Prometheus Gas
Née du temps où Moscou et Athènes faisaient encore cause commune sur un marché libéralisé, Prometheus Gas incarne aujourd’hui la tension d’une Grèce qui veut être hub du corridor gazier vertical et passerelle électrique vers l’Europe — tout en traînant encore des contrats et des gigawatts de gaz fossile dans les pattes.
À propos de Prometheus Gas
1. Modèle économique
Prometheus Gas S.A., basée à Athènes et fondée en 1991, est la bras gazier du Copelouzos Group : import et commercialisation de gaz naturel, construction d’infrastructures haute pression et connexions de distribution. Le groupe indique environ 1 milliard de m³ (1 bcm) de ventes annuelles et plus de 1 000 km de pipelines haute pression réalisés en Grèce, auxquels s’ajoutent 340 km de réseaux de distribution. Depuis février 2023, Copelouzos déclare détenir 100 % du capital, après la sortie de Gazprom Export du tour de table actionnarial. Le chiffre d’affaires ou l’effectif de la filiale seul ne figure pas dans les documents corporate consultés ; toute fourchette « type ZoomInfo » sur le groupe mère resterait un agrégat non audité pour cette fiche. En revanche, la stratégie est lisible : sécuriser des contrats long terme sur le marché grec et monter en puissance sur les grands chantiers d’infrastructure (dont un pipeline de 160 km en Macédoine occidentale avec Damco Energy).
2. Impact réel
L’impact climat direct de Prometheus se lit d’abord à travers le volume de methane brûlé ou distribué : l’ordre de grandeur ~1 bcm/an ancré côté importateur pèse dans le mix grec, où le gaz demeure un pilier de la transition depuis le lignite. À l’échelle UE, le verdict des plans nationaux énergie-climat et des objectifs « Fit for 55 » est sans ambiguïté : réduire la dépendance aux combustibles fossiles et accélérer les EnR et l’efficacité ; un importateur gazier de cette taille reste structurellement exposé à cette bascule, même s’il participe aussi au remplacement de routes d’approvisionnement les plus exposées géopolitiquement. Le projet GREGY (interconnexion Égypte–Grèce), porté par le groupe via Elica, est présenté comme vecteur d’électricité « verte » ; son bilan net dépendra du mix réel des 9 GW environ de capacités éoliennes et solaires côté égyptien et du calendrier de mise en service (décryptage AFP sur le câble Le Caire–Athènes). Aucune publication ADEME ni rapport CSRD public au nom de Prometheus Gas n’a été repérée dans les sources ouvertes consultées pour cette fiche.
3. Innovations / partenariats
Le Gregy-Elica Interconnector vise un transfert de 3 GW selon les annonces de la Commission et de la presse spécialisée ; un cofinancement d’environ 9,56 M€ pour des études complémentaires a été notifié en janvier 2026 (synthèse Offshore Energy). Côté gaz, l’entrée en service commercial du FSRU d’Alexandroupolis en octobre 2024 (communiqué Gastrade) change la donne d’approvisionnement pour la Grèce et les Balkans, dans la continuité du corridor vertical mis en avant par les autorités américaines et européennes (coordination du corridor gazier vertical). Un MoU entre ADMIE (IPTO), EETC et ELICA a marqué la montée en cadence des études en 2025 (CEEnergyNews). Parallèlement, le groupe pousse une CCGT de 840 MW à Alexandroupolis — avec Damco Energy en rôle d’EPC et équipements commandés à GE — alimentée au gaz et présentée comme flexibilité pour le réseau (fiche projet industrie).
4. Greenwashing / zones grises
Le « divorce » actionnarial avec Gazprom n’efface pas la ligne contractuelle : des sources de marché indiquaient en 2023 un approvisionnement Gazprom maintenu jusqu’en 2027 (Athens News Agency relayée), dans un contexte où l’UE dessine une sortie structurée des imports de gaz russe (analyse Columbia CGEP). La lecture « 100 % grec » peut masquer une dépendance résiduelle à des molecules et à un calendrier négocié avant la guerre en Ukraine. Le discours « transition » porté sur le GREGY et le hub méditerranéen entre en tension avec la promotion massive du gaz (LNG + CCGT) : le risque de transition fossil-lock-in est réel tant que les GW gaziers croisent la courbe des EnR. Enfin, le tracé maritime et les ZEE en Méditerranée orientale rappellent que le « vert » géopolitique se négocie aussi avec Ankara et les cartes maritimes — thème déjà souligné dans la couverture de l’interconnexion (Connaissance des Énergies).
5. Positionnement stratégique
Prometheus Gas reste l’outil de Copelouzos pour tenir le marché grec du gaz pendant que le groupe déploie Alexandroupolis, le corridor vertical et GREGY comme levier pour faire de la Grèce un nœud énergie au sens large — gaz, électricité, diplomatie (hub grec dans l’agenda transatlantique). Les étapes 2026 (FID visée pour GREGY selon la presse régionale, poursuite des études sous-marines) décideront si le budget d’environ 4,2 Md€ annoncé pour l’interconnecteur se cristallise en actifs ou reste un macro-narratif de financement. Pour Bruxelles, le projet s’inscrit dans Global Gateway et les PCI ; pour Athènes, c’est une double assurance : sécurité d’approvisionnement et narrative climat, avec une exposition fossile encore massive dans le portefeuille du groupe.
Verdict WattsElse
Prometheus Gas n’est plus la coentreprise du siècle dernier, mais elle n’est pas non plus une pure player verte : c’est le chef d’orchestre gazier d’un conglomérat qui parie sur l’électricité nord-sud pour effacer, demain, ce qu’il continue d’acheminer aujourd’hui en méthane — à condition que 2027 ferme vraiment le chapitre russe et que GREGY ne reste pas un câble sur le papier.
Sources : copelouzos.gr · energy.ec.europa.eu · connaissancedesenergies.org · offshore-energy.biz · gastrade.gr · energy.gov · ceenergynews.com · power-technology.com · en.rua.gr · energypolicy.columbia.edu · connaissancedesenergies.org
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