Air Liquide
Air Liquide vend de l’invisible: oxygène, azote, hydrogène, argon.
À propos de Air Liquide
1. Modèle économique
Air Liquide reste d’abord une machine mondiale de gaz industriels et médicaux, avec `26,94 milliards d’euros` de chiffre d’affaires en 2025, `65 000 salariés` dans `59 pays` et `97 %` des ventes concentrées dans l’activité Gaz & Services, selon les résultats 2025. Son modèle est robuste parce qu’il repose sur des contrats longs, des unités installées chez les clients, des réseaux de canalisations et une diversification rare entre industrie, électronique et santé, comme le rappelle Connaissances des Énergies. Le groupe continue d’investir lourd: `4,2 milliards d’euros` de décisions d’investissement en 2025 et un `backlog` de `4,9 milliards`, avec plus de 40 % des opportunités liées à la transition énergétique et environ un tiers aux semi-conducteurs, toujours d’après les résultats 2025 et Connaissances des Énergies. Le signal financier le plus clair reste l’acquisition de DIG Airgas pour environ `3 milliards d’euros`, qui renforce la position coréenne du groupe sur les gaz industriels et les semi-conducteurs.
2. Impact réel
Sur le papier, la trajectoire carbone progresse: Air Liquide affirme avoir réduit ses émissions de scopes 1 et 2 de `13 %` par rapport à 2020 et abaissé son intensité carbone de `46 %` depuis 2015, selon son communiqué 2025. Le groupe dit aussi que l’électricité bas carbone représente plus de `40 %` de ses achats d’électricité et que ses PPA signés depuis 2020 doivent réduire les émissions de `3,5 millions de tonnes de CO2 par an` à pleine montée en charge d’ici 2027, d’après son point PPA 2026. Mais la photo complète est moins lisse. Le document d’enregistrement universel 2024 fait encore état de `34,9 Mt` d’émissions et rappelle que l’hydrogène industriel part largement du vaporeformage. L’ADEME rappelle d’ailleurs qu’en France on consomme toujours `780 000 tonnes` d’hydrogène carboné d’origine fossile, surtout pour le raffinage et la chimie. Air Liquide est donc bien un acteur de la décarbonation, mais à l’intérieur d’un système qui reste, pour l’instant, très carboné.
3. Innovations / partenariats
Le groupe avance ses pions là où l’hydrogène peut réellement se vendre. Le projet Normand’Hy, électrolyseur PEM de `200 MW` en Normandie, représente plus de `400 millions d’euros` d’investissement, avec `190 millions` de soutien public français; il doit éviter jusqu’à `250 000 tonnes de CO2` par an et fournir TotalEnergies à partir du second semestre 2026. Aux Pays-Bas, Air Liquide a lancé ELYgator, un autre électrolyseur de `200 MW`, et une coentreprise `50/50` avec TotalEnergies pour un projet de `250 MW`, soit plus de `1 milliard d’euros` d’investissements cumulés et jusqu’à `500 000 tonnes de CO2e` évitées par an. En mobilité lourde, le contrat avec H2 Mobility prévoit jusqu’à `1 000 tonnes` par an d’hydrogène renouvelable pour camions et bus en Rhénanie. Enfin, Air Liquide a mis en service à Anvers sa première unité pilote industrielle de craquage d’ammoniac, signe qu’il travaille déjà l’étape suivante: importer de l’hydrogène via ses dérivés.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise tient en un mot: raffinage. Air Liquide décarbone des raffineries, mais continue aussi à les servir. Son document 2025 rappelle que le `steam methane reforming` repose sur le gaz naturel et que le raffinage consomme de l’hydrogène pour désulfurer les carburants et craquer les hydrocarbures. Aux États-Unis, le groupe annonce même des investissements ciblés pour fournir de grands raffineurs du Golfe du Mexique. Deuxième fragilité: l’économie de l’hydrogène reste dépendante des aides, des labels RFNBO et des cadres publics. Normand’Hy est adossé à l’IPCEI, ELYgator au fonds Innovation et au programme néerlandais IPCEI. Or la PPE 3 fixe bien `8 GW` d’électrolyse en 2035, mais sur des volumes jugés insuffisants par la filière elle-même. Et comme le note GreenUnivers, la décarbonation industrielle se fragmente: tous les projets ne passeront pas le mur des coûts.
5. Positionnement stratégique
Air Liquide a une longueur d’avance parce qu’il ne vend pas seulement de l’hydrogène: il vend des tuyaux, des contrats, des certifications, des électrolyseurs, du captage CO2 et des molécules à haute marge. Dans une France où l’ADEME et la PPE 3 réservent l’hydrogène aux usages industriels et à la mobilité lourde, le groupe est exactement là où les débouchés sont les plus crédibles. Sa question stratégique n’est plus de prouver qu’il sait faire. C’est de prouver qu’il peut faire grand, rentable, et vraiment bas carbone sans rester l’intendance technologique du vieux monde pétrolier.
Verdict WattsElse
Air Liquide n’est pas un pur acteur vert: c’est un industriel de transition, au sens le plus rugueux du terme. Sa réussite dépendra moins de ses discours sur l’hydrogène que de sa capacité à sortir, chiffre après chiffre, du gaz fossile sans perdre son empire moléculaire.
Sources : airliquide.com · connaissancedesenergies.org · airliquide.com · airliquide.com · agirpourlatransition.ademe.fr · engineering.airliquide.com · airliquide.com · h2.live · airliquide.com · h2-mobile.fr · greenunivers.com
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