Biomax
Le dossier est posé à la Superintendencia de Industria y Comercio : Biomax, bras colombien du groupe hondurien Grupo Terra via UNO Corp, vise le contrôle total de Primax et de l’écosystème Coesco / Autogas, avec un marché déjà oligopolistique.
À propos de Biomax
1. Modèle économique
Biomax Biocombustibles S.A. est avant tout un grossiste et détaillant intégré de dérivés pétroliers en Colombie : stations-service, lubrifiants, approvisionnement de clients industriels (l’activité « biocarburants » du nom peine à occuper le devant de la scène dans les dossiers de fusion). Le groupe revendique une gouvernance concentrée : 99,10 % du capital est détenu par UNO Colombia S.A.S., selon la présentation « Quiénes somos ». La manœuvre structurante est l’acquisition projetée à 100 % des actions de Primax (et le volet Coesco via Autogas), formalisée par une demande de pré-évaluation devant la SIC : les parties indiquent des revenus opérationnels combinés qui, à fin 2024, dépassent le seuil de 81,7 billions COP (notation colombienne « billones »), ce qui place l’opération sous surveillance concurrentielle maximale. Primax Colombia affichait environ 10,47 billions COP de facturation en 2024 et un bénéfice net d’environ 157 790 millions COP, en hausse de +80 % sur 2023, selon El Carro Colombiano. Pour l’entité Biomax elle-même, la base EMIS fait état d’une baisse des revenus nets de 1,4 % en 2025 par rapport à 2024, d’environ 260 salariés directs début 2026 et d’une légère hausse d’actifs (+1,21 %) — signal d’intégration en cours plutôt que d’explosion organique. Avant fusion, le marché colombien des stations était déjà très concentré : Terpel ~34,3 %, Biomax ~13,5 % (802 stations), Primax ~13,4 % (795 stations), d’après une synthèse s’appuyant sur l’Universidad Externado relayée par Valora Analitik.
2. Impact réel
L’impact climat direct d’un tel opérateur se lit d’abord au compteur kilométrique : combustion de liquides fossiles à très grande échelle — essence, diesel, aviation — marchés explicitement couverts par le dépôt SIC commenté par Portafolio. Les biocarburants et programmes « verts » jouent un rôle périphérique dans la documentation publique de l’opération ; le groupe met en avant un programme Ecoresponsable sur son site corporate, mais aucun rapport de durabilité de type CSRD ni agrégat public SCO₂ évité n’a été identifié dans cette veille pour 2024-2026. Côté cadre régional, la politique de mélange éthanol colombienne a connu des ajustements à la baisse (séquence E10 → E4 évoquée dans la documentation marché), ce qui structure l’arbitrage « bio vs fossile » plus qu’une fiche RSE d’entreprise : voir le rapport USDA/FAS sur la baisse du mandat d’incorporation. Aucune mention de Biomax n’a été trouvée dans les contenus ADEME, Connaissance des Énergies, GreenUnivers ou Énergie & Stratégie pour cette période : pour un lecteur français, le repère utile reste la distance entre la programmation pluriannuelle de l’énergie (décarbonation des usages) et la densification d’un réseau pétrolier andin, objet des débats sur les biocarburants durables (fiche thématique ADEME) sans lien institutionnel avec la société.
3. Innovations / partenariats
Le pari « marque internationale » est ancien mais clair : en 2022, Shell est réentrée sur le retail colombien via Biomax SA, avec un plan annoncé de 250 stations sous enseigne Shell, après un premier déploiement à Bogotá (communiqué de filière Fuels & Lubes). Sur l’infra, un projet historique (article 2013) décrivait 42 000 millions COP d’investissement pour une unité de stockage de 187 000 barils à Puerto Olaya (Santander), adossée à l’écosystème Ecopetrol (La República) — utile pour comprendre la logique d’ancrage logistique (thermiques EPM/Isagen évoquées dans le même texte) plus qu’un pivot bas-carbone. La fusion Primax ajoute une couche verticale : onze terminaux et une part très élevée de l’offerte nationale stockée côté Primax étaient mis en avant dans la presse spécialisée (analyse Halcones y Palomas), ce qui change la géographie du risque plutôt que l’innovation technologique.
4. Greenwashing / zones grises
Le nom « Biocombustibles » et le programme Ecoresponsable créent une fente narrative : la documentation réglementaire de la fusion insiste sur les combustibles liquides pétroliers, le Jet A-1 et les lubrifiants (Portafolio), pas sur un mix bas-carbone chiffré. Risque de concentration : avec ~1 851 stations après intégration et une facturation combinée >7,07 billions COP (2024) selon Halcones y Palomas, la structure Talonne Terpel et invite la SIC à des remèdes géographiques (chevauchements d’isochrones évoqués dans la même veine presse). Opacité ESG : en l’absence de rapport intégré public repéré ici, la comparaison avec des intégrés plus documentés (ex. Ecopetrol côté industrie nationale) pèse sur la crédibilité des discours « transition ». Exposition géopolitique : le montage UNO Corp / Panama et les alliances régionales (Pérou, Équateur via filières partenaires, selon El Carro Colombiano) multiplient les jurisdictions où la fiscalité et la transition peuvent cisailler les marges.
5. Positionnement stratégique
Biomax ne « teste » pas le marché : elle verrouille les actifs qui comptent — stations, terminaux, gros industriels — pour contester le leadership de Terpel dans un pays où deux acteurs pourraient dépasser 60 % du marché retail selon Valora Analitik. Le signal récent est juridique autant qu’économique : notification SIC 25-418011-00 du 28/08/2025 (Oil Channel), dans la foulée des une de la presse économique (Vanguardia, BluRadio). Fitch a placé Primax Colombia en observation positive au second semestre 2025 dans l’anticipation d’une montée d’échelle — détail utile pour suivre le coût du capital pendant la phase SIC.
Verdict WattsElse
Biomax achète la carte pétrolière colombienne au prix fort, pas la transition : tant que la SIC n’imposera pas des remèdes crédibles, le pari est réglementaire autant que climatique — et le vernis bio restera la part la plus liquide du bilan.
Sources : biomax.co · portafolio.co · elcarrocolombiano.com · emis.com · valoraanalitik.com · apps.fas.usda.gov · ecologie.gouv.fr · ademe.fr · fuelsandlubes.com · larepublica.co · halconesypalomas.com · oilchannel.tv · vanguardia.com · bluradio.com
Données clés
- Forme
- S.A.
- Fondée
- 2004
Identifiants publics
- Wikidata
- Q62274413
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