Çelikler Elektrik
Deux chiffres suffisent à cadrer l’équation : des milliers de mégawatts tirés du charbon domestique et une poignée de mégawatts de géothermie présentés comme modernité.
À propos de Çelikler Elektrik
1. Modèle économique
La production électricité du groupe Çelikler s’inscrit dans une holding turque multisectorielle dont le levier principal en énergie est le lignite : extraction massive, alimentation des centrales, puis vente d’électricité sur le marché sous licence. Le groupe revendique environ 2 769 MW de capacité installée, une part de l’ordre de 5 % des besoins électriques turcs, et plus de 0 Mt de lignite extraites annuellement visant ~27 % des besoins charbon du pays, avec une trajectoire affichée de +40 % de capacité à court terme (page énergie du groupe). La valorisation boursière et un plan d’environ 3 Md$ d’investissements dans l’énergie ont été mis en avant dans la communication corporate (communiqué « presse » Celikler). Côté filiale emblématique Çelikler Seyitömer Elektrik Üretim A.Ş., les bases de données professionnelles font état pour l’exercice 2024 d’un léger recul du chiffre d’affaires net (ordre de −1,7 %) mais d’une forte hausse du total d’actifs (+26 % environ) (fiche EMIS Seyitömer) — indicateurs à manier avec la prudence habituelle des agrégateurs financiers. L’ancrage historique du modèle passe aussi par des privatisations de centrales : le jeu Seyitömer a été présenté comme un engagement de 2,248 Md$ avec modernisation et production cible de l’ordre de 3,7 TWh/an (tender Seyitömer).
2. Impact réel
Selon les inventaires de capacités compilés par les observatoires turcs du secteur, le parc Çelikler apparaît extrêmement carboné : de l’ordre de 2 530 MW de lignite pour ~213 MW de géothermie et ~27 MW d’hydroélectricité, soit un mix où le charbon représente environ neuf centrales sur dix en puissance installée (Enerji Atlası). À l’échelle de la facture climatique et sanitaire, ce type de profil se lit en émissions de gaz à effet de serre massives et en polluants atmosphériques (SO₂, particules fines) concentrés autour des bassins miniers et des cheminées. Pour un lecteur français, le contraste saute : là où la programmation pluriannuelle de l’énergie dessine une trajectoire de sortie des derniers charbons et de montée en puissance des bas-carbone (document PPE), l’axe Çelikler incarne une rétention du modèle lignite–TEP comme socle du mix. La presse francophone relève d’ailleurs la poursuite de l’appétit charbonnier turc dans un contexte international de COP et de pressions climatiques (France 24).
3. Innovations / partenariats
Le groupe met en avant un « bouquet » hydro-géothermie dans la com institutionnelle, en série avec ses centrales géothermiques historiques Pamukören et Sultanhisar (page énergie). Côté terrain, la filière géothermie poursuit l’exploration : un cycle d’évaluation d’impact environnemental a été lancé pour onze puits d’exploration dans le district de Sultanhisar (province d’Aydın), avec détail des zones de licence et des surfaces concernées (ThinkGeoEnergy). L’agence étatique turque souligne par ailleurs le rôle industriel du holding dans un marché de l’électricité en mouvement (Anadolu Agency). Aucun « pivot » technologique de type batteries, hydrogen utility-scale ou capture massive n’est documenté publiquement de façon consolidée à ce stade : l’innovation reste incrémentale, et rivée au socle fossile.
4. Greenwashing / zones grises
Le cœur du risque réside dans l’écart structurel entre un discours « diversifié » ou « responsable » et un quasi-monopole du lignite dans le GW installé (Enerji Atlası). La zone grise n’est pas théorique : après l’acquisition par Çelikler de la centrale Afşin-Elbistan A, le gouvernement turc a laissé valider une extension de 688 MW, chiffrée à 37,5 milliards de livres turques — ordre de grandeur ~1,1 milliard de dollars au moment des annonces — avec des ONG qui mettent en avant une étude chiffrant environ 1 900 décès permaturés sur 30 ans liés à ce type de prolongement industriel (Human Rights Watch). HRW documente en outre l’approbation de l’étude d’impact en décembre 2024 et les recours contre cette décision (Human Rights Watch). Autre tension : les projets géothermiques avancés comme vitrine bas-carbone peuvent masquer le fait qu’ils pèsent, en puissance, une fraction modeste du parc — et leurs EIA mobilisent déjà les acteurs locaux sur les externalités possibles (eau, sols) dans un paysage déjà marqué par l’industrie extractive (ThinkGeoEnergy).
5. Positionnement stratégique
Çelikler capitalise sur la verticale intégrée — gisement, job politique sur le charbon national, capacité électrique, parts de marché — à un moment où Ankara cherche à sécuriser l’approvisionnement tout en surfant sur une image de puissance énergétique régionale (page énergie). Le signal récent le plus lourd stratégiquement n’est pas un contrat « tech » : c’est le pari d’agrandir Afşin-Elbistan au prix d’un coût politique et juridique croissant à l’échelle OCDE (Human Rights Watch). Dans ce paysage européen de fermetures de charbon et de normes sanitaires plus tendues, le groupe reste un fourmilière de kWh utile au réseau turc mais exposé à la fois à la régulation environnementale et à la désapprobation internationale.
Verdict WattsElse
Çelikler « Elektrik », c’est le caméléon turc du mégafossile : un peu de vapeur du sous-sol pour parfumer un empire de lignite qui, au moment où l’Europe referme ses centrales, rouvre le bal du charbon — jusqu’au couloir judiciaire.
Sources : celiklerholding.com · celiklerholding.com · emis.com · celiklerholding.com · enerjiatlasi.com · ecologie.gouv.fr · france24.com · thinkgeoenergy.com · aa.com.tr · hrw.org · hrw.org
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