volumes, marge hésitante, discipline obligée.

Sources : thyssenkrupp.com · thyssenkrupp-nucera.com · connaissancedesenergies.org · thyssenkrupp-nucera.com · thyssenkrupp-nucera.com · thyssenkrupp-nucera.com · economie.gouv.fr · infos.ademe.fr · thyssenkrupp-nucera.com · thyssenkrupp-nucera.com · eqs-news.com · thyssenkrupp-nucera.com · reuters.com · reuters.com · thyssenkrupp-nucera.com

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