Statkraft Chile
La filiale chilienne du groupe norvégien Statkraft capitalise sur le vent de l’O’Higgins et sur un premier gros stockage sur batteries, alors que l’hydroélectricité historique lui coûte des années, des dizaines de millions de dollars et une procédure devant le point de contact national norvégien de l’OCDE.
À propos de Statkraft Chile
1. Modèle économique
Statkraft Chile S.A. est un producteur développeur : il construit et exploite des actifs, vend de l’électricité sur un marché contractuel et spot chilien (PPA, marché de gros, couvertures), et s’aligne sur la stratégie d’un groupe intégré coté à la Bourse d’Oslo. Le groupe a rapporté pour l’exercice 2024 des revenus opérationnels nets d’environ 4,6 Md€ et un contexte de prix plus bas qu’en 2023, chiffres consolidés globaux et non ventilés par pays dans la communication financière publique (données financières clés). Côté Chili, l’entreprise indique environ 321 MW déjà installés et plus de 1 700 MW de projets solaires et éoliens en développement (présentation Statkraft Chile) ; elle visait en 2024 le passage au-delà de 1 000 MW installés et quelque 2 TWh de production annuelle à l’horizon 5–6 ans (bilan 2024). Aucun chiffre d’activité annuel spécifique à la seule filiale chilienne n’a été trouvé dans les sources consultées.
2. Impact réel
Le triple parc éolien de Litueche (Cardonal, Manantiales, Los Cerrillos), mis en service fin 2024, ajoute 100 MW pour un investissement annoncé de 148 M$ et une production attendue d’environ 330 GWh par an (inauguration éolien O’Higgins) — un apport carbone évité sensible sur le mix chilien, dominé par le charbon il y a encore peu d’années et en forte transition renouvelable nationale. La base hydro existante (212 MW sur trois centrales de cours d’eau, 2024) complète un profil « ferme » utile au système (bilan 2024), mais l’achèvement de Los Lagos (52 MW) reste le goulot d’étranglement qui retarde l’addition de cette flexibilité au réseau (suivi Los Lagos). Pour un lecteur francophone, l’équivalent n’est pas la PPE3 française : l’intérêt est plutôt d’observer comment un opérateur européen déploie de la capacité renouvelable additionnelle dans un pays où la courbe d’émission par kWh descend vite grâce à l’éolien et au solaire massifs.
3. Innovations / partenariats
Le pari le plus net, après plusieurs années de frein hydro, est industriel : premier BESS « maison » de 20 MW / 100 MWh (cinq heures) à Cardonal, avec 18 M$ d’investissement, construction lancée en février 2025 et mise en service visée en mars 2027 (Diario Financiero). Il s’agit de coupler stockage et éolien déjà sur site, une combinaison de plus en plus standard pour capter la valeur du dispatch et des services système. La pipeline reste ambitieuse sur le photovoltaïque (les fiches-projets publics évoquent notamment des centaines de MW sur plusieurs sites) (pipeline >1 700 MW), même si certains grands hybrides désertiques ont été écorchés par la réalité du vent.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque n’est pas tant le wording « vert » que l’écart entre discours de diligence et résultats sur le terrain. Plus de 150 communautés mapuche-williches ont saisi le dispositif norvégien de l’OCDE en septembre 2023 pour dénoncer des manquements de diligence en droits humains et de participation autour des projets hydro du bassin du Pilmaiquén (fiche de plainte) ; le point de contact national a partiellement accepté la procédure en 2024 (dossier NCP Norvège). Sur Los Lagos, la presse économique et sectorielle rapporte un cumul de retards et de surcoûts dépassant 50 M$ à la suite de blocages réglementaires et d’une longue consultation indigène (Nuevo Poder). Dans le désert d’Antofagasta, Statkraft a exercé en février 2025 une option de fin anticipée sur un hybride « Vientos del Desierto » annoncé à 440 MW, invoquant des données de vent insuffisantes pour la rentabilité (abandon Taltal) — un signal de sélection d’actifs qui coupe court aux annonces d’hyper-croissance illimitée. Enfin, les parcs de Litueche ont connu une judiciarisation locale close seulement par un accord de conciliation en février 2025 (accord de conciliation). L’entreprise publie aussi un volet « debida diligencia » en droits humains encadré par la loi norvégienne sur la transparence (audit droits humains) ; la lecture critique consiste à confronter ces rapports aux dossiers OCDE et aux surcoûts avérés.
5. Positionnement stratégique
La direction affiche une trajectoire « grand producteur latino-américain » héritée du groupe, mais le Chili impose un tri brutal : éolien + batteries là où le rendement est démontré, abandon des très gros hybrides incertains, et achèvement contraint de Los Lagos pour préserver la légitimité de la suite du portefeuille hydro. Le dernier signal opérationnel public est un record de production au quatrième trimestre 2025 malgré des prix bas, mis en avant dans la com’ locale du groupe (résultats T4 2025), ce qui souligne à la fois la montée en puissance des actifs éoliens récents et la tension sur les marges marchandes.
Verdict WattsElse
Statkraft Chili prouve qu’on peut encore enfiler des centaines de mégawatts renouvelables vite sur le réseau chilien ; elle prouve surtout que l’hydro « historique » achetée puis développée sur un territoire autochtone densément revendiqué peut coûter autant en réputation et en capital qu’un mauvais pari éolien désertique.
Sources : statkraft.com · statkraft.cl · statkraft.cl · statkraft.cl · statkraft.cl · statkraft.cl · df.cl · statkraft.cl · oecdwatch.org · responsiblebusiness.no · nuevopoder.cl · statkraft.cl · statkraft.cl · statkraft.cl · statkraft.cl
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