Lanco Solar Energy Private Limited
Elle porte encore le nom d’un champion du photovoltaïque indien, mais Lanco Solar Energy Private Limited est surtout un cas d’école de la transition énergétique mal amortie : quatre ans de procédure collective, un plan de résolution validé par le NCLT d’Hyderabad, puis des comptes qui peinent à retrouver une taille industrielle.
À propos de Lanco Solar Energy Private Limited
1. Modèle économique
Lanco Solar Energy Private Limited est une société privée indienne (CIN U40109TG2009PTC064018, Telangana), historiquement positionnée sur la chaîne de valeur du solaire : ingénierie, construction (EPC), exploitation de capacités propre ou via filiales, dans le sillage du groupe Lanco. Le modèle reposait sur la commande publique (utilities, missions « solaire à grande échelle »), les PPA et des investissements amont dans la fabrication — le complexe historique de Rajnandgaon (Chhattisgarh), présenté comme une verticalisation « du polysilicium au module », en est le symbole industriel (PV Tech ; The Hindu).
Depuis l’ouverture de la procédure d’insolvabilité à la demande notamment d’Andhra Bank en juin 2019 (Moneycontrol), le cœur de l’activité a été fragmenté : appels d’offres express of interest, négociations du comité de créanciers, puis plan de résolution du consortium JVS–Derit Infra, approuvé le 24 avril 2023 avec une offre d’environ 83,24 crores ₹, à comparer à une valeur de liquidation d’environ 47,31 crores ₹ et à une juste valeur moyenne d’environ 99,47 crores ₹ selon des évaluateurs agréés (Moneycontrol).
Selon des agrégateurs de données corporate, le chiffre d’affaires pour l’exercice 2024-25 serait tombé à environ 6,25 crores ₹ (de l’ordre de 0,7 M€ au taux courant), avec une baisse annuelle d’environ -79 %, et l’effectif résiduel serait de 55 salariés au 30 septembre 2024 (profil Tracxn). Les flux financiers ne sont donc plus ceux d’un intégrateur en croissance, mais ceux d’une structure en redressement contraint.
2. Impact réel
L’impact « décarboné » de cette entité ne se lit pas dans un rapport RSE européen (aucune obligation CSRD ni lecture directe dans le PPE3 : périmètre hors Union européenne), mais dans le cumul des MWh produits par les parcs qu’elle a bâtits ou opérés pour le réseau indien. Un exemple récent côté commande publique : Mahagenco a mis en service 25 MW à Dhule (Sakri), dans un périmètre où l’historique d’EPC Lanco est régulièrement cité dans la presse locale (Times of India).
À la marge, l’ambition fabriqué en Inde autour de Rajnandgaon visait à réduire la dépendance aux imports de chaînes PV — un levier géopolitique et climatique structurel pour les marchés émergents, tant que l’outil industriel tient la cadence (PV Tech). Or les documents de procédure du groupe décrivent des actifs difficiles à cristalliser et une activité opérationnelle interrompue ou réduite dans la filière solaire (mémore de liquidation LSPL.pdf)), ce qui plafonne l’impact manufacturier réel face au potentiel annoncé.
3. Innovations / partenariats
Le catalogue d’innovations récentes accessible publiquement est mince : la phase CIRP et la liquidation partielle d’actifs voisins ont priorisé la gouvernance créanciers sur la R&D. Sur la décennie précédente, la « techno-story » est surtout industrielle : MoU avec le Chhattisgarh pour 100 MW de cellules, volet polysilicium / wafers dans une logique de filière intégrée (The Hindu).
Côté partenariats 2023, le plan JVS–Derit Infra promettait une réinjection de capital pour « rétablir les opérations » sur l’ensemble des usines, directes ou en filiales, et continuer à fournir de l’électricité sous contrats long terme (Moneycontrol), promesse à recouper avec les séries comptables publiées post-2023 (InstaFinancials).
4. Greenwashing / zones grises
Au sens strict, il ne s’agit pas d’une entreprise qui « verdit » une activité fossile : en revanche, le risque de vocabulaire déphasé sur la réalité financière est élevé lorsque l’équité sociale affichée (capital autorisé jusqu’à 2 000 crores ₹ selon InstaFinancials) coexiste avec des agrégats registre très tendus : charges ouvertes portées à environ 12 552,39 crores ₹ au 5 janvier 2026 sur une fiche d’entreprise (The Company Check), soit un ratio déséquilibré avec un chiffre d’affaires FY25 estimé à 6,25 crores ₹ (Tracxn).
Autre tension : le processus IBC reste traçable sur le portail officiel des procédures (IBBI – fiche CIN) : ne pas confondre cette entité avec Lanco Solar Private Limited ou d’autres véhicules « Lanco » en phase de sortie — les montants et créanciers ne sont pas interchangeables. Enfin, les nouveaux appels d’offres utilité (ex. 300 MW Mahagenco) filtrent mécaniquement les contreparties insolvables, ce qui resserre l’espace marché pour un ancien acteur sous procédure (Mercom India).
5. Positionnement stratégique
La feuille de route n’est plus celle d’un pure-player à conquérir des parts : c’est celle d’un actif restructuré devant colmatériser un passif bancaire, réactiver des sites sous-àmortis et requalifier son offre auprès d’acheteurs publics très exigeants sur les garanties financières (Mercom India).
Pour un lecteur européen, l’enseignement stratégique est limpide : la transition PV indienne combine enjeu climatique et impasse bilan ; les subventions et la concurrence des importateurs peuvent brûler une verticalisation annoncée plus vite qu’elle ne produit du silicium (PV Tech). Aucune source française type ADEME, Connaissance des Énergies ou PPE3 ne documente spécifiquement cette société : l’analyse reste infra-indienne, avec des ponts sectoriels seulement indicatifs.
Verdict WattsElse
Lanco Solar Energy Private Limited, telle qu’elle apparaît dans les registres et la presse indienne, est devenue une coquille énergétique sous respirateur judiciaire : le solaire comme promesse, le bilan comme verdict. Dans une industrie où un MW remplace du charbon, un MW en procédure collective ne remplace rien.
Sources : moneycontrol.com · pv-tech.org · thehindu.com · tracxn.com · timesofindia.indiatimes.com · lancogroup.com · instafinancials.com · thecompanycheck.com · ibbi.gov.in · mercomindia.com
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