Moroccan Agency for Renewable Energies (MASEN)
L’agence marocaine chargée de structurer les énergies renouvelables sort d’une décennie de grands chantiers et de crises techniques.
À propos de Moroccan Agency for Renewable Energies (MASEN)
1. Modèle économique
Masen est une société anonyme à capitaux publics créée pour porter et structurer les projets EnR (solaire, éolien, hydraulique), via PPA, partenariats avec des producteurs indépendants et interfaces avec le réseau et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) au sein du cadre national. Son modèle n’est pas celui d’une « startup » qui vend du kWh au comptant au particulier : c’est celui d’un opérateur stratégique qui mutualise risques industriels, financements et obligations longues pour délivrer de la capacité nette au pays selon sa présentation institutionnelle.
Les agrégats comptables récents (chiffre d’affaires consolidé, effectif exact à date) ne sont pas retracés de façon claire et vérifiable dans les sources ouvertes consultées ; on est typiquement sur un véhicule d’investissement et de développement dont la solvabilité dépend fortement des garanties d’État et des mécanismes de soutien tarifaire — thème récurrent dans la presse économique marocaine lorsque l’écart entre coût d’achat à des IPP et prix de vente devient structurel (analyse du coût du kWh CSP).
2. Impact réel
Sur le plan strictement « climat », l’activité de Masen se lit dans les GW en exploitation et en construction : le conseil d’administration a validé fin 2025 un programme de 1,7 GW de nouvelles capacités à partir de 2026, inscrit dans une trajectoire d’environ 5 GW sous tutelle de l’agence à l’horizon 2030 (synthèse de presse spécialisée). Parallèlement, les annonces récentes sur le programme Noor Atlas portent sur 305 MW répartis sur six sites, avec une mise en service annoncée dès juillet 2027 après signature des PPA entre l’ONEE et Masen (Fédération de l’Énergie).
À l’échelle du pays, les EnR représentaient plus de 45 % de la puissance électrique installée en mai 2025 (Morocco World News) — indication d’un mix qui se décarbone, mais où la répartition précise entre masse pilotée par Masen et autres acteurs reste à contextualiser campagne par campagne. Aucun bilan public vérifié de « t CO₂ évité » attribuable spécifiquement à Masen n’a été identifié dans les éléments disponibles ; le Multiannual Energy Programme (PPE) français ou les fiches méthodologiques de l’ADEME ne centrent pas cette entité — comparaison directe peu opérante, le cadre étant marocain.
3. Innovations / partenariats
Le couloir photovoltaïque « Noor Atlas » matérialise l’échelle industrielle du nouveau cycle : 305 MW, six centrales, cadence de déploiement annoncée jusqu’en 2027 (communiqué sectoriel). Sur l’hydrogène vert, Masen annonce en février 2026 la signature de cinq contrats préliminaires de réservation foncière dans le Sud du royaume, en poursuite de l’« offre Maroc hydrogène vert » (actualité Masen).
Pour piloter l’accélération, le volet plan stratégique 2026-2028 et la capacité 1,3 GW en exploitation (bilan 2025 cité dans la presse économique) donnent une image d’actif patrimonial déjà lourd, nourri par la complexité des complexes historiques — dont le solaire thermodynamique (Industries du Maroc).
4. Greenwashing / zones grises
Ce n’est pas tant le risque de « greenwashing marketing » que celui d’un décalage économique assumé mais coûteux : pour Noor III (CSP, 150 MW), une fuite majeure du réservoir de sels fondus en 2024 a provoqué un arrêt prolongé et une reprise de service commentée comme douloureuse (récit de presse), avec des pertes de revenus évaluées à plus de 51 millions de dollars selon une estimation médiatique (Bladi.net) — *à recouper avec les comptes officiels s’ils sont publiés*.
Sur le plan tarifaire, un écart documenté oppose un coût de revient de 1,42 DH/kWh pour l’électricité de Noor III à un prix de revente à l’ONEE de 0,85 DH/kWh en 2024 selon Les Éco — tension structurelle loin des slogans « 100 % vert ». Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a, par ailleurs, pointé un déficit annuel de 800 MDH lié à l’écart prix d’achat / revente (Maroc Hebdo), tandis qu’une partie importante de la dette aurait été garantie par l’État (ordre de grandeur 80 % du total bilan, selon Le360). Aucun rapport CSRD / bilan extra-financier UE relatif à Masen n’a été identifié dans les sources ouvertes : le standard de lecture reste presse, autorités et agences nationales plutôt que disclosure européenne.
5. Positionnement stratégique
La ligne 2026-2028 est claire : monter en puissance PV/éolien, verrouiller le foncier hydrogène, et réparer la gouvernance après l’ère Bakkoury — l’ancien PDG Mustapha Bakkoury demeure associé à une instruction judiciaire et à des critiques de gestion dans la presse (Le360), tandis que la direction a été confiée à Tarik Ameziane Moufaddal selon Les Éco. Les orientations validées par le conseil d’administration et l’objectif ~5 GW en 2030 sont rappelés par le ministère de la Transition énergétique.
Verdict WattsElse
Masen incarne la puissance industrielle d’un État qui veut verrouiller le gigawatt et l’hydrogène — et la fragilité politique d’un modèle où la transition électrique se paie aussi sur la ligne budgétaire, entre CSP coûteux, garanties d’État et épisodes judiciaires. En clair : le vert marocain n’est pas une opération de communication ; c’est une balance énergétique sous pression.
Sources : one.org.ma · masen.ma · leseco.ma · ecofinagency.com · fedenerg.ma · moroccoworldnews.com · ademe.fr · masen.ma · industries.ma · quid.ma · bladi.net · maroc-hebdo.com · bofr.le360.ma · leseco.ma · mtedd.gov.ma
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