Surgutneftegas
Surgutneftegas n’est pas un champion de la transition: c’est une forteresse fossile.
À propos de Surgutneftegas
1. Modèle économique
Surgutneftegas vit d’un triptyque classique mais massif: extraction de brut, production de gaz, raffinage et vente de produits pétroliers. En 2024, le groupe a produit 53,7 millions de tonnes de pétrole et 6,2 milliards de m3 de gaz, tandis que sa raffinerie de Kirishi a traité 17,5 millions de tonnes de brut et sorti 17,1 millions de tonnes de produits pétroliers selon le projet de rapport annuel 2024 repris par ROGTEC. L’entreprise reste un poids lourd national: Reuters la crédite d’environ 12% de la production pétrolière russe et rappelle qu’elle emploie un tiers des 300 000 habitants de Surgut dans son papier de référence sur sa résilience aux sanctions en 2014. Côté effectifs, le chiffre officiel le plus solide accessible publiquement reste 100 694 salariés en 2023 dans l’audit de la comptabilité annuelle. Financièrement, la machine a encore impressionné en 2024: 649,7 milliards de roubles de chiffre d’affaires au T1 et 268,5 milliards de bénéfice net sur le trimestre, avec 5,9 trillions de roubles de placements financiers selon Arsagera. Mais la volatilité monétaire a ensuite frappé: après 923,27 milliards de roubles de profit en 2024, la société a affiché une perte nette RSBU de 251,2 milliards en 2025, d’après Neftegaz.ru.
2. Impact réel
Sur le fond, l’empreinte climatique reste d’abord celle d’un pur acteur hydrocarbures. Selon les éléments disponibles, aucune diversification matérielle dans les renouvelables n’est documentée à l’échelle du groupe: ses revenus, ses actifs et ses volumes reposent toujours sur le pétrole, le gaz et le raffinage. Surgutneftegas met en avant des gains opérationnels sur ses émissions: en 2023, ses émissions de GES liées à l’extraction pétrolière et au traitement du gaz ont baissé de 9% à 1,5 million de tonnes CO2e, avec un taux de valorisation du gaz associé de 99,29%, selon Interfax. Le groupe affirme aussi avoir évité 20 millions de tonnes de CO2e grâce à cette valorisation. C’est un progrès industriel réel, mais qui ne change pas la nature du business: mieux brûler, mieux capter et moins torchérer ne décarbonent pas un modèle fondé sur l’extraction. Le contraste avec la trajectoire française est brutal. La PPE 3 vise une chute de la consommation d’énergies fossiles en France de 900 TWh en 2023 à environ 330 TWh en 2035, tandis que l’ADEME construit tous ses scénarios 2050 sur la sortie structurelle du pétrole et du gaz. Surgutneftegas reste, à l’inverse, un pari sur la durée du monde fossile.
3. Innovations / partenariats
Le mot “innovation” doit ici être manié avec prudence. Les investissements repérés portent d’abord sur la modernisation industrielle et les nouveaux gisements: 200 milliards de roubles de capex en 2024 selon Xvestor. La vraie singularité stratégique du groupe est ailleurs: son autonomie. Reuters soulignait déjà que la société n’avait ni dette occidentale, ni partenaires étrangers sur ses gisements sibériens, ni dépendance forte aux technologies de forage occidentales dans son article de 2014. Cette indépendance lui donne une capacité de résistance supérieure à celle de groupes plus internationalisés. Même sa gouvernance raconte cette continuité: Vladimir Bogdanov, patron depuis 1984, doit être reconduit en 2026 selon Neftegaz.ru. Ici, la stabilité tient lieu de stratégie.
4. Greenwashing / zones grises
La première zone grise est l’actionnariat. L’enquête du The Insider décrit une structure où 76% à 81% du capital serait logé dans des entités non lucratives sans bénéficiaires identifiés, avec une cagnotte de 55 milliards de dollars accumulée hors logique productive claire. Difficile, dans ces conditions, de parler de gouvernance de marché classique. La deuxième est géopolitique. Le Royaume-Uni a sanctionné l’entreprise en janvier 2025, en coordination avec les États-Unis, pour frapper une source clef de financement de l’économie de guerre russe, comme l’ont détaillé Reuters et Connaissance des Énergies. La troisième est opérationnelle: la raffinerie de Kirishi a été visée par des drones ukrainiens en mars 2025 puis en septembre 2025. Autrement dit, même une machine robuste n’est plus hors d’atteinte.
5. Positionnement stratégique
Surgutneftegas n’essaie pas vraiment de se réinventer: elle capitalise sur sa rente, sa discrétion et sa résilience. Son positionnement, c’est moins la croissance verte que la survie rentable sous sanctions, avec un matelas financier géant pour absorber les chocs de prix, de change et de logistique. Dans un monde où la PPE 3 et l’ADEME poussent vers l’électrification et la réduction rapide des fossiles, Surgutneftegas apparaît comme l’anti-modèle parfait: une entreprise qui parie que le vieux système énergétique durera encore assez longtemps pour rester extraordinairement profitable.
Verdict WattsElse
Surgutneftegas n’est pas en transition: elle est en retranchement. Une major fossile qui compense le risque politique par l’opacité, le cash et l’inertie industrielle.
Sources : rogtecmagazine.com · reuters.com · reportcollection.inion.ru · bf.arsagera.ru · neftegaz.ru · interfax.ru · budget.gouv.fr · ademe.fr · xvestor.ru · theins.press · reuters.com · connaissancedesenergies.org · reuters.com · reuters.com · infos.ademe.fr
Données clés
- Forme
- public joint-stock company
- Fondée
- 1993
- Effectifs
- 111 866 (2020)
- CA
- 1175.0 Md€ (1994)
- Siège
- Surgut, Russia ↗
Identifiants publics
- Wikidata
- Q680776
- ISIN
- US8688611057
- LEI
- 2138002GZLU65FRAC894
Analyse IA
Utilisez l'intelligence artificielle pour obtenir une analyse approfondie et impartiale de cet acteur.
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
Ørsted
Le géant danois de l’éolien offshore a bouclé en 2025 une transformation profonde : plus de charbon, un parc EnR qui grossit encore, des comptes qui repassent au vert — mais aussi des cessions d’actifs et une restructuration qui disent la dureté du secteur.
Voir la ficheARTEBAT RENOVATION ENERGETIQUE
La rénovation énergétique sous perfusion de certificats d’économies d’énergie ne vit pas en vase clos : chez Artebat, elle est la colonne vertébrale d’un métier de mandataire et d’ingénierie — mais elle est avalée par la dynamique d’un promoteur immobilier durable dont le chiffre d’affaires a fondu de plus de 40 % en 2025.
Voir la ficheIBEREOLICA LUBIAN S.A.
Filiale espagnole en moins bonne santé financière en 2024 alors que le groupe Ibereólica mise sur l’hydrogène vert et des cessions chiliennes spectaculaires : le cas illustre la tension entre consolidation industrielle et image « 100 % renouvelable ».
Voir la ficheForsmarks Kraftgrupp
Le spectre ne se limite plus à la fission : il s’étire sur 500 mètres sous la mer du Bothnie.
Voir la fichePOLE DE COMPETITIVITE CAPENERGIES
À Marseille et sur les territoires périphériques, le pôle de compétitivité Capenergies structure un écosystème où multinationales, PME, laboratoires et collectivités montent ensemble des dossiers pour la transition.
Voir la ficheFACHAGENTUR NACHWACHSENDE ROHSTOFFE EV
Ce n’est ni une foncière verte ni une scale-up batteries : la Fachagentur Nachwachsende Rohstoffe e.
Voir la ficheBapco Energies
Agence intégrée rattachée au pouvoir bahreïni, Bapco Energies incarne la contradiction classique du Moyen-Orient : moderniser à fond un outil pétrolier tout en afficher une trajectoire climatique nationale (réduction des émissions de 30 % d’ici 2035, neutralité en 2060, tel que repris dans le communiqué Masdar–Bapco).
Voir la ficheChubu Electric Power
Le « Chuden » n’est pas un fournisseur anonyme de Honshū : c’est l’arbitre d’un hub industriel vertigineux, coincé entre la mer de Chine et les Alpes japonaises.
Voir la ficheNEU-JKF DELTA NEU
Dans l’industrie, la décarbonation ne passe pas toujours par un parc solaire sur le toit.
Voir la ficheGuangdong Huaxia Power Development Co Ltd
Une filiale industrielle peu connue sous label anglais, Guangdong Huaxia Power Development Co Ltd, tient désormais l’un des dossiers climat les plus paradoxaux du sud de la Chine : faire pousser de l’« intégration éolien-solaire-charbon-stockage » sur le creuset d’une méga-centrale au charbon en extension.
Voir la ficheAlternative Resource Energy Authority
La Nouvelle-Écosse compte une poignée de services électriques municipaux : trois d’entre eux ont choisi, en 2014, de mutualiser l’éolien, le solaire communautaire et la négociation avec le géant Nova Scotia Power.
Voir la ficheGERACE MARIA CATERINA
L’étiquette « Autres énergies » colle mal à une histoire de terroir et d’olives, sauf si l’on accepte d’élargir l’énergie à ce qui alimente réellement les chaînes : le soleil au-dessus d’un laboratoire de transformation.
Voir la ficheBureau Veritas Solutions La Réunion
Bureau Veritas n’apparaît jamais qu’à la marge d’un dossier : au cœur du mix « zéro charbon, zéro fioul lourd » de l’île, c’est l’arbitrage de la filière, la conformité RED et, parfois, la controverse.
Voir la ficheESWE BioEnergie GmbH
Centrale de biomasse au cœur du service public local, ESWE BioEnergie GmbH encaisse l’équivalent d’une cité allemande : chiffre d’affaires en forte hausse, excédent net record…
Voir la fichePetrolsoft Corporation
Née à Stanford à la fin des années 1980, Petrolsoft a popularisé une approche demand-driven de l’inventaire pour l’amont et l’aval pétroliers avant d’être absorbée en 2000 par Aspen Technology.
Voir la ficheArcadia Generación Solar S.A.
En octobre 2023, Arcadia Generación Solar S.A.
Voir la ficheEolica Sierra de Avila
En Castille-et-León, cette filiale de Finerge incarne une transition déjà ancienne mais pas finie : des parcs éoliens bien identifiés, des comptes publics sous le coup des prix marché — et deux extensions photovoltaïques que l’État impose d’examiner pied à pied sous l’œil du milieu vivant protégé.
Voir la ficheHengtong Group
Filiale cotée d’un géant chinois des télécoms et de l’énergie, Hengtong Optic-Electric alimente la transition par des kilomètres de verre et de cuivre — mais les comptes 2025 disent autre chose que le seul conte des capacités : plus de chiffre d’affaires, moins de marge sur le bénéfice, et un bilan carbone qui peine à rattraper le storytelling ESG.
Voir la ficheThe Hong Kong and China Gas Company Limited
Fondée en 1862, The Hong Kong and China Gas Company Limited — marque Towngas — est le seul opérateur de gaz de ville sur tout le territoire hongkongais, avec une emprise historique sur un réseau d’infrastructure.
Voir la ficheEEW Energy from Waste Großräschen GmbH
L’entreprise désignée sur la fiche est bien EEW Energy from Waste Großräschen GmbH, exploitante de la centrale à déchets de Großräschen (Allemagne) dans le périmètre du groupe allemand EEW sous contrôle du groupe Hong Kong/Shanghai Beijing Enterprises — aucun risque sérieux d’homonymie avec une autre entité européenne.
Voir la ficheINSTITUTO POLITÉCNICO DE PORTALEGRE
Un budget record en 2024, porté à plus de 35 millions d’euros, fait du polytechnique d’Alentejo une vitrine de la transition : hydrogène, bioénergie, solaire sur les toits et bâtiments remis à niveau.
Voir la ficheVindenergi i Badene AB
Ce n’est pas une « start-up climat », mais un cas d’école nordique : autour du toponyme Badene, en Suède, quelques mégawatts terrestres croisent des turbulences bien plus violentes que le vent — révocation de permis après construction, contentieux avec la défense et investissements massifs engagés sur la base d’hypothèses qui ont volé en éclats.
Voir la ficheHalbes Enerji
Halbes Enerji n’est pas une licorne des grands parcs offshore : c’est un fabricant d’Ankara qui mise sur des machines modestes, un argumentaire « démarrage à très faible vent » et une offre hybride vent‑solaire pour aliminer fermes, sites industriels légers ou infrastructures.
Voir la fiche