Siemens (Greece)
Le rouleau compresseur Siemens ne se dément pas côté Balkans : en Grèce, la filiale affiche une accélération commerciale dopée par le verdissement du mix et des infrastructurations critiques.
À propos de Siemens (Greece)
1. Modèle économique
Sur le terrain hellénique, la société ressort comme un intégrateur d’infrastructures (électrification, automatisation, numérique) au service d’utilités et de l’industry locale. Pour l’exercice concerné par la presse financière athénienne, Siemens Hellas a été créditée d’un chiffre d’affaires de 71,6 M€, en hausse de +29,6 % : un rythme rare pour une filiale de ce gabarit, porté par les livraisons technologiques et la « transition énergétique » dans le libellé même des commentaires locaux. À l’échelle du groupe-mère Siemens AG, le Siemens Report 2025 fixe un référentiel mondial d’environ 78,9 Md€ de revenus et quelque 318 000 salariés au 30 septembre 2025 : utile pour situer la Grèce dans le maillage d’un équipementier global et non comme start-up isolée. La dépendance est classique pour ce modèle : cycles longs d’investissement public et privé, sensibilité aux appels d’offres, et — pour les très gros actifs thermiques ou réseaux — recoins du marché où intervient aussi la société cotée Siemens Energy, distincte juridiquement de Siemens AG mais indissociable dans l’imaginaire « Siemens + énergie » en Grèce.
2. Impact réel
Côté bilan carbone « vert », Siemens AG met en avant une montée en alignement taxonomique UE : 52,0 % du chiffre d’affaires en 2025 (contre 45,6 % un an plus tôt), et une réduction d’environ 66 % des émissions Scope 1 et 2 par rapport à 2019 dans le même document de durabilité 2025. Le volet « effet client » est chiffré à 694 millions de tonnes de CO₂e évitées cumulées par les solutions Siemens chez les clients en 2025. En Grèce, l’impact matériel se lit dans des équipements très visibles : la centrale à cycle combiné 877 MW de Komotini (turbines HL-class), présentée comme substitut au charbon/lignite avec des gains de 3,7 Mt de CO₂/an annoncés par rapport à une ancienne centrale charbon (ordre de grandeur fourni par Siemens Energy). Sur le réseau, l’interconnexion Attique–Crète en HVDC (environ 370 M€ de contrat de consortium, 1 000 MW) vise à réduire la combustion locale d’huiles lourdes en Crète, avec −0,5 Mt de CO₂ la première année selon les annonces de filière. Ces projets ne « font pas » à eux seuls la neutralité : ils incarnent un mix où le gaz et les interconnexions tiennent encore le haut du pavé dans la décennie en cours.
3. Innovations / partenariats
Le laboratoire le plus lisible reste Kythnos Smart Island : micro-réseau, stockage, comptage avancé, finalisation médiatisée à l’été 2024. Le financement repose sur un accord de règlement État–Siemens (contexte politico-judiciaire d’un autre temps, mais qui structure encore la « R&D terrain » grecque) ; le budget est couramment rapporté à ~8 M€, cohérent avec les engagements détaillés côté réseau insulaire (portefeuille DAFNI à 7,98 M€). Pour un média Innovation énergétique, c’est l’exemple où capteurs, orchestration et démonstration publique se conjuguent — même si l’échelle reste celle d’une île pilote, pas d’une refonte nationale.
4. Greenwashing / zones grises
Premier point dur chiffré : dans le Sustainability Statement 2025, la courbe Scope 3 (amont et aval de la chaîne de valeur) n’a baissé que d’environ 11 % depuis 2019, loin du recul opérationnel Scope 1&2 : un écart structurant pour toute lecture « net-zero » qui ne ferait pas la part entre sites propres et empreinte produits/clients. Deuxième tension, politique et datée : le 9 octobre 2025, Reuters relaie une lettre de PDG européens — dont Siemens — pressant l’UE d’assouplir voire supprimer des pans du train de exigences de durabilité au nom de la compétitivité : difficile de vendre une transparence « exemplaire » sans assumer ce contre-lobbying explicite. Troisième zone grise, technique : livrer une giga-thermique gaz à Komotini peut se défendre comme pont hors du lignite, mais ancre aussi des actifs fossiles pour vingt ans si le gaz reste au centre du dispatch grec. Quatrième friction, distincte de l’énergie mais adhésive à la marque : les poursuites et contre-récits autour de la catastrophe ferroviaire de Tempé impliquant Siemens Mobility et des composants critiqués sont un risque réputationnel direct sur le marché public grec — là où l’argument « innovation durable » doit convaincre audits et opinion.
5. Positionnement stratégique
La Grèce sert de vitrine balkanique : îles, HVDC, thermique haute efficacité, et « smart » local — le triptyque des équipementiers qui capitalisent sur la pression UE–national pour moderniser un réseau encore hérissé d’îlots diesel. Le Siemens Report 2025 confirme la logique de conglomérat à forte intensité technologique ; pour Siemens Energy, le rapport durabilité 2024 rappelle ~42,9 % de revenus alignés taxonomie et un carnet record autour de 123 Md€ fin 2024 : le plateau financier existe pour financer R&D (ordre de grandeur : plus d’un milliard d’euros de R&D annuelle côté Energy, à confirmer chaque exercice dans les filings). Aucun fil conducteur public France-spécifique (ADEME, PPE3) n’a été retenu ici : les références utiles sont européennes (taxonomie, CSRD/CSDDD) plutôt que nationales françaises.
Verdict WattsElse
Siemens en Grèce incarne la double vérité des géants de l’électrification : circuits HVDC, îlots intelligents et turbines record devant caméra ; Scope 3 mou, gaz neuf, lettres anti-règles UE, et tribunaux dans la coulisse — la transition y est réelle mais négociée, jamais innocente.
Sources : financialreport.gr · siemens.com · siemens-energy.com · assets.new.siemens.com · siemens-energy.com · smart-energy.com · dafninetwork.gr · reuters.com · dw.com · cdn.climatepolicyradar.org
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