Song Giang Hydropower Exploitation JSC
** Deux cascades sur le cours d’eau de Nha Trang, 49 MW au total et une gouvernance désormais ultramajoritaire entre Singapour et Bangkok : Song Giang Hydropower Exploitation JSC incarne l’hydro « made in Vietnam » financé par l’IPP thaï–singapourien Nexif Ratch.
À propos de Song Giang Hydropower Exploitation JSC
1. Modèle économique
La société opère comme producteur indépendant (IPP) : revenus tirés de la vente d’électricité au compteur, avec un PPA sur 20 ans signé avec EVN pour l’ensemble du combo en cascade (49 MW : 37 MW en amont pour Song Giang 2, 12 MW à l’aval pour Song Giang 1 en achèvement), selon la présentation du portefeuille Nexif Ratch et la fiche projet Nexif Energy. L’actionnariat est verrouillé côté coentreprise : Nexif Ratch Energy Investment détenait 46,22 % de la participation consolidée dans le périmètre d’investissement vietnamien selon le rapport annuel RATCH déposé en Thaïlande (2024) ; Nexif revendique par ailleurs 94,34 % du capital de Song Giang Hydropower JSC depuis décembre 2019, le solde restant localement. Chiffre d’affaires consolidé, marge nette et effectifs de la JSC ne figurent pas dans les extraits consultés pour cette fiche ; pour un opérateur d’actifs aussi captif du PPA et de la pluviométrie, l’analyse passe surtout par les rapports du groupe actionnaire (RATCH, Nexif) et la littérature réglementaire sur les redevances d’eau.
2. Impact réel
Sur le bilan climatique local, l’actif est classique : deux centrales au fil de l’eau qui injectent dans le réseau national une électricité à très faible intensité carbone par kWh produit, avec toutefois les externatités hydro habituelles (fragmentation, sédiments, sensibilité aux extrêmes pluviométriques). Pour Song Giang 2, la décision cadre du ministère vietnamien fixait, pour le calcul de la redevance d’exploitation de l’eau sur dix ans, une électricité moyenne annuelle d’environ 141,7 millions de kWh (≈ 141,7 GWh) sur la période visée — ordre de grandeur compatible avec un 37 MW au profil de mousson. Rien dans la veille publique ne permet de rapprocher ces volumes d’indicateurs issus du PPE3 européen ou d’une fiche ADEME : l’entreprise n’est pas dans le périmètre « planification » de l’Union ; la comparaison pertinente reste celle avec la priorité nationale vietnamienne à la diversification du mix et les obligations contractuelles vis-à-vis d’EVN.
3. Innovations / partenariats
Le levier technologique visible est industriel plutôt que logiciel : deux turbines Francis horizontales de 6 MW (avec marge de surcharge déclarée de 10 %) commandées à Flovel pour Song Giang 1, et un barrage poids en béton compacté au rouleau (RCC) d’environ 26 mètres selon la base RCC Dams. Sur le volet corporate, le chaînon valeur ajoutée est l’arrivée de Nexif Ratch : prise de contrôle quasi totale annoncée fin d’année 2019 avec relance d’un chantier longtemps à l’arrêt. Aucun rapport RSE ou CSRD spécifique à la JSC n’a été identifié ; la transparence ESG se lit surtout à travers les publications boursières du côté thaïlandais (RATCH).
4. Greenwashing / zones grises
L’hydro « renouvelable » n’est pas une carte blanche : ici, la zone grise est administrative et foncière. D’une part, le cadrage de l’État sur la redevance eau pour Song Giang 2 exige plus de 18 milliards de VND sur dix ans (2021-2031), soit environ 2 milliards de VND par an en deux échéances fiscales vers le service des impôts de Khánh Hòa, tarif d’environ 1 305 VND par kWh retenu pour la redevance ; la même source rapporte qu’une déclaration « non honnête » des volumes d’eau pouvant réduire la facture expose à reprise fiscale et traitement selon la loi — un engagement de vérifiabilité qui tord le cou au discours « vert sans contrepartie ». D’autre part, le même reportage souligne que Song Giang 1 a mobilisé environ 210 ha d’emprise pour 12 MW, soit un ratio volontiers qualifié localement d’équivalent « 17,5 ha de forêt par MW », avec mention de 17,4 ha de forêt de protection et plus de 117 ha de forêt de production réaffectés — autant de frictions écosystémiques que les PPAs ne résument pas. Enfin, le calendrier : à fin octobre 2024, Song Giang 1 affichait encore 82,17 % d’avancement et une COD attendue à partir de 2025, après des promesses de mise en réseau remontant à 2011-2013 ; c’est le décalage structurant entre storytelling « énergies vertes » et cinéma de chantier.
5. Positionnement stratégique
Pour Nexif Ratch, Song Giang est une pièce régionale du puzzle ASEAN : actif bas carbone accroché au réseau, cash-flow long via le PPA EVN, exposition assumée à l’hydrologie des moussons (déjà notée dans la communication de groupe sur les activités renouvelables). Le signal 2024-2025 est la fermeture technique et réglementaire du retard de Song Giang 1 : bétonnage RCC enclenché, turbines identifiées, reporting d’avancement dans les présentations investisseurs RATCH et consolidation de la part détenue dans les périmètres déclarés côté Bangkok (rapport annuel 2024). **Aucun article des médias sectoriels français cités dans la commande (ADEME, GreenUnivers, *Énergie & Stratégie*, etc.) ne traite spécifiquement cette JSC** ; le positionnement s’apprécie donc au niveau du portefeuille IPP régional, pas au prisme parisien.
Verdict WattsElse
Une licorne verte, Song Giang ne l’est pas : une concession industrielle sous PPA, scrutée au millimètre par une redevance sur l’eau dont les règles découragent toute fantaisie statistique — et un passif visuel dans la forêt de Khánh Hòa qui continue de cadrer le débat. Ici, la transition énergétique se paie au prorata de la surface convertie, pas à celui du slogan.
Sources : ippjournal.com · nexifratch.com · nexifenergy.com · market.sec.or.th · diendandoanhnghiep.vn · ratch.co.th · flovel.net · rccdams.co.uk · ratch.listedcompany.com
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