CALOGENA
Décarboner les réseaux de chaleur avec un mini-réacteur nucléaire: sur le papier, Calogena vise l’un des angles morts les plus lourds de la transition énergétique.
À propos de CALOGENA
1. Modèle économique
Calogena développe le `CAL30`, un petit réacteur modulaire de 30 MW thermiques pensé non pour produire de l’électricité, mais de la chaleur décarbonée pour les réseaux urbains, avec une cible affichée d’environ 20 000 foyers par module selon le site corporate. Son modèle repose donc sur une logique de développeur-intégrateur nucléaire: conception du module, industrialisation, puis déploiement auprès de collectivités et d’opérateurs de chaleur, en France et en Europe, avec un horizon commercial annoncé à partir de 2030 sur le site Calogena.
Sur le plan financier, le signal le plus solide est le tour annoncé en mars 2026: près de 100 M€ combinant nouveau soutien public et augmentation de capital, dont 48 M€ d’aides France 2030 selon Connaissances des Énergies et Nuclear Engineering International. L’entreprise a ensuite officialisé en avril 2026 l’entrée au capital du Groupe Snef, de la Banque des Territoires et de Bpifrance. En revanche, aucun chiffre d’affaires public récent et clairement documenté n’a été trouvé dans les sources consultées: Calogena ressemble donc, à ce stade, davantage à une deeptech financée pour franchir des jalons techniques et réglementaires qu’à une société déjà installée sur des revenus d’exploitation. Côté effectif, l’ordre de grandeur public tourne autour de 42 salariés sur LinkedIn et 53 en France selon CFNEWS, ce qui confirme une structure encore compacte pour une ambition très capitalistique.
2. Impact réel
Le problème qu’attaque Calogena est réel: la chaleur reste un bastion fossile. L’entreprise rappelle qu’environ 70 % du chauffage et de l’eau chaude sont encore produits avec des énergies fossiles, et que les réseaux de chaleur européens sont alimentés 95 % du temps par combustion selon son site corporate. Son argument climatique est donc simple: remplacer gaz, fioul, charbon, biomasse ou déchets par une chaleur nucléaire sans combustion, sans particules fines locales, avec une production stable.
Ce positionnement colle à la trajectoire publique. La PPE 3 décrite par Connaissances des Énergies vise une montée de la chaleur renouvelable et de récupération de 172 TWh en 2023 à 328-341 TWh en 2035, avec davantage de chaleur bas carbone hors fossiles. Mais c’est aussi là que le cas Calogena se tend: le principal outil public actuel pour les réseaux, le Fonds Chaleur de l’ADEME, finance massivement des réseaux raccordés à la biomasse, la géothermie, la chaleur fatale, le solaire ou la méthanisation, pas du nucléaire. Autrement dit, Calogena propose un impact potentiel très élevé sur le CO2, mais encore hors des grands tuyaux classiques du financement chaleur.
3. Innovations / partenariats
L’année 2025-2026 a clairement changé l’épaisseur industrielle du dossier. Le CEA a signé avec Calogena une lettre d’intention à Cadarache pour étudier l’implantation d’un module et son raccordement au réseau de chaleur du centre: c’est plus qu’un concept, pas encore un feu vert. En parallèle, l’ASNR place `CAL30` en étape 3 de pré-instruction, avec plusieurs demandes d’avis déposées entre octobre 2024 et janvier 2026 sur les options de sûreté.
À l’international, Calogena a ouvert une filiale en Finlande et a été invitée par l’opérateur public Kuopion Energia à participer au processus d’étude de site pour l’équivalent de trois modules. Côté chaîne de valeur, les accords avec Orano sur le combustible usé et avec Škoda JS sur des équipements clés du circuit primaire montrent que Calogena cherche déjà à crédibiliser son “supply chain story”.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque n’est pas tant le greenwashing classique que le solutionnisme nucléaire: promettre une réponse rapide à la décarbonation de la chaleur alors que le premier déploiement commercial est renvoyé à 2030 au mieux, avec un parcours réglementaire encore long. Le statut en pré-instruction ASNR rappelle que l’enjeu n’est pas seulement technique, mais d’acceptabilité, de sûreté, de déchets et de calendrier.
Deuxième zone grise: la dépendance publique est massive. Entre France 2030, le soutien européen via CityHeat et l’appui d’acteurs parapublics comme la Banque des Territoires, Calogena avance avec de l’argent public et parapublic avant toute preuve de compétitivité commerciale. Enfin, l’entreprise ne publie pas, selon les éléments disponibles, de rapport RSE ou CSRD accessible publiquement: pour une société qui ambitionne d’installer des modules en zone urbaine, la transparence extra-financière devra monter d’un cran.
5. Positionnement stratégique
Calogena occupe une niche très française et potentiellement très européenne: utiliser le retour du nucléaire voulu par la PPE 3 pour attaquer non pas l’électricité, mais le marché plus discret et très carboné de la chaleur. Le pari est audacieux: si le démonstrateur de Cadarache se concrétise et si la Finlande confirme son intérêt, Calogena peut devenir un cas d’école de “nucléaire d’usage” au service des villes. Sinon, elle restera une très belle histoire d’ingénierie financée avant d’être une filière.
Verdict WattsElse
Calogena a trouvé un angle mort stratégique de la transition: la chaleur urbaine, énorme marché et parent pauvre du débat énergétique. Mais entre la promesse climatique et la réalité industrielle, il reste le mur du temps, de la sûreté et de l’acceptabilité.
Sources : calogena.com · connaissancedesenergies.org · neimagazine.com · connaissancedesenergies.org · ademe.fr · cea.fr · reglementation-controle.asnr.fr · calogena.com · calogena.com · skoda-js.cz · calogena.com
Données clés
- Forme
- SA nationale à directoire
- Fondée
- 1990
- Effectifs
- 3 453 (2021)
- CA
- 422 M€ (2020)
- Siège
- La Défense, France ↗
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