Société National d'Electricité (SNE)
La Société nationale d’électricité (SNE) n’est plus une « entreprise » au sens où l’on publie bilan et compte annuel : dissolution par décret le 7 juillet 2025, actifs repris par TchadElec après une décennie où l’argent public n’a pas traduit en service fiable.
À propos de Société National d'Electricité (SNE)
1. Modèle économique
Monopole public de distribution et de production en réseau (héritage de l’ancien opérateur national), la SNE vivait sur la facturation imparfaite, les subventions de l’État et des financements multilatéraux : le programme PAAET (Projet d’accroissement de l’accès à l’énergie au Tchad) bénéficie d’une enveloppe de 295 millions de dollars approuvés par la Banque mondiale (IDA) en mars 2022 pour étendre réseaux, mini-réseaux et kits solaires. Les comptes consolidés (chiffre d’affaires, résultat, effectif exact) de la SNE en tant que société dissoute n’ont pas été retrouvés dans des publications standard accessibles ; selon les éléments disponibles, le modèle était celui d’une entreprise d’État sous perfusion budgétaire. La presse indépendante et des organes de suivi estiment qu’au moins 150 milliards de FCFA ont été injectés sur dix ans sans redressement visible du service. En juillet 2025, TchadElec reprend le rôle de concessionnaire public à capital 100 % étatique.
2. Impact réel
L’impact climat direct d’une utilité africaine à fort thermique est structurellement défavorable tant que le mazout et le diesel dominent la production effective. L’évaluation de transition énergétique pour le Tchad publiée par l’IRENA en janvier 2026 décrit une électricité encore majoritairement issue des combustibles fossiles et un objectif national d’installer environ 520 MW de solaire d’ici 2030 dans le cadre des plans portés par les autorités. Les indicateurs d’accès restent bas : l’IRENA rappelle un taux d’accès autour de 12 % pour l’électricité, à comparer à la cible du projet Banque mondiale de porter l’accès à 30 % d’ici 2027. Les objectifs français (PPE3) ou les fiches ADEME ne cadrant pas ce périmètre géographique, l’écart utile est celui entre annonces de capacités EnR et émissions réelles du parc en fonctionnement.
3. Innovations / partenariats
Sur la fin de vie de la SNE, les « innovations » passent surtout par des appels d’international donors et coopérations Sud-Sud : en février 2025, un contrat avec l’ONEE marocaine vise une centrale photovoltaïque d’environ 3 MWc pour desservir une vingtaine de localités rurales. Les projets photovoltaïques et hydroélectriques évoqués dans la presse (dont le volet RESPITE avec des puissances de l’ordre de 106 MW PV et 41 MW hydro annoncés) restent tributaires de délais d’exécution dont les médias locaux ont longtemps décrit les retards. En janvier 2025, un comité technique a été mis en place pour accélérer notamment les chantiers solaires signalés en retard (Etena, Farcha, finalisation Djarmaya).
4. Greenwashing / zones grises
Le principal écart documenté est celui entre la vitrine « EnR » et la physionomie du mix en service : des sources de marché faisaient état pour 2025 d’une capacité installée dépassant 300 MW avec une part renouvelable de l’ordre de 29 % sur cette capacité, alors que l’IRENA insiste sur une génération d’électricité encore largement fossile — tension classique entre pourcentage de puissance nominale et énergie réellement produite. La gouvernance constitue la deuxième zone grise : la dissolution de la SNE par décret du 7 juillet 2025 est explicitement liée à des dysfonctionnements chroniques, et le chef de l’État a associé la refonte à des dérives de gestion voire d’enrichissement personnel selon le compte-rendu de RFI. Côté service, des reportages décrivaient en 2024 des délestages prolongés en province et une tension sur le réseau — incompatible avec un discours « transition réussie ».
5. Positionnement stratégique
La stratégie affichée par l’État et ses partenaires est une accélération de l’accès et du solaire (PAAET, objectif 520 MW PV d’ici 2030, cibles de part d’EnR à l’horizon 2030 dans le même corpus IRENA). Le signal institutionnel décisif est institutionnel avant technologique : fin de la SNE, création de TchadElec pour tenter de restaurer la confiance des bailleurs et des usagers. Pour le pays, le levier reste financier — l’IRENA évoque des besoins de mobilisation de l’ordre de 1,1 milliard de dollars pour l’expansion électrique — autrement dit une transition qui se jouera à la qualité des contrats et de la tenue des délais, pas aux slogans.
Verdict WattsElse
La SNE incarne le piège du catalogue solaire sans renversement du mix réel : tant que les coupures et le thermique structurent le quotidien, les watts annoncés restent une promesse sur papier — et la dissolution au mercato de l’été 2025 l’admet presque officiellement.
Sources : worldbank.org · vision2point0.com · financialafrik.com · irena.org · pv-magazine.com · lebrief.ma · jeuneafrique.com · tchadvision.com · sikafinance.com · rfi.fr · alwatanmedias.com
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