SNCFT
La Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT) affiche des recettes de transport en hausse en 2024, mais sa flotte longue distance peine à sortir du garage.
À propos de SNCFT
1. Modèle économique
La SNCFT est un opérateur ferroviaire à capitaux publics : elle monétise surtout le transport de voyageurs et le fret, avec une part marchande structurante pour l’économie tunisienne (historiquement dominée par le phosphate sur le réseau, selon les synthèses courantes sur le modèle tunisien). Côté chiffres « frais », l’observation nationale fait état de 66,138 millions de dinars de recettes de transport en 2024, dont 35,989 MDT pour les voyageurs et 30,149 MDT pour le fret (Tunisie Numérique). L’effectif ressort couramment à ~4 871 agents dans les bases de données agrégées (à rapprocher des chiffres publiés par l’entreprise). En parallèle, la présidence de la société a évoqué un endettement situé entre 900 et 1 000 millions de dinars (Tunisie Numérique) — un écart brutal avec le volume de recettes annuelles, signe d’une structure très dépendante du financement, des reports de dette et des appuis budgétaires / décisions politiques pour tenir la maintenance.
2. Impact réel
Sur le papier, le train est un levier classique de désengorgement routier et de moindre intensité carbone par voyageur-tonne… à condition d’un réseau électrifié fiable et d’une adéquation flotte-infrastructure. En Tunisie, l’impact « climat » réel se lit d’abord à travers des bottlenecks techniques : en janvier 2025, la presse rapporte des transformateurs côté alimentation électrique non renouvelés depuis vingt ans, avec des conséquences directes sur l’exploitation (La Presse de Tunisie). Autrement dit, une partie du potentiel d’électrification reste prisonnière de la disponibilité du réseau, pas seulement de slogans bas-carbone. Hors périmètre français, la PPE3 ou les fiches « type ADEME » ne givrent pas ici le cadre juridique : l’intérêt stratégique, pour un lecteur européen, est plutôt l’alignement des investissements (BERD, électrifications ciblées, remotorisation du parc) sur une trajectoire où le diesel du fret et les pannes d’alimentation pèsent encore lourd dans le bilan opérationnel.
3. Innovations / partenariats
Le dossier « modernisation » le plus documenté reste le soutien BERD : un prêt de 160 millions d’euros a été négocié pour un programme incluant notamment le doublement/électrification de tronçons et le renouvellement de matériel électrique (WebManager Center, Anadolu Ajansi). La presse et les communications sectorielles évoquent aussi des dynamiques d’audit énergétique du matériel roulant dans la lignée de ce financement (WebManager Center). Côté « exécution », l’actualité récente mélange réhabilitations et réouvertures de dessertes (évoquées dans le fil d’annonces gouvernementales et médiatiques autour du plan de relance), et des mesures d’urgence ciblant la maintenance (La Presse de Tunisie). Un accord a par ailleurs été mis en avant pour 394 recrutements — dont une part pour le RFR — et un appui de 80 MDT étalé 2026–2028 pour des centres de maintenance (Tunisie Numérique).
4. Greenwashing / zones grises
Le risque n’est pas le « slogan RSE », mais l’écart entre narratif bas-carbone et disponibilité terrain. En janvier 2025, l’entreprise est ainsi présentée avec un taux de disponibilité de la flotte longue distance voisin de 25–27 %, ce qui se traduit médiatiquement par ~22 trains sur 100 réellement en service sur ce segment (La Presse de Tunisie). Dans le même temps, la presse cite des difficultés sur des acquisitions de rames récentes (quatre machines réellement opérationnelles sur vingt, selon le récit journalistique) — un signal d’adéquation industrie-maintenance plus fort que toute promesse « verte » (La Presse de Tunisie). Enfin, le volet fret stratégique est décrit comme concentré sur un parc très partiellement mobilisable (300 unités sur 4 000 dans l’article lié à la situation financière) (Tunisie Numérique). Transparent : les chiffres monétaires d’endettement et plusieurs indicateurs physiques proviennent de relays médiatiques ; les rapports officiels restent la référence à consolider sur le site corporate (rapports SNCFT).
5. Positionnement stratégique
La position de la SNCFT est celle d’un service public technique coincé entre besoin politique de mobilité et contrainte bancaire. Le ministère des Transports a poussé l’établissement d’un plan d’urgence début 2025, avec une tonalité explicite de « sauvetage » du parc (La Presse de Tunisie) — ce n’est pas le langage d’une entreprise « en pilotage automatique », mais celui d’un mode projet permanent. Côté social, un mouvement de grève a été reporté après négociation en 2025 (Tunisie Numérique), ce qui rappelle que la gouvernance salariale fait partie du même tableau que les investissements (recrutements annoncés vs capacité d’entretien réelle).
Verdict WattsElse
La SNCFT est en course pour devenir à nouveau un levier de transition… ou un cas d’école de ce qui se passe quand l’électrification est promise par les prêteurs mais bloquée par le quotidien des transformateurs, du diesel fret et d’une ardoise qui approche le milliard de dinars : infrastructure d’abord, slogan ensuite.
Sources : tunisienumerique.com · sncft.com.tn · tunisienumerique.com · lapresse.tn · webmanagercenter.com · aa.com.tr · webmanagercenter.com · lapresse.tn · tunisienumerique.com · sncft.com.tn · lapresse.tn · tunisienumerique.com
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