Statkraft AS
Le premier producteur européen d’électricité renouvelable enchaîne les records de production, mais paie aussi la volatilité des prix et les arbitrages de portefeuille : retrait du nouveau horshore et de l’hydrogène vert naissant, cessions massives, résultat net en rouge malgré une marge opérationnelle solide.
À propos de Statkraft AS
1. Modèle économique
Statkraft AS, siège à Oslo, est détenu à 100 % par l’État norvégien : son modèle combine production (hydro surtout, éolien, solaire, chauffage urbain, gaz pour la flexibilité), services énergétiques et activités sur les marchés de l’électricité. Les revenus dépendent étroitement des prix nordiques et européons de l’électricité, du régime fiscal norvégien sur la « rente hydraulique » (resource rent tax mis en avant dans les résultats), et des décisions de dividende versées à l’État — un dividende de 8,4 milliards NOK est ainsi proposé pour 2025 malgré une perte nette annuelle, selon le communiqué sur les résultats du quatrième trimestre 2025. Sur l’exercice 2025, l’EBITDA sous-jacent atteint 26,8 milliards NOK, mais la perte nette ressort à environ 413 millions NOK après dépréciations et impôts élevés (dont effets de la fiscalité sur la forte production hydro norvégienne). Les investissements s’élèvent à 18 milliards NOK ; le groupe vise une capacité d’investissement annuelle de 16 à 20 milliards NOK, sous réserve des marchés. Le rapport annuel 2025 fait état d’une capacité installée d’environ 21,6 GW en fin d’année. La stratégie passe aussi par des cessions : des accords représentant une valeur d’entreprise de 15,8 milliards NOK ont été signés en 2025 pour désengager l’activité non centrale, dans la lignée du recentrage géographique déjà évoqué par la direction (Reuters). Le groupe indique par ailleurs poursuivre des réductions d’effectifs dans ce cadre ; la presse française relève des suppressions de postes chez ce « plus grand producteur européen d’énergie renouvelable » (Connaissance des Énergies).
2. Impact réel
La production atteint un record de 72,1 TWh en 2025, dont 51,2 TWh en Norvège, selon le même communiqué T4 2025. Le rapport annuel 2025 indique une intensité carbone de l’ordre de 14,8 g CO₂eq/kWh — niveau très bas, cohérent avec un portefeuille dominé par l’hydraulique et les EnR. Le rapport 2024 évoquait environ 96 % de production renouvelable et une part résiduelle liée notamment au gaz ; ce dernier sert explicitement la flexibilité du système européen (Allemagne citée dans les commentaires de résultats comme segment sous pression pour les centrales à gaz). Pour une mise en perspective française et européenne sur le rôle structurant de l’hydroélectricité dans les systèmes décarbonés, le cadre général porté par l’ADEME sur l’hydroélectricité peut servir de repère sectoriel — sans équivalence directe avec le mix norvégien. Les objectifs nationaux européens de développement des renouvelables (cadrage type programmation pluriannuelle de l’énergie en France) créent une demande de capacités propres ; Statkraft la capte sur certains marchés tout en retirant des zones jugées non stratégiques.
3. Innovations / partenariats
Sur le volet institutionnel, Statkraft cosigne au printemps 2026 une lettre avec sept autres grands groupes (EDF, Engie, Iberdrola, Ørsted, etc.) pour défendre le maintien de l’UE ETS et du marché électricité à prix marginal — un levier politique au moins autant qu’un « partenariat » technologique. Côté développement, le groupe annonce 722 MW de décisions d’investissement sur l’année 2025 et 700 MW mis en service (communiqué T4 2025). Les initiatives philanthropiques et de gouvernance — don à SolarAid, coopération avec la fondation climatique norvégienne et la Croix-Rouge — encadrent la narration RSE sans remplacer les indicateurs industriels. Parallèlement, des levées de fonds obligations vertes très élevées ont été menées en année précédente selon la documentation investisseurs (plusieurs dizaines de milliards NOK cumulés sur les émissions vertes, selon les présentations groupe). En France, des mouvements passés d’acquisitions ou de pipelines éoliens ont été commentés dans la presse spécialisée (Connaissance des Énergies) ; le récent recentrage peut limiter l’expansion de ces périmètres.
4. Greenwashing / zones grises
Le paradoxe est frontal : discours « 100 % renouvelable » de marque et exploitation résiduelle du gaz pour la flexibilité, avec marges sensibles aux prix comme le souligne le groupe dans ses segments européens (communiqué T4 2025). Ce n’est pas du greenwashing au sens strict — le rapport est public — mais une empreinte fossile résiduelle et une dépendance aux mécanismes de marché carbone (ETS) que le groupe défend explicitement. L’affaire Fosen (éolien vs droits des Sami) a illustré la collision entre transition et droits autochtones ; un volet médiatif et juridique en traité dans les bases Business & Human Rights et analysé dans la littérature académique (ScienceDirect – justice énergétique). La discontinuation du développement de nouveaux projets hydrogène et de nouvelles activités éoliennes offshore, annoncée dans le même communiqué stratégique, fragilise les narratifs « tout badge vert » fondés sur ces filières : priorité à la finance et aux technologies déjà rentables (hydro, éolien terrestre, solaire, batteries). Les cessions aux Pays-Bas (dont une vente d’actifs solaires récemment relayée par la presse sectorielle, Windfair) montrent que même le solaire « vert » est monnayable lorsque le portefeuille est rationalisé.
5. Positionnement stratégique
Statkraft joue la carte du leader européen discipliné : records de production, bilan solide en EBITDA sous-jacent, dette nette réduite après cessions, mais croissance volontairement cadencée par la fenêtre de prix. Il plaide pour des cadres UE prévisibles (lettre sur l’ETS et le marché intérieur) alors que l’industrie européenne crie à la compétitivité — position cohérente pour un vendeur d’électricité bas-carbone qui dépend du prix du carbone et du mérite-order. Le groupe entre en 2026 avec un portefeuille recentré et une stratégie qui exclut explicitement certains segments pourtant mis en avant dans les plans industriels UE ; le décalage entre storytelling européen offshore/hydrogène et arbitrages de Statkraft est un signal fort pour les observateurs du secteur.
Verdict WattsElse
Statkraft incarne la puissance hydroélectrique nordique exportée en influence européenne plus qu’en uniformité technologique : quand la finance impose de refermer le offshore et l’hydrogène naissant, le « vert » devient un portefeuille, pas une chapelle — le géant d’Oslo parie sur la rente renouvelable, pas sur tous les mirages de la transition.
Sources : statkraft.com · statkraft.com · reuters.com · connaissancedesenergies.org · agirpourlatransition.ademe.fr · ecologie.gouv.fr · statkraft.com · statkraft.com · connaissancedesenergies.org · business-humanrights.org · sciencedirect.com · w3.windfair.net
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