Ansaldo Energia SpA
Ansaldo Energia SpA n’est ni une centrale ni un producteur d’électricité au sens étroit : c’est un équipementier majeur de la production électrique, italien, dont les turbines à gaz et les services forment encore la colonne vertébrale du chiffre d’affaires, alors que le nucléaire de services et les nouvelles briques (SMR, électrolyse) montent en lisibilité…
À propos de Ansaldo Energia SpA
1. Modèle économique
Le groupe vend et maintient des équipements de production d’électricité — turbines à gaz et à vapeur, générateurs, services sur parc — et capitalise sur une présence nucléaire via Ansaldo Nucleare (services, prolongations de durée de vie, projets en consortium). Sur l’exercice clos au 31 décembre 2024, les états financiers consolidés 2024 faisaient état d’un chiffre d’affaires de 1 116 M€ et d’une dette financière nette de 551 M€ (contre 693 M€ un an plus tôt), pour un effectif de 3 244 personnes. En 2025, selon le communiqué du 1ᵉʳ avril 2026, le groupe annonce 1,2 Md€ de revenus (+10 %), 2,3 Md€ de prises de commandes (+24 %), un résultat net positif de 20 M€, un EBITDA ajusté de 140 M€ et un EBIT de 31 M€ — un franchissement confirmé par la presse économique italienne (Il Sole 24 Ore). Le plan industriel 2026‑2030 vise explicitement un plafond de revenus supérieur à 2 Md€ à l’horizon 2030, en s’appuyant sur les ventes d’équipements neufs, la croissance du service, le périmètre nucléaire et l’industrialisation des électrolyseurs.
2. Impact réel
L’empreinte climat du groupe se lit à travers les usages que ses clients font de ses machines : une turbine gaz « flexible » stabilise un réseau électrique décarboné aux marges, mais reste structurée au gaz naturel tant que les combustibles bas-carbone ne sont pas déployés à grande échelle — ce que le groupe assume déjà dans ses propres projections de demande (communiqué du 1ᵉʳ avril 2026). À l’inverse, les prolongements de vie du nucléaire prolongent une production bas‑carbone évitable autrement : sur le chantier roumain de Cernavoda, la direction de Nuclearelectrica cite, dans le communiqué du 19 décembre 2024, un objectif de prolongation de 30 ans et un gain climatique présenté comme ~5 Mt de CO₂ évitées par an — chiffre porté par le client, pas audité ici au titre du groupe. Pour la France et la programmation pluriannuelle de l’énergie, les trajectoires publiques nationales restent le cadre pertinent ; en revanche, une recherche ciblée dans les publications ADEME ou Connaissance des Énergies ne remonte pas, à ce stade, de fiche ou rapport public français centrée sur Ansaldo Energia en tant qu’acteur clé — ce qui limite le parallèle direct avec les indicateurs sectoriels hexagonaux.
3. Innovations / partenariats
Sur le gaz, le groupe capitalise sur des turbines très éprouvées : le contrat irlandais avec Kilshane Energy annoncé le 3 juin 2025 porte sur une AE94.3A en cycle ouvert pour une centrale de secours de 300 MW, mise en service visée en 2028, avec un discours client sur la suite « hydrogène et autres combustibles bas-carbone » encore à matérialiser industriellement. Sur le nucléaire de rupture, Ansaldo Nucleare participe au consortium européen EAGLES‑300, présenté en juin 2025 autour d’un SMR refroidi au plomb ; la suite réglementaire avance avec un volet de pré‑homologuation international récent (IAEA et régulateurs européens). Côté hydrogène, la documentation groupe évoque un financement IPCEI pour l’industrialisation d’électrolyseurs AEM (brochure de présentation groupe) — ligne industrielle portée notamment par la sphère « Green Tech », mais dont la contribution au CA reste à mesurer dans les comptes publiés.
4. Greenwashing / zones grises
Le premier risque n’est pas juridique mais physique et stratégique : le plan 2026‑2030 ancre explicitement la croissance dans « une forte demande d’énergie issue de sources pilotables, y compris le gaz naturel » (communiqué du 1ᵉʳ avril 2026), ce qui rend fragile tout récit exclusivement « transition » sans bilan gaz consolidé côté financiers. Second angle : la résilience récente du bilan masque une histoire de recapitalisation publique massive — la manœuvre de 580 M€ validée au printemps 2023 pour sécuriser turbine, nucléaire et diversification hydrogène est documentée par la presse publique italienne (RaiNews Liguria, mars 2023), symptomatique d’un équipementier trop systémique pour être laissé en défaut mais aussi trop fragile pour se passer longtemps d’instruments étatiques. La détente observée entre 693 M€ et 551 M€ de dette nette sur un an selon les comptes 2024 va dans le bon sens, sans effacer l’exposition aux cycles d’investissement des utilities et aux controverses politiques sur le rôle du gaz dans les mix européens.
5. Positionnement stratégique
Ansaldo Energia joue la carte « tout ce qui tourne » dans les systèmes électriques : gaz pilotable, nucléaire à long horizon de service, SMR comme pari industriel européen, électrolyse comme diversification subventionnée. Le signal récent est financier autant qu’industriel — retour au profit en 2025, carnet à 2,3 Md€ — et confirme que les acheteurs paient encore très cher la capacité dispatchable, dans un contexte où les ENR variables poussent les réseaux vers plus de flexibilité. Pour un média qui suit la transition au niveau européen, l’entreprise est un bon baromètre des tensions entre sobriété énergétique, sécurité d’approvisionnement et promesses technologiques à échéance longue.
Verdict WattsElse
Ansaldo Energia SpA est redevenue « bankable » sur Excel avant d’être exemplaire sur le CO₂ : tant que le gaz naturel reste la colonne annoncée du plan, le nucléaire et l’hydrogène servent de titre et de option réelle, pas de blanche absolution climatique.
Sources : ansaldoenergia.com · ansaldoenergia.com · en.ilsole24ore.com · ansaldoenergia.com · ecologie.gouv.fr · ansaldoenergia.com · sckcen.be · ansaldoenergia.com · ansaldoenergia.com · rainews.it
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