Groupe Bordet
Depuis 1860 au fin fond du Châtillonnais, Bordet vend du charbon de bois — aujourd’hui rebaptisé biochar — comme matière d’industrie et de filière bas-carbone.
À propos de Groupe Bordet
1. Modèle économique
Le groupe tire ses revenus de la transformation de bois (chutes de scieries, trituration) en charbon végétal haute teneur en carbone et, demain, en bio-huiles et dérivés de pyrolyse pour usages industriels et énergétiques. Les données consolidées côté comptes font état d’un chiffre d’affaires 2023 de 6,17 M€, en hausse de 22,6 % ; un média local évoquait en 2025 un ordre de grandeur de 6,4 M€ en 2024 et 50 salariés (Le Journal du Palais). L’essentiel de la prochaine décennie se joue hors du P&L historique : plus de 30 M€ d’investissement pour l’usine nivernaise, co-financé par une aide Bpifrance d’environ 14,1 M€ dans le cadre de « Première Usine » / France 2030. L’enjeu n’est donc plus seulement la marge commerciale : c’est le rapport de force entre une TPE/PME de fond et un capex qui dépasse son chiffre d’affaires annuel de plusieurs fois.
2. Impact réel
L’industriel se présente en substitution aux filières pétrochimiques et fossiles, avec un produit de pyrolyse présenté comme « zéro rejet » en circuit fermé (présentation sur Wikipédia, à prendre comme synthèse grand public). La presse spécialisée et les portraits de projet rappellent l’objectif : porter le biochar vers 15 000 t/an à l’horizon 2027 (contre 4 200 t aujourd’hui sur Leuglay) et, pour les bio-huiles, un 5 000 à 7 000 t/an ciblant notamment l’aérien et le maritime (biocarburants, souveraineté énergétique) selon l’entretien de Cyril Flores. Côtier ou pas, la séquestration associée au charbon végétal (ordres de grandeur évoqués en presse autour de 2,8 t CO₂ par tonne de produit dans certains descriptifs de projet) reste un chiffre de communication : sans bilan de cycle de vie public et traçabilité des usages (sol, ciment, filtre…), l’impact net de la production reste un résultat de modélisation plus qu’un constat d’inventaire vérifié. Les agrégats d’Infonet et la fiche d’impacts Societe.com n’en substituent pas un.
3. Innovations / partenariats
Le cœur du Pyrobioil 4.0 est la duplication d’un process mêlant pyrolyse lente (biochar) et logique proche d’une pyrolyse plus rapide pour les bio-huiles, dans un même sillage industriel (décrit notamment ici). Côté offtake, l’intégration du biochar dans des bétons bas-carbone est explicitement liée à Holcim dans la presse régionale spécialisée ; la dépollution de l’eau (charbon actif) complète le tableau. Le groupe rappelle par ailleurs un transfert de technologie passé pour le compte de Vallourec au Brésil (même source) — gage, selon eux, de savoir-faire reproductible. Gouvernance : Cyril Flores apparaît comme président dans les comptes et articles de 2024–2025 (voir notamment Societe.com / BODACC) ; l’agrément Crédit d’impôt recherche 2023 côté R&D a été relévé par le cabinet Inosearch. Le projet de Decize a aussi été suivi par *L’Usine Nouvelle*.
4. Greenwashing / zones grises
Le narratif vert tient d’abord : charbon et cogénération font bon ménage quand l’on désamorce le mot — pourtant, cogénération d’un site pétaradant sur du bois reste de la combustion ; la comparaison seule aux alternatives fossiles ne suffit pas à trancher le bilan à l’échelle de la ressource forestière (concurrence scieries, incendies, importations cachées). L’aide Bpifrance (près de la moitié d’un coût de projet évoqué >30 M€) crée une dépendance structurelle à l’État : bénéfice pour l’industrie lourde verte, risque de sursouscription à la biomasse si la demande d’engrais et de crédits carbone s’essouffle. Par ailleurs, le même fichier Societe.com notait en 2024 un score d’impact et un Bilan carbone non parfaitement alignés sur la com’ « industrie 0 fuite » (voir l’onglet RSE/impact) : ce décalage n’est pas un crime, mais c’est le drap qu’y met un journaliste. La dette et les solvabilités côté Infonet alimentent la question d’un modèle financier à gros effet de levier pour du bois-énergie à la chaîne.
5. Positionnement stratégique
Bordet arrime l’histoire côte-d’orienne d’un fournisseur d’amendements et de charbons techniques sur la dynamique France 2030 — massification de la pyrolyse continue, retenue parmi les projets stratégiques d’État pour l’implantation nivernaise, avec un T1 2027 visé. La montée en puissance s’inscrit dans l’élan européen sur le biogaz, la chaleur renouvelable et la carbone ferme en industrie (cadre public, pas promesse propre à Bordet). Même dans un marché de la biomasse déjà tendu, le pari vaut pour qui croit qu’un biocarburant de 2e/3e génération et un béton à biochar tiendront leurs promesses de marché et de prix sans se faire étrangler par la déforestation indirecte** comptable.
Verdict WattsElse
Bordet incarne la fracture du verdissement : une PMe d’Ancien Régime industriel se transforme en fournisseur d’infrastructure pour le BTP et l’énergie — si l’on accepte d’y mettre un coup de TPE public et si la tige de douglas tient. Ce n’est pas le PPE2 : c’est la PPE-PME — Prix Public Élevé pour un Pari Manufacturier Écologique.
Sources : societe.com · journal-du-palais.fr · lagazettefrance.fr · bpifrance.fr · fr.wikipedia.org · greenunivers.com · infos-dijon.com · infonet.fr · ino-search.com · usinenouvelle.com · lejdc.fr · lejdc.fr
Données clés
- Siège
- Bristol, United Kingdom ↗
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