Éolien en mer

Van Oord

Royal Van Oord, entreprise de travaux maritimes d’origine néerlandaise, incarne aujourd’hui un paradoxe d’ingénierie côtier : sa division énergie en mer a dépassé le dragage en chiffre d’affaires, tandis que l’essentiel de son cœur de métier reste la transformation physique des côtes et des fonds — ce qui, au-delà de l’éolien, entraîne des impacts…

**« Dredge rack and profit : l’infrastructure bleue tient son carnet pas ses coraux. »**

À propos de Van Oord

1. Modèle économique

Groupe d’infrastructure « bleue » à capitaux lourds, Van Oord combine dragage, protection côtière, énergie en mer (fondations, câblage, installation de turbines) et des projets d’infrastructure côtière pour l’industrie et l’énergie. L’unité Offshore Energy a porté en 2025 un chiffre d’affaires d’environ 1,47 Md€ sur un total de 2,59 Md€ (contre 2,44 Md€ en 2024), tandis que Dredging & Infra tient ~1,12 Md€ — inversant la hiérarchie de croissance : l’éolien offshore devient le moteur du cycle. Le résultat net 2025 s’établit à 110 M€ (43 M€ en 2024) pour un EBITDA de 403 M€ ; le carnet de commandes s’établit à 4,43 Md€. En effectifs, le groupe compte 6 299 équivalents temps plein à fin 2025, avec une présence internationale typique (plus de 90 nationalités) et une dépendance forte aux cycles d’appels d’offres, à la compétitivité des coûts du béton/métal, et à la continuité des grands parcs européens et asiatiques. Les investissements flotte — dont le Boreas — pèsent lourd en capex, mais c’est ce qui verrouillera la part de marché sur les générations 15–20+ MW de turbines.

2. Impact réel

La contribution climat de Van Oord côté « produit » se lit dans des indicateurs corporate : le groupe déclare 3 283 MW de capacité renouvelable installée en 2025 (KPI d’accomplissement d’ouvrage), à mettre en perspective avec l’ambition d’éolien en mer inscrite en France dans le cadre de la PPE. En parallèle, les émissions de gaz à effet de serre de scope 1 s’établissent à 654,5 kt CO2e en 2025 (en baisse par rapport à 2024) et l’intensité revenus est de ~252,7 tCO2e / M€ — typique d’une activité de navigation et de chantier maritime, même en croissance. La société vise l’électrification des actifs, des carburants alternatifs (méthanol) et affiche l’alignement d’objectifs SBTi sur trajectoire 1,5 °C avec une ambition net zéro à l’horizon 2050 ; la réduction structurelle de l’empreinte liée à la flotte lourde reste le nerf de la guerre, distincte du « CO2 évité » par les parcs des clients, rarement chiffré de façon univoque dans le reporting.

3. Innovations / partenariats

Le vaisseau amiral a un nom de vent : le Boreas, bateau d’installation jack-up bimoteur (méthanol) capable de traiter des turbines d’>20 MW, baptisé en juin 2025 à Rotterdam — l’intégration de batteries, SCR et d’innovations d’ingénierie pousse la marque sur le segment « EPCI marine ». Sur le parc français de Saint-Brieuc, le navire Aeolus (après refonte) a pris en charge l’install de fondations, avec Cherbourg en port logistique : un jalon visible pour l’écosystème éolien national. Côté Asie, des contrats massifs d’installation et roche offshore à Taiwan (Greater Changhua, ~920 MW) illustrent l’enjeu d’infrastructure pour les ferme-flottantes et câbles HVDC — là où l’Européen paye l’heure de bateau à prix d’or.

4. Greenwashing / zones grises

Dès que l’on parle d’infrastructure marine « durable », le risque d’image surgit côté extraction : l’enquête pénale ouverte en 2024 sur des manœuvres de corruption supposée pour des accords gazières au Kazakhstan rappelle que le chiffre d’affaires « bas-carbone » ne résout pas l’exposition gouvernance. Sur le plan écologique, un article de Mongabay documente, dans le prolongement d’un tracé de pipeline TotalEnergies au Mozambique, le dragage de récifs coralliens vivants — le genre de fait brut qui, hors tout storytelling EnR, questionne l’adéquation d’un ESG bancaire. Les pertes et retards de chantier (ex. Sofia, Royaume-Uni, période 2024) montrent aussi que la compétitivité offshore est volatile : pénalités, météo, intégration supply chain, ce qui pousse le « vert » d’un bilan d’ouvrage à s’inscrire dans un risque d’infrastructure ordinaire, pas dans une promesse marketing.

5. Positionnement stratégique

Avec 2025 pour année faste (CA record, ROE ~10,1 %, cash-flow opératoire solide, dividende 44 M€ en ligne avec la politique actionnariale détenue en fonds familial), Van Oord n’est plus le « dragage pur » d’hier. Elle s’inscrit dans la course européenne aux volumes d’éolien en mer tout en sachant qu’en France, les appels d’offres, les ports industriels (Saint-Nazaire, Brest, Cherbourg) et le calendrier PPE3 structurent l’attractivité. La tension stratégique tient moins à la technologie (dominée par quelques acteurs) qu’au mix commandes : parcs 100 % EnR, mais aussi terminaux, sables, pipelines — c’est ce qui fera, ou défera, l’histoire d’ingénierie bas-carbone d’un bâtisseur de littoraux.

Verdict WattsElse

Van Oord, c’est le passage à l’acte industriel d’une transition qui se joue d’abord en tonnes levées, puis en bénéfice net : quand l’océan rapporte, le bilan vert ne doit surtout pas se noyer la bouche pleine d’eau de mer — c’est la fissure de la transition.

Sources : vanoord.com · vanoord.com · renews.biz · annualreport.vanoord.com · w3.windfair.net · connaissancedesenergies.org · vanoord.com · vanoord.com · vanoord.com · connaissancedesenergies.org · bairdmaritime.com · nltimes.nl · news.mongabay.com

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