FORESTAL DEL ATLANTICO S.A.
Forestal del Atlántico ne fait pas les gros titres à Paris, mais son implantation dans la ria de Ferrol en fait un cas d’école : une base chimique et logistique qui engrange du chiffre d’affaires tout en diluant brutalement sa marge nette pour financer un saut technologique vers l’e-méthanol.
À propos de FORESTAL DEL ATLANTICO S.A.
1. Modèle économique
L’entreprise se présente comme un opérateur intégré autour de la chimie des adhésifs et résines, du stockage de vrac liquide, de la production d’énergie et d’activités environnementales et portuaires — un positionnement de « plateforme industrielle et logistique » plutôt que de simple producteur de commodités (site corporate). En 2024, le chiffre d’affaires atteint 66,81 M€, en hausse d’environ 12,6 % sur un an, ce que la presse locale met en relation avec la dynamique d’au moins un des pôles d’activité (comptes commentés). En revanche, le résultat net retombe à 2,35 M€, après une année 2023 particulièrement élevée (l’article cite 21,4 M€ de bénéfice net en 2023), au motif d’investissements lourds et de tensions sur les coûts des matières (même source). Le patrimoine net est décrit comme solide, autour de 108 M€ en clôture 2024 (La Voz de Galicia). Un classement sectoriel la place en tête de la fabrication de colas en Espagne (CNAE 2052) (El Economista) — utile pour situer le poids commercial, sans substituer à un rapport d’effectif détaillé : l’effectif précis n’a pas été retrouvé dans les sources consultées.
2. Impact réel
L’impact climat direct de l’activité historique relève surtout de la chimie et de la cogénération : ce sont des process énergivores et des émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion et aux intrants, difficiles à quantifier publiquement sans bilan carbone publié au même niveau de détail que les comptes financiers. Le virage Triskelion vise un produit — l’e-méthanol — susceptible d’alimenter des usages où la molécule liquide est un vecteur (maritime, chimie fine, etc.), avec une feuille de route qui fixe une capacité cible de l’ordre de 40 000 t/an d’e-méthanol, avec une extension possible vers 56 000 t/an (synthèse projet). La documentation du Fonds pour l’innovation mentionne par ailleurs une électrolyse d’environ 66 MW et une captation de 56 000 à 78 000 t CO₂/an sur les fumées de la cogénération existante — chiffrage à mettre en regard des promesses de « carburant vert » plutôt que comme un bilan net déjà réalisé. Pour le cadre français de référence — sans lien direct établi avec Forestal — les débats sur le rôle des e-carburants insistent sur la concurrence pour l’électricité décarbonée et le CO₂ : Connaissance des énergies et, sur le ton des recommandations publiques, le volet « déploiement raisonné » évoqué à partir des travaux de l’ADEME.
3. Innovations / partenariats
Le projet Triskelion s’appuie sur un accord technologique avec Topsoe pour des électrolyseurs SOEC — présentés comme une première de cette taille pour l’e-méthanol (communiqué Topsoe). BASF est associée pour la capture du CO₂ via la gamme OASE blue sur les fumées de l’unité de cogénération (communiqué BASF). Côté commande publique, un avis au BOE en 2024 a porté sur la sélection de constructeurs pour l’unité d’électrolyse de 66 MW (appel/document BOE). En amont réglementaire, la Xunta de Galicia a qualifié le dossier de stratégique et rendu une déclaration d’impact environnemental favorable début 2024 (DOGal). L’investissement total du complexe est couramment estimé autour de 180–200 M€ dans la presse régionale (calendrier et montant), avec une mise en service industrialisée visée vers 2028 selon ces mêmes échos — à tenir comme calendrier public, pas comme engagement contractuel vérifié ici.
4. Greenwashing / zones grises
La marge financière absorbe brutalement les choix industriels : le passage d’un bénéfice net de 21,4 M€ (2023) à 2,35 M€ (2024) documente une division par près de neuf du résultat alors que le chiffre d’affaires progresse, ce qui fragilise la narration « business as usual » d’une rente mature (article octobre 2025). La viabilité du pivot repose aussi sur une subvention européenne substantielle — 48 846 672 € au titre du projet Triskelion selon la fiche CINEA — soit, à proportion de l’enveloppe d’investissement citée dans la presse, une part du capital qui conditionne fortement la rentabilité du schéma. Sur le fond carbone, l’architecture « CO₂ de fumée de cogénération + hydrogène vert » conserve un lien structurel avec l’outil thermique existant : ce n’est pas intrinsèquement du greenwashing, mais c’est un parcours fermé piloté politiquement où la captation industrielle peut prolonger ou justifier l’usage d’une source d’énergie fossile/amont pendant la phase de captation (communiqué BASF–Forestal). Enfin, l’échelle « première mondiale » annoncée pour la SOEC Topsoe porte un risque de courbe d’apprentissage sur les rendements énergétiques réels (cf. valorisation industrielle première série : Topsoe). Aucune condamnation judiciaire, litige environnemental documenté ou campagne associative locale contre le projet Triskelion n’a été identifiée dans les sources consultées ; la vigilance doit rester sur les données d’émissions effectives après démarrage.
5. Positionnement stratégique
Forestal cherche à convertir une base industrielle pérenne en producteur européen d’e-méthanol soutenu par le mécanisme d’Innovation Fund de l’UE (fiche projet), dans une fenêtre où l’Europe pousse les carburants alternatifs pour le transport maritime et aérien. Le signal récent le plus lisible financièrement est double : croissance du CA mais liquidation quasi totale du bénéfice net au profit du Capex (La Voz de Galicia), et jalons industriels BOE/Xunta qui verrouillent la faisabilité administrative du train électrique/hydrogène (BOE, Xunta).
Verdict WattsElse
Forestal incarne le paradoxe où l’argent public européen accélère un saut technologique crédible, mais où la fenêtre industrielle reste courte : soit la SOEC et le marché aval portent une rentabilité post-subvention, soit la firme aura brûlé ses marges pour rester chimiste au XXIᵉ siècle. En une formule : un méthanol électrique subventionné, à la merci du gaz qu’il prétend remplacer.
Sources : lavozdegalicia.es · ec.europa.eu · forestaldelatlantico.com · ranking-empresas.eleconomista.es · offshore-energy.biz · connaissancedesenergies.org · techniques-ingenieur.fr · topsoe.com · basf.com · boe.es · xunta.gal · lavozdegalicia.es
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