Mannvit
Mannvit n’est plus une étiquette autonome sur les plaques : rachetée par le groupe danois COWI, elle opère aujourd’hui comme COWI Islande, avec des équipes à Reykjavik et ailleurs sur l’île.
À propos de Mannvit
1. Modèle économique
Le socle, historiquement, est celui d’un cabinet d’ingénierie et de conseil : études, maîtrise d’œuvre, services « owner’s engineer », accompagnement jusqu’à la mise en service sur des chaînes de valeur géothermie, hydroélectricité, réseaux de chaleur, infrastructures. Les revenus dépendent fortement des cycles d’investissement des acteurs publics et semi-publics islandais (Orkuveita Reykjavíkur, Landsvirkjun, projets d’ampleur nationale), ainsi que d’appels d’offres internationaux portés par le groupe.
Pour l’exercice 2023, la presse économique islandaise rapporte un chiffre d’affaires de 5,2 milliards ISK, en recul d’environ 500 millions ISK par rapport à 2022, avec un résultat net ramené à 26,6 millions ISK contre 31,7 millions l’année précédente (Viðskiptablaðið). À cette échelle — cabinet racheté puis absorbé — la lecture microéconomique se fait désormais aussi au travers du groupe COWI : 8,36 milliards DKK de chiffre d’affaires consolidé et 7 562 collaborateurs en 2024, avec une marge EBITA à 7,3 % contre 5,9 % en 2023 (rapport annuel COWI 2024).
2. Impact réel
Plutôt qu’un producteur d’électricité, Mannvit/COWI Islande réduit la friction technique des grands baseload renouvelables islandais : pilotage de centrales géothermiques pour le chauffage urbain, extension de capacités hydroélectriques, renforcement des réseaux qui acheminent une électricité déjà massivement bas-carbone dans un pays visant la neutralité carbone d’ici 2040 (communiqué BEI).
Le projet Hellisheidi, où COWI a été attributaire du volet conception pour porter la capacité thermique vers 300 MWth et l’électrique vers 303 MWe avec une mise en service visée 2026, illustre cet impact par la volumétrie de chaleur et d’électricité géothermiques injectées dans le système (ThinkGeoEnergy). Aucun bilan carbone publique au nom isolé de « Mannvit » n’a été identifié dans nos balayages : l’empreinte déclarative et les engagements climat se lisent surtout au niveau groupe COWI, pas comme métrique opérationnelle française comparable aux cadres PPE ou fiches ADEME — où Mannvit n’apparaît pas dans les contenus génériques sur la géothermie (ADEME – géothermie profonde).
3. Innovations / partenariats
Le 12 février 2024, Mannvit prend officiellement le nom COWI, formalisant l’intégration d’environ 280 spécialistes islandais dans une organisation mondiale (communiqué COWI). Sur le terrain projet, le carnet s’épaissit autour d’extensions critiques : Hellisheidi (conception + documents de marché jusqu’à la mise en service) (ThinkGeoEnergy) et, côté hydroélectricité, une mission sur l’extension de la centrale de Vatnsfell (Construction Briefing).
4. Greenwashing / zones grises
La mue COWI masque mal une phase financière tendue au niveau de l’entité islandaise pré-absorption : selon Viðskiptablaðið (mai 2024), les fonds propres fin 2023 tombent à 853 millions ISK contre 1,2 milliard un an plus tôt — soit une contraction d’environ 29 % — dans le même mouvement où le CA recule de 500 millions ISK et le net d’exploitation se dégrade (Viðskiptablaðið). Ce n’est pas un « greenwashing » documenté, mais un signal de brittleness commerciale avant passage sous parapluie groupe.
Autre zone grise structurelle : concentration du portefeuille sur les grands programmes islandais modernisés par des financements type prêt BEI de 100 M€ à Orkuveita Reykjavík pour réseaux électriques et géothermie (2025‑2029) (communiqué BEI) : la trajectoire des cabinets suit mécaniquement le rythme politique et budgétaire des utilities. Enfin, tout projet géothermique d’envergure garde une empreinte locale discutable (historiquement émissions de H₂S, gestion environnementale au voisinage des champs de Reykjanes) — sujet scientifiquement documenté sur les sites islandais (ScienceDirect – H₂S centrales géothermiques islandaises), distinct de la communication « vert » des maîtres d’ouvrage.
5. Positionnement stratégique
La stratégie affichée est celle d’un centre d’excellence nordique dans le giron COWI, avec volonté de croissance sur infrastructures, industrie, environnement (ThinkGeoEnergy sur le rebranding). Les signaux récents — Hellisheidi, Vatnsfell, levée de financements européens pour les utilities — placent l’ex‑Mannvit au cœur du réarmement capacitaire islandais sans pour autant étancher la question de l’autonomie décisionnelle locale face aux standards et priorités d’un groupe de plus de 7 500 personnes (rapport annuel COWI 2024).
Verdict WattsElse
Mannvit a disparu des logos pour mieux capitaliser sur la vague géothermique nationale, mais les comptes 2023 rappellent qu’un rebranding ne répare pas une marge qui grince : désormais, ce sont les grands chantiers islandais qui feront la mesure du succès — ou la fragilité — du pari COWI. Islande utile, suspense financier inclus.
Sources : vb.is · cowi.com · eib.org · thinkgeoenergy.com · agirpourlatransition.ademe.fr · cowi.com · constructionbriefing.com · sciencedirect.com · thinkgeoenergy.com
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