45-8 Energy
Start-up industrielle messine passée sous contrôle du suisse Ad Terra au printemps 2026, 45-8 Energy incarne la course à l’« or blanc » des gaz critiques : elle prétend être le premier producteur d’hélium en France depuis le pilote des Fonts-Bouillants (Nièvre), tout en poussant l’exploration d’hydrogène naturel dans le Sud-Ouest — avec un calendrier qui a…
À propos de 45-8 Energy
1. Modèle économique
Le cœur du modèle : vente d’hélium (et à terme d’autres flux gazeux du sous-sol) et prestations de type exploration, recyclage sur site via l’unité mobile RECYCL’He, dans une logique de chaîne courte face à une Europe qui importe l’intégralité de son hélium. La société capitalise sur des labels publics (Greentech Innovation, France Relance / PROMET-Hé) pour structurer ses projets. Depuis sa création en 2017, elle a levé 31,5 M€ au total ; fin 2025 – début 2026, une nouvelle levée d’environ 40 M€ est annoncée pour financer l’industrialisation, en parallèle de l’entrée d’Ad Terra au capital (Le Journal des Entreprises). Le groupe ne communique pas son chiffre d’affaires consolidé ; le dirigeant évoque pour le pilote niérvois une activité de l’ordre de quelques centaines de milliers d’euros, insuffisante pour couvrir seules la structure. L’effectif est passé à 35 salariés en 2026 au sein de la start-up, l’ensemble Ad Terra + 45-8 représentant une centaine de personnes.
2. Impact réel
Sur le plan bilan carbone du gaz stratégique, l’entreprise martèle un double message : réduire la dépendance aux importations longue distance (notamment Moyen-Orient) et offrir un hélium « quatre fois moins carboné » que les importations selon leur propre bilan sur le futur site allemand (Le Journal des Entreprises). L’usine prévue à Wolgast (capacité annoncée 500 000 m³, soit environ 7 % des besoins allemands sur près de 25 ans) sera alimentée notamment par du photovoltaïque sur une emprise de plusieurs hectares — un gain climat réel si la production suit, mais encore au stade projet jusqu’à une mise en service visée fin 2027 – début 2028. Pour l’hydrogène naturel, la promesse affichée est celle d’une ressource non issue d’électrolyse et sans consommation d’eau au sens classique du terme dans le discours corporate (458energy.com) ; le cadre national, lui, insiste sur la nécessité de forages d’exploration pour quantifier tout potentiel réel (communiqué du ministère de l’Économie, juin 2025). Rapport au PPE et aux filières hydrogène « conventionnelles », l’H2 natif reste un niche complémentaire dans le débat public, pas un pilier chiffré au même titre que l’électrolyse renouvelable.
3. Innovations / partenariats
Grand Rieu (Nouvelle-Aquitaine, 266 km²) : permis d’exploration H2 obtenu avec Storengy (Engie) — confirmé dans la presse régionale et économique (Le Journal des Entreprises, La République des Pyrénées). Brimir en Mecklembourg-Poméranie-Anterieure : licence d’exploration de 113 km² accordée en novembre 2023 pour cinq ans, dans la continuité d’anciens forages hydrocarbures ayant révélé un mélange azote–hélium (page projet Brimir). Initiative earth₂ avec le CVA Group, portée par le pôle AVENIA (458energy.com). Ad Terra apporte au printemps 2026 un actionnariat majoritaire et une montée en gamme géosciences (EU-Startups).
4. Greenwashing / zones grises
Calendrier et crédibilité opérationnelle : alors que les relevés sur le permis Grand Rieu avaient été annoncés puis plusieurs fois décalés, l’entreprise prévoit désormais des opérations terrain au second semestre 2026, en invoquant à la fois un retraitement des données historiques et le recent changement d’actionnaire (La République des Pyrénées, avril 2026). Rentabilité différée : le même dirigeant situe la « pleine profitabilité » de la société à la mise en service de l’unité allemande, donc vers 2028 (Le Journal des Entreprises). Incertitude scientifique et réglementaire : le rapport IFP Energies nouvelles remis à Bercy en 2025 rappelle que des forages d’exploration restent indispensables pour estimer le potentiel réel des zones identifiées (communiqué du ministère de l’Économie) — ce qui tempère toute communication trop triomphaliste sur l’H2 natif « prêt à l’emploi ». Risque de discours élargi : après la prise de participation d’Ad Terra, le discours corporate évoque aussi lithium et géothermie au titre d’une « plateforme » sous-sol ; la dilution du message énergie-climat au profit d’une vision matières premières peut nourrir le soupçon d’un emballage stratégique plus large que la transition carbone stricte (même si ce n’est pas du greenwashing au sens d’une fausse claim carbone sur un produit donné).
5. Positionnement stratégique
L’ambition affichée vise 125 M€ de chiffre d’affaires en 2030 et une part significative du besoin européen en hélium gazeux (Le Journal des Entreprises) — un ordre de grandeur de pilotage, pas un engagement boursier. La troisième dynamique autour de l’hydrogène natif dans le Sud-Ouest, évoquée dans la veille presse (Révolution Énergétique), confirme que le sujet politique (souveraineté, ruralité, acceptabilité) devance souvent la preuve de gisement exploitable. Le pari 45-8 Energy, c’est de verrouiller des volumes (préventes industrielles annoncées pour l’Allemagne) pendant que la science publique et les riverains observent encore la preuve par le forage.
Verdict WattsElse
45-8 Energy joue sur la rareté et la géopolitique des gaz critiques ; elle a démontré un pilote en France, mais son histoire de croissance passera par l’Allemagne et par des millions encore à convaincre — avec un H2 béarnais qui, à ce jour, habite davantage les permis et les salles de réunion que le marché du gaz décarboné. En résumé : souveraineté affichée, preuves à la clé.
Sources : 458energy.com · lejournaldesentreprises.com · presse.economie.gouv.fr · lejournaldesentreprises.com · larepubliquedespyrenees.fr · 458energy.com · eu-startups.com · revolution-energetique.com
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