Morrow Batteries
La « Morrow Cell Factory » d’Arendal envoie des cellules LFP prismatiques vers l’industrie et la défense, au moment où l’actionnaire majoritaire déprécie sa participation à zéro.
À propos de Morrow Batteries
1. Modèle économique
Morrow Batteries ASA vise la marge sur la fabrication de cellules lithium fer phosphate (LFP), avec une montée en puissance industrielle en Norvège (Arendal, Grimstad) et une stratégie affichée « partnership-first » pour sécuriser des alliances et des volumes d’achat à long terme, comme l’explicite le groupe en janvier 2026 (communiqué série). Les revenus dépendent désormais de la conversion de la capacité installée en contrats récurrents — début avril 2026, un accord-cadre avec Proventia prévoit des livraisons de cellules jusqu’en 2031 pour modules et packs « off-highway » et usages industriels (cluster Eyde). Un second flux, à forte valeur symbolique, arrive du secteur de la défense : le 17 avril 2026, Morrow annonce son premier contrat pour fournir des cellules à un équipementier allemand après douze mois de qualification, sans divulgation du client (communiqué défense).
Sur la structure financière publique, le rapport intégré 2024 — publié en mai 2025 — mentionne environ 3,3 milliards de couronnes norvégiennes de fonds propres cumulés et 235 employés en fin d’exercice (rapport intégré 2024) ; début 2025, un plan de réduction des coûts a supprimé 50 à 60 postes pour ramener l’effectif autour de 180–200 personnes (priorisation production). Le chiffre d’affaires consolidé récent n’est pas retraité ici : les agrégateurs privés donnent des fourchettes indicatives non auditées, insuffisantes pour un engagement chiffré. En revanche, la dépendance au levier public est documentée : Oslo a accordé une facilité de prêt d’environ 1,5 milliard NOK via Innovation Norway fin 2024 (Reuters), tandis que la presse juridique relève l’incertitude juridique et économique autour des conditions de ce financement « make-or-break » (Bloomberg Law). Côté actionnaires, l’utilitaire Å Energi a porté à zéro la valeur comptable de sa participation de 49,9 % en février 2026, après une prise de participation historique de l’ordre de 1,3 milliard NOK (Montel News).
2. Impact réel
Produire des cellules LFP en Europe répond à un enjeu de souveraineté industrielle et de chaîne d’approvisionnement : moins de cobalt, chimie perçue comme plus sûre pour le stationnaire et l’industriel, et promesse d’empreinte maîtrisée si l’électricité d’usine est bas-carbone. Morrow met en avant une alimentation par hydroélectricité à Arendal dans les récits techniques sur le campus Eyde (Battery-Tech Network) ; l’impact climat réel dépend toutefois du mix amont (matériaux actifs, graphite, logistique) et du taux d’utilisation des lignes — données de bilan carbone consolidé non retrouvées dans les sources françaises institutionnelles au stade de cette veille. Aucune entrée spécifique à Morrow n’a été identifiée sur les portails de l’ADEME ni dans les dossiers publics de Connaissance des Énergies au moment de la recherche (avril 2026) : le lien avec les trajectoires françaises ou le PPE européen reste indirect, par le prisme de la politique industrielle batteries UE et des objectifs d’autonomie des chaînes de valeur.
3. Innovations / partenariats
Le groupe combine production LFP prismatique et trajectoire R&D sur des chimies ultérieures (dont LNMO sans cobalt, selon la description corporate du communiqué défense ci-dessus). L’échelle visée est ambitieuse : un découpage modulaire du campus Eyde vise jusqu’à 43 GWh cumulés d’ici 2028, par tranches de l’ordre de 14 GWh (Battery-Tech Network). Côté partenariats clients, Proventia et le contrat allemand de défense matérialisent deux voies — mobilité industrielle et sécurité d’approvisionnement stratégique — alors que Morrow insiste sur des exercices OTAN dans le Grand Nord avec Nordic Batteries pour la robustesse climatique (communiqué défense). La gouvernance a basculé : fin 2025, le PDG Lars Christian Bacher quitte ses fonctions au profit du cofondateur Jon Fold von Bülow à la direction générale par intérim, dans un mouvement présenté comme aligné sur une nouvelle trajectoire stratégique (archives communiqués).
4. Greenwashing / zones grises
Le discours « batteries vertes européennes » bute sur trois tests publics. D’abord, la dépendance aux subventions et garanties d’État : lorsque la survie repose sur un prêt public aux clauses contestées, la « transition » devient un pari politique autant qu’industriel (Bloomberg Law). Ensuite, la concurrence de prix : l’actionnaire cite une chute brutale des prix des batteries pour expliquer l’impasse de rentabilité, ce qui fragilise tout storytelling simpliste sur la « premium green » nordique (NRK). Troisièmement, l’usage militaire : valoriser en même temps la basse carbone et les marchés défense pose une question de cohérence narrative pour une partie du public ESG, même si l’argument officiel est la résilience des chaînes critiques (communiqué défense). Enfin, les retards industriels documentés — par exemple surcoût lié à des permis de travail pour experts asiatiques dans le rapport 2024 — rappellent que « fabriquer en Europe » ne supprime ni les goulets d’import ni les frictions de mise en service (rapport intégré 2024).
5. Positionnement stratégique
Morrow incarne le pari européen des géigafactories LFP après l’électrochoc Northvolt : la presse spécialisée décrit une entreprise « optimiste » sur son outil mais en recherche active d’investisseurs et de partenaires, avec fermeture du bureau d’Oslo pour concentrer les coûts (Batteries International). Le signal récent est double : des flux physiques de cellules vers l’industrie finlandaise (cluster Eyde) et un ancrage dans la demande européenne de batteries « certifiées » pour applications sensibles ; le contre-signal est la dépréciation totale côté Å Energi, qui cristallise le scepticisme des capitaux privés sur le modèle (Montel News). Dans ce paysage, Morrow négocie à la fois la courbe d’apprentissage industrielle et la fenêtre politique : sans volumes et sans prix transfert soutenables, l’hydro à 100 % ne suffit pas à payer les milliards engagés.
Verdict WattsElse
Morrow a franchi le cap où les promesses deviennent des palettes qui quittent Arendal ; la question n’est plus « peut-on produire en Europe », mais « qui paie la différence tant que la Chine fixe le prix du kWh stocké » — et pour l’instant, une partie de la réponse s’écrit encore en couronnes publiques et en dépréciations comptables.
Sources : news.morrowbatteries.com · eydecluster.com · mynewsdesk.com · 682d8396899ac2cd2fdb0bba_Integrated%20Annual%20Report%202024%5B100%5D%20.pdf · mynewsdesk.com · reuters.com · news.bloomberglaw.com · montelnews.com · battery-tech.net · ademe.fr · connaissancedesenergies.org · nrk.no · batteriesinternational.com
Données clés
- Fondée
- 1964
- Siège
- Ouagadougou, Burkina Faso ↗
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