Saipem France
Saipem ne vend pas de kilowattheures : il vend des chantiers monumentaux — pipelines, fondations en mer, infrastructures — dans un groupe italien en forte forme financière.
À propos de Saipem France
1. Modèle économique
Le groupe Saipem est un contractant intégré (ingénierie, fournitures, construction et installation, services « Asset Based » et transport d’énergie) pour l’offshore et les grandes infrastructures : son communiqué de février 2026 annonce un chiffre d’affaires consolidé de 15,5 Md€ en 2025 (+6,5 %), un EBITDA ajusté de 1,716 Md€ (+29 %) et un résultat net de 310 M€. Le carnet d’ordres s’établit à 31,5 Md€ fin 2025, avec une dominante « Asset Based Services » (21,2 Md€) et « Energy Carriers » (9,3 Md€), contre 961 M€ seulement pour le forage offshore — structure qui reflète une forte exposition aux grands projets d’infrastructure énergétique plutôt qu’à une activité de producteur.
Pour la structure juridique française Saipem SA, une fiche entreprise du Figaro Économie mentionne un chiffre d’affaires d’environ 2,09 Md€ en 2024 et 1 386 salariés, avec siège à Puteaux. Les revenus viennent principalement de marchés d’ingénierie et de travaux pour énergies et infrastructures ; les fluctuations du carnet (nouvelles commandes 12,9 Md€ en 2025 selon le même communiqué, après 18,8 Md€ en 2024) montrent la sensibilité aux cycles d’investissement des majors et des opérateurs d’infrastructure.
2. Impact réel
L’impact climat direct de Saipem est avant tout celui d’un exécutant de projets : les émissions opérationnelles du groupe et celles de sa chaîne de valeur relèvent des méthodes comptables Scope 1–3 et des matériaux utilisés sur chantier ; Saipem publie une trajectoire « Net Zero » et des pages dédiées (par exemple supply chain et émissions indirectes). Dans ces recherches, aucune fiche ADEME ou article PPE3 ne permet de rattacher Saipem France à un indicateur national agrégé précis ; l’empreinte « réelle » au sens paysage français dépend donc des projets livrés année par année — éoliennes en mer, gazoducs, hydrogène — plutôt que d’un mix électrique de fournisseur.
Sur le terrain français, le parc Courseulles-sur-Mer (Normandie) illustre à la fois un levier EnR — fondations pour quelque 450 MW évoqués dans la commande initiale — et un risque d’empreinte retardée : selon Le Moniteur, la mise en service a été repoussée et les difficultés de forage du sous-sol ont sérieusement contrarié le planning. Saipem avait annoncé un contrat d’environ 460 M€ pour ce chantier dès 2021.
3. Innovations / partenariats
Sur l’hydrogène décarboné, Saipem commercialise la plateforme IVHY™ 100 (électrolyseur modulaire jusqu’à ~100 MW avec stack Nel, pureté et métriques techniques détaillées sur la fiche produit). Côté éolien flottant, la fiche adhérent du SER mentionne les concepts Star1 et HEXAFLOAT pour différentes profondeurs — avec des effectifs France cités par le syndicat qui peuvent différer des chiffres juridiques récents.
Sur la mémoire médiatique longue, Connaissance des Énergies relatait en 2021 la reprise des activités éolien flottant ex-Naval Energies ; plus récemment, des dépêches AFP du même média évoquent un projet de rapprochement avec Subsea 7 — chantier industriel et boursier qui redessinerait l’échelle du groupe sans être déjà neutralité carbone.
À l’international, Saipem reste très exposée aux énergies fossiles : les agrégats spécialisés financiers comme Zonebourse ont relayé des contrats récents avec Aramco et des développements sur des litiges « legacy », dont un arbitrage cité à 3,8 Md$ avec Thai Oil — signal que la stratégie « transition » cohabite avec des séquences juridiques et pétrolières massives.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de découverte verte est réel : la rhétorique « sustainable future » du groupe coexiste avec un carnet où les segments fossiles et infrastructures hydrocarbures restent structurels, et avec des commandes récentes au Moyen-Orient dans des champs pétroliers — ce que reflètent aussi les synthèses de marché et le communiqué de résultats (références explicites aux projets Saudi Arabia / Safaniya après la période).
En France, les aléas techniques de Courseulles exposent la crédibilité des promesses de délais et de coûts sur les grands EnR marins : ce n’est pas du « greenwashing » publicitaire, mais un risque d’écart entre storytelling transition et réalité géotechnique — décrit par Le Moniteur.
Côté conformité, une sanction temporaire au Brésil pour affaires anciennes rappelle que les grands services pétroliers traînent des dossiers de gouvernance sur plusieurs décennies ; les litiges internationaux contemporains (Thai Oil, Aramco) maintiennent la volatilité réputationnelle et financière.
5. Positionnement stratégique
Saipem capitalise sur une fenêtre d’investissement offshore (éolien fixe et flottant, gazoducs, hydrogène industriel) alors que l’Europe déploie la programmation pluriannuelle de l’énergie et que la France densifie les projets en mer — sans que ces cadres nomment Saipem spécifiquement dans nos recherches. La direction fixe une guidance 2026 avec EBITDA d’environ 1,9 Md€ et capex ~450 M€ hors acquisitions majeures, dans la foulée d’un dividende annoncé à 0,17 € par action (communiqué).
Pour Saipem France, l’enjeu est double : rester bankable sur les appels d’offres EnR et réseaux tout en absorbant la complexité géologique et maritime des chantiers nationaux, tout en étant la « vitrine » européenne d’un groupe dont la croissance récente puise encore fortement dans les énergies fossiles offshore à l’échelle mondiale.
Verdict WattsElse
On assiste à une réconciliation comptable — profits et carnet — qui ne résout pas la tension structurelle : Saipem sait construire la transition quand le sous-sol et les marchés le permettent ; le reste du temps, il cimente encore le monde d’hier — avec les mêmes navires.
Sources : saipem.com · entreprises.lefigaro.fr · saipem.com · lemoniteur.fr · saipem.com · saipem.com · syndicat-energies-renouvelables.fr · connaissancedesenergies.org · connaissancedesenergies.org · zonebourse.com · lemarin.ouest-france.fr
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