Framatome
L’histoire 2025 de Framatome, celle d’une accélération commerciale et industrielle incontestable, portée par les EPR et l’outillage d’un pays qui remet le nucléaire au cœur de sa souveraineté.
À propos de Framatome
1. Modèle économique
Framatome est, aux formulations de l’entreprise, l’un des grands intégrateurs mondiaux du cycle nucléaire civil : ingénierie et composants du cœur, combustible, contrôle-commande, maintenance du parc et projets de nouvelles unités. Le modèle mélange capital intensif, contrats longs, forte dépendance à la voie publique (via les programmes nationaux) et, pour la gouvernance, une structure d’actionnariat concentre le risque côté industriel français : d’après le même communiqué, Framatome est détenue à 75,5 % par EDF, 19,5 % par Mitsubishi Heavy Industries et 5 % par Assystem.
En chiffres publiés à fin 2025, le chiffre d’affaires s’établit à 5,399 Md€ (+15,5 % sur 2024), l’EBITDA à 665 M€ (+6,7 %), et les entrées de commandes à 5,924 Md€ —après un exercice 2024 déjà surdimensionné côté carnet (l’année précédente avait affiché plus de 21 Md€ d’entrées, dont grands EPR2 et Sizewell). L’effectif est donné à plus de 22 000 salariés. Le groupe tire sa croissance des chantiers EPR (France, Royaume-Uni), des services sur parc, du combustible et d’une Instrumentation & Contrôle en expansion, avec une ligne cyber (Allentis, Cyberwatch, Foxguard) et des acquisitions côté robinetterie (Valserve ex-Velan, Segault) pour verrouiller des pièces critiques. Côté défense, la presse a relayé l’acquisition de Jeumont Electric et une ligne d’activité avec le CEA sur le site de Jeumont.
2. Impact réel
L’impact « climat » de Framatome se lit indirectement : l’électricité d’origine nucléaire, lorsqu’elle se substitue à du fossile, déplace la frontière des émissions vers le bas sur le réseau. Les ordres de grandeur d’intensité carbone de l’électronucléaire — en cycle de vie — sont rappelés notamment sur Connaissance des énergies, qui situe l’intensité du nucléaire bien en dessous du charbon ou du gaz, même si le débat méthodologique sur le cycle de vie (mines, béton, déchets) reste politiquement vif. À l’échelle d’un pays dont la PPE3 ancre la relance des réacteurs neufs et de la prolongation d’exploitation, l’enjeu n’est plus seulement le grammage CO₂ du kWh : c’est un arbitrage d’infrastructure, d’emplois, et d’emprise matérielle (béton, acier, eau) sur vingt ans.
Parallèlement, l’activité de Framatome n’est pas « propre » au sens d’une empreinte opérationnelle nulle : chimie du combustible, logistique de matières sensibles, déchets et risques d’incidents industriels structurent l’impact environnemental. Le groupe met en avant des investissements d’industrialisation du combustible TRISO à Romans-sur-Isère, orienté petits réacteurs et usages avancés — un pari technologique dont le bilan carbone complet dépend des filières d’alimentation en matière et des gisements d’usine, non publics ici de façon granulaire. Aucun pourcentage d’énergies renouvelables « dans le mix de l’entreprise » utile n’a été trouvé en sources ouvertes ; la lecture reste celle d’un industriel d’infrastructures, pas d’un opérateur d’actifs de production électrique au sens strict.
3. Innovations / partenariats
Le fil conducteur 2024-2025, côté jalon techniques, tient d’abord à l’aboutissement de Flamanville 3 à 100 % de puissance le 14 décembre 2025, acte symbolique lourd de retards mémorisés, mais qui débloque enfin l’ingénierie d’exploitation sur un EPR de série en France. Sur Sizewell C, l’extension des périmètres de contrat (contrôle-commande, diesels, combustible) se double d’accords de fourniture de combustible côté promoteur anglais. La première production d’assemblages pour Barakah aux États-Unis (Richland) signe l’ancrage transatlantique de la business unit combustible, tandis que l’accord d’instrumentation CFI (avril 2025) cristallise l’I&C sur l’EPR britannique. Côté souveraineté industrielle, l’intégration de Valserve et Segault vise le verrou haute pression. Un rapport RSE/CSRD distinct, exploitable chiffre par chiffre, n’a pas été identifié dans la fenêtre de recherche ; l’index égalité professionnelle 94/100 apparaît en revanche en encadré corporate.
4. Greenwashing / zones grises
Le discours de « kWh propre, sûr, compétitif» bute sur le réel géopolitique. Greenpeace a documenté, en 2025, l’arrivée d’uranium enrichi d’origine russe sur le littoral dunkerquois, dans une séquence d’alerts médiatiques. RFI a, fin 2025, rappelé la sensibilité des interconnexions commerciales et du retraitement avec la Russie, filière où la dépendance reste, selon les éléments publics, structurelle pour une partie du cycle. Sur un autre versant, l’enquête Greenpeace 2024 sur de la coopération d’ingénierie I&C avec l’écosystème Rusatom cristallise le risque réputationnel : ce n’est pas du greenwashing « comptable » mais un conflit de narratifs entre souveraineté nationale affichée et filières d’import/export encore imbriquées. Côté sûreté qualité, l’historique d’exigences de l’ASN sur l’intégrité de données fournisseurs et la gouvernance des écarts de fabrication a longtemps collé à l’EPR et à ses composants — Framatome en est l’un des nœuds, avec des chantiers lourds de remplacement de générateurs de vapeur (Flamanville 2) qui rappellent que l’atout technologique ne dispense ni de surveillance publique, ni d’inquiétude citoyenne.
5. Positionnement stratégique
Dans le paysage tracé par la PPE3 (cadre 2026-2035, nucléaire revalorisé), Framatome apparaît comme l’outillage de choc de la remise en marche de filière : EPR2, modernisation de parc, offres d’export sur des projets d’EPR en mer du Nord. L’élargissement vers la défense complète l’addition, avec des produits classés Framatome Defense cohabitant avec l’Healthcare et le segment spatial — un empilement de marques qui diversifie le risque commercial mais concentre l’exposition aux cycles budgétaires militaires. Les marchés l’entendent : le signal financier 2025 est celui d’une accélération, pas d’un survol de conjoncture, même si, dans le communiqué, l’alignement des flux de trésorerie d’exploitation (49 M€) témoigne d’usines et d’OPEX qui avalent l’essentiel de la marge.
Verdict WattsElse
Framatome a les chiffres d’un champion industriel 2025 ; la France a besoin d’une telle fonderie si elle veut tenir l’ambition d’un mix bas-carbone massif. Le paradoxe, c’est que l’histoire d’influence — gaz, uranium, retraitement, I&C transfrontières — n’est pas celle d’une autarcie, mais d’un entre-deux dangereux : utile, puissant, et politiquement inflammable. En résumé : l’atelier de la filière, pas encore le sanctuaire de sa souveraineté.
Sources : framatome.com · framatome.com · media24.fr · connaissancedesenergies.org · economie.gouv.fr · framatome.com · sizewellc.com · greenpeace.fr · rfi.fr · greenpeace.fr · reglementation-controle.asnr.fr · info.gouv.fr · connaissancedesenergies.org
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