Al Jomaih Energy and Water
Arabie Saoudite, Pakistan, golfe Persique : où qu’elle opère sous la marque JENWA, Aljomaih Energy & Water incarne cette hybridation typique du « mix 2030 » saoudien : des chantiers solaires très médiatisés avec des utilities internationales, plaqués sur une base encore massive au gaz comburant.
À propos de Al Jomaih Energy and Water
1. Modèle économique
Filiale dédiée aux projets utilities du conglomérat Al Jomaih Holding, l’entreprise se positionne comme investisseur‑développeur‑exploitant d’IPP/ IWPP/IWP et infrastructures associées depuis 2007, avec un siège à Dammam selon ses pages corporate. Son chiffre d’affaires consolidé ou son effectif ne sont pas publiés de manière aisément vérifiable : la rentabilité se lit surtout à travers des fermetures financières de projets. Le groupe revendique environ 13 GW de capacité « power » combinée (turbo‑gaz, cogénération et solaire) et environ 1,3 million de m³/d d’usines de dessalement/d’eau industrielle ou municipale associées. Les flux commerciaux reposent ainsi sur tarifs régulés PPAs/IWPP/IWP, alliances avec des primes « utility » (TotalEnergies, EDF) et endettements project finance massifs lors des fermetures d’investissement.
2. Impact réel
À l’aune du climat, le signal net reste encore dominé par le thermique gazier : même en intégrant le solaire, la page durable annonce environ 12 GW encore « reliant sur le gaz naturel comme source d’énergie primaire » pour seulement 1 GW PV opérationnels, soit une part renouvelable électricité très minoritaire face au périmètre thermique consolidé dans la même grille de communication. Ce contraste définit mécaniquement l’empreinte gaz à effet de serre encore structurellement élevée, avant même d’examiner indirects supply‑chain gaz. À l’échelle française, aucun jeu de données ADEME ou panorama programmation pluriannuelle de l’énergie – PPE ne couvre directement cet opérateur saoudien : le repère géopolitique utile devient celui invoqué par les acteurs présents localement — viser jusqu’à 50 % du mix renouvelable en production d’électricité d’ici 2030 en Arabie saoudite, objectif régulièrement rappelé par les communiqués externes—, que JENWA dit aligner dans son discours RSE. Les bénéfices environnementaux des nouveaux PV se mesureront à la production effective post‑commercialisation‑operational : Rabigh 2 doit se connecter au réseau dans le courant de 2026, la centrale As Sufun (400 MW) en 2027.
3. Innovations / partenariats
La feuille de route technologique se lit surtout dans du « big ticket » contractuel. Avec TotalEnergies, le tandem enchaîne un PPA de 25 ans pour 300 MW photovoltaïques à Rabigh (round 5 du NREP), annoncé en décembre 2024, puis en octobre 2025 une seconde attribution de 400 MW à As Sufun (round 6), toujours avec PPA 25 ans. Côté thermique, un consortium mené par la société a bouclé en juillet 2024 le financement d’environ 3,9 milliards $ pour deux CCGT (Taiba‑2 et Qassim‑2) totalisant 3,96 GW, aux côtés d’EDF. Sur les services de l’eau, elle est désignée co‑porteuse d’un très grand corridor référencé fin 2025 autour du schéma de pipeline Jubail–Buraydh (650 000 m³/j, enveloppe projet de l’ordre de 2,3 milliards $). Hors Arabie saoudite, des traces médiatisées parlent encore d’un parc solaire indicatif de 55 MW à Rangunia (Bangladesh) avec Metito dans un mémo d’association. En septembre 2023, AEW figure parmi les signataires d’un accord de principe avec Hygenco pour explorer stockage‑hydrogène vert au Moyen‑Orient. Rien n’indique, selon les éléments publics retrouvés, de dépôt CSR au format européen CSRD : la transparence reste projet‑par‑projet plus que consolidée CSR.
4. Greenwashing / zones grises
Premier axe de vigilance : qualifier de «‑bas carbone immédiat» un parc dont les pages durables elles‑même admettent l’adhérence structurelle aux 12 GW gaz revient à poser une transition plus narrative qu’exclusivement physique. Second volet, très daté : ces 3,96 GW de nouveaux CCGT fermés financièrement en juillet 2024 sont présentés comme première vague thermique nationale « équipée » d’ores et déjà pour capturer le CO₂ — la presse financière régionale précise même qu’ils embarquent des premières dispositions légales de provision pour futures unités de capture, ce qui peut anticiper la décarbonation sans la matérialiser à court horizonte (« capture‑ready », risque symbolique évident). Dans le même temps, le solaire nouvellement signé (~700 MW cumul Rabigh 2 + As Sufun) reste d’un volume inférieur à la volumétrie gazier fraîchement engagée, créant asymétrie d’actifs sur 25–30 ans hors hypothèse de rétrofit CCS crédité. Enfin l’expose pakistanais traverse le groupe élargi : The Nation relaté en février 2025 une bataille boursière autour du capital de K‑Electric où Al Jomaih contestait des mouvements d’actionnariat, tandis qu’Arab News puis la presse d’affaires pakistanaise documentent une stratégie d’arbitrage international à hauteur d’ordre 2 milliards $ contre l’État fédéral et des notifications pré‑contentieuses très récentes sur le dossier tariffaire — aucun lien direct n’a été retrouvé, dans ces articles, nominant AEW elle‑seule comme seule partie, mais la continuité de risque géopolitique affecte mécaniquement la réputation groupe.
5. Positionnement stratégique
AEW‑JENWA incarne le « double jeu régulé » désormais banal aux frontier markets utilities : capter flux de capitaux européens/Asiatiques sur EnR où le régulateur achete encore cher le kilowatheure vert, tout en servant de véhicule d’entrée nationale pour fermer ultra‑ vite des méga‑CCGT garantissant la flexibilité du réseau. La signature répétée avec Total dans les rounds du NREP confirme l’entrée tardive mais crédibile dans la fenêtre PV compétitive. Parallèle : le projet d’infra eau Jubail‑Buraydh bouclée sur la short‑list adjudicative officielle octobre 2025 diversifie le risque politique domestique hors seule valeur électron.
Verdict WattsElse
Ici « renouvelable » désigne encore surtout le produit façade que le marché mondial peut photographier ; les compteurs groupe, eux, tournent surtout au méthane compressé jusqu’à preuve inverse de captation effective. Le pari risqué : vendre un avenir net‑zéro quand le bilan énergétique publié avoue encore 12 GW de boucle gaz.
Sources : aljomaih.com · jenwa.com · jenwa.com · ademe.fr · ecologie.gouv.fr · total.com · totalenergies.com · totalenergies.com · ksa.edf.com · zawya.com · ippjournal.com · hygenco.in · khaleejtimes.com · nation.com.pk · arabnews.pk · profit.pakistantoday.com.pk
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